‹ Manuel general de musique militaireChapitre 72 sur 229 · LJ-J · texte numérisé non relu

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Ou bien :

Une tradition bien connue, et que M.de Châteauhriand n’a pas jugée indigne d’étre recueillie, attribue à l’air de Marlborougli une origine arabe. Des soldats de saint Louis l’auraient rapporté d’Afrique; ce serait l’air d’une complainte composée par les Sarrasins sur leur défaite à la Massoure. La complainte des vaincus aurait passé dans le camp des vainqueurs; et comme le peuple ne retient guère un air qu’à la faveur des paroles, tout porte à croire qu’une chanson française aura été composée sur la mélodie arabe. (Voyez F. Génin, Dts variatcons du langage français depuis le douzième siècle, chap. ii de l’Appendice.)

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i46 manuel général de musique militaire.

sacre général des Persans. Au moment où cet arrêt allait recevoir son exécution, un harpiste nommé Schali-Culi vint se jeter aux pieds du vainqueur, dont il implora la clémence en ces termes : « O sublime empereur, « lui dit-il, souffrirez-vous qu’un art aussi parfait que la musique périsse « aujourd’hui avec moi, avec Schah-Culi, votre esclave? Ah, conservez, «en me sauvant la vie, un art divin dont je n’ai pu découvrir encore « toutes les beautés. » Cette prière divertit le sultan, qui jeta sur 1 artiste un regard favorable et lui permit de prouver ses talents. Schah-Culi fil alors résonner sa harpe à six cordes, et mariant sa voix au son de cet instrument, il chanta la prise de Bagdad et le triomphe d’Amurat. D’abord le sultan paraît interdit, mais bientôt ses traits expriment la fureur; se croyant transporté sur le théâtre du carnage, il ne voit plus autour de lui tpie des combattants; il donne des ordres, il anime ses guerriers, il appelle la victoire. Tout à coup le musicien change de mode, il varie ses accents, et, par des sons tendres et plaintifs, calme l’exaltation d’Amurat, (jui, sans pouvoir se rendre compte de ce qu’il éprouve, se trouble, s’attendrit et verse des larmes abondantes. Dès lors la compassion se fait jour jusqu’à son cœur; il se décide à révoquer ses ordres barbares, et, vaincu paj‘ les charmes de la musique, il rend la liberté aux compatriotes de Schah-Culi, prend auprès de lui cet habile artiste, et le comble de bienfaits. Conduits ensuite à Constantinople, ce musicien et quatre de ses compagnons y portèrent leurs connaissances musicales, et y propagèrent le goût de leur art. La musique chez les Turcs forme une partie essentielle de l’éducation des classes élevées. Depuis longtemps ce peuple possède une multitude d’instruments, et avant d’adopter l’organisation des corps de musique européens, il employait pour l’usage militaire de grands et de petits hautbois (voyez Fl. VIll, fig. 3), une espèce de petite flûte tièsperçante, des trompettes (voyez PL YIII, fig. 4)? de grandes et de petites timbales (voyez PL VIII, fig. 2), des tambours, des cymbales, des triangles, et enfin l’instrument que nous appelons chapeau chinois, et fpn se compose, comme chacun sait, de clochettes suspendues à un croissant renversé , lequel est fixé à un bâton d’enviion six pieds de haut. Le grand tambour des Turcs {(l(iid) est haut de trois pieds; celui (|ui en bat le frappe d’un côtéavec une baguette assez lourde, et de Eaulre avec une baguette plus petite, ou quelquefois encore avec une verge de

ter. Le grand vizir, de meme que chaque j)acha , avait sa musi(jue particulière qui le suivait à la guerre, et qui ne cessait de se faire entendre jusqu’à ce que les troupes commençassent à reculer, ou bien que le chef à qui elles appartenaient eiit été mis hors de combat. La force d’un corps de musiciens variait selon le lang du chef; ainsi un pacha à trois queues indépendamment des tambours et des petites flûtes, possédait deux timbales, six trompettes, cinq hautbois et deux paires de cymbales. La caisse militaiie que les Turcs portaient dans leurs expéditions était toujours placée dans la tente du sultan ou du grand vizir, au milieu du camp, et la garde en était confiée à un détachement de spahis que l’on relevait de temps en tenips. Chez ce peuple comme chez beaucoup d’autres nations, les instruments de percussion sont devenus une marque d’honneur, un gage de récompense après une action d’éclat. Dans les premiers temps de l’histoire des Turcs, on voit Ala-Eddin donnera un jeune guerrier tartare nommé Ottoman Deli, en récompense de ses succès, une veste, un étendard et deux timbales. Toutes les fois qu’Ottoman entendait le bruit de cet instrument militaire, il se levait aussitôt, voulant marquer par là qu’il était toujours prêt à marcher pour le service du sultan.

La direction de la musique du sultan actuel a été confiée, depuis (juelques années, à un parent du célèbre compositeur italien , le maestro Donizetti, et cette musique a été organisée par ses soins, d’après le système qu’on suit encore généralement dans les autres États de l’Europe, pour la composition des musiques militaires.

Comparativement à la musique des Turcs et des Tarlai es, la musique des (]ircassiens ne laisse pas d’étre assez;^ harmonieuse, et nous devons en diie quelques mots, parce qu’elle aide aussi, par la poésie martiale de ses accents, à soutenir l’intrépidité des guerriers du Caucase. Au l’apport des voyageurs ( i) , on entend souvent retentir dans ces contrées des marches instrunrentales , exécutées sur une espèce de flûte ou de fifre, et des marches vocales, chantées en chœur, qui produisent un admirable effet. Ces chants belliqueux, dont le texte est assez ordinairement le résultat d’une inspiration spontanée , célèbrent, pour- la plupart, quelque victoire

I Voyez , entre autres, Eclniund Sjicncer, Travels in Circasma, KrUn-Tartarj^ etc. Lon don, Henry Colburn , 1839, tome 11.

remportée sur les Cosaques, ou font appel à de nouveaux combats. Entonnés simultanément par mille bouches, ils se prolongent d’écho en écho à travers les montagnes, et portent au plus haut degré l’enthousiasme patriotique de la nation. L’air suivant, qui est celui d un chant d’attaque, donnera au lecteur une idée du caractère martial de ces hymnes de guerre.

La plupart des instruments en usage parmi les Turcs et les Persans sont également employés par les Aiabes. Il est vrai que ces diversinstruments ne se rencontrent pas tous dans le même lieu : selon Burckardt, c’est à la Mecque que la musique est le moinscultivée, et cependant le schérif de la Mecque a un corps de musique militaire assez considérable, et composé en grande partie de timbales, de tambours, de fifres, etc., lequel vient jouer devant sa porte deux fois par jour et le soir de chaque nouvelle lune. Cette musique se fait entendre près d’une heure de suite. D’après M. Buckingham, le pacha d’Alepet celui de Smyrne ont chacun un corps de musique, dans lequel dominent les tambours, les trompettes et les fifres. En général, il y a dans toute la musique militaire de ces contrées un grand luxe d’instruments bruyants, tels que tambours et timbales, auxquels viennent se joindre des trompettes aux sons aigus et criards, et des cymbales à la résonnance métallique et cuivrée.

Dans une rencontre avec les Turcs (i 820), les Chaykiehs firent donner le signal du combat par une jeune fille montée sur un chameau couvert de harnais magnifiques. Ce signal consistait en une espèce de roucoulement ou plutôt de gloussement familier aux Arabes, lequel se forme à l’extrémité du gosier par le son , parcourant rapidement tous les in-

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