‹ Manuel general de musique militaireChapitre 77 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

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Noir. Toutes les fois (jue le roi nomme un gouveineur ou un lieiUenaul général de province, il lui donne une timbale et un étendaid poui- marque d’investiture. Cet insti ument est, comme on sait, d’un usage fort ancien en Abyssinie. MM. Combes et Tamisier, voyageurs français qui ont publié une relation fort intéressante de leurs courageuses excursions, donnent la description des cérémonies pratiquées, avant le dixième siècle, au couronnement des anciens souverains de l’Abyssinie. On y voit qu’au jour fixé pour le sacre, tandis que le cortège royal se rendait à l’église d’Azoum, les soldats qui encombraient la place située devant cette église se livraient à des jeux bruyants, et qu’en même temps l’on entendait résonner une musique sauvage, interrompue souvent par le bourdonnement des timbales. V illoteau nous fournit aussi des détails sur les instruments militaires

de l’Abyssinie, et ce qu’il en dit s’accorde sur beaucoup de points avec les relations précédentes. « Les nagdrit^ dit-il, sont les grosses timbales éthiopiennes. Le nom de nagdril vient de nagara^ il a annoncé, il a publié; » de même qu’en arabe il vient de naqara (il a frappé). Elles sont semblables à celles des Arabes. On s’en sert pour publier les ordonnances du souverain ou de ses ministres. 11 y en a en cuivre, et il y en a en bois. Celles qui sont en cuivre servent pour le temple et pour le monarque, les autres pour les particuliers, il y a quelquefois pour une seule église jusqu’à quarante nagârit. Elles sont placées deux à deux sur chaque rang, une petite à droite et une grosse à gauche ; et quand le roi sort en grand cortège, ou qu’il se met en campagne, il est toujours accompagné de quatre -vingt-huit timbales portées par quarante-quatre mulets montés chacun par un timbalier.

Les Abyssiniens, pour marquer le rhythme et régler la marche des troupes en campagne, ont encore un autre instrument de percussion qui se nomme kabaro, et qui est semblable à la grosse caisse (|ue nous appelons tambour turc. Ce nom de kabaro vient de kabaro , il a été en honneur, il a été illustre, vénéré, etc. Kabaro est donc une qualification par laquelle on distingue le tambour, ainsi désigné, comme étant le plus volumineux, et celui auquel on attache une plus grande importance. Cet instrument, de même que la grosse caisse turcjue, se suspend devant celui (jui le bat.

Les instruments militaires à vent sont la trompette ou rnalakat ^ et le cor ou qand, fait d’une corne de vache et servant particulièrement pour

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sonner l’alarme. James Bruce prétend que la trompette des Aljyssiniens ne rend qu’un son rauque. Cependantj lorsqu’ils en jouent très-fort et trèsvite en marcliant à l’ennemi, on assure qu’elle a la vertu d enflammer tellement les soldats , qu’ils se précipitent au milieu de leurs adversaires sans redouter la mort.

Au Darfour, où l’orchestre se compose de jeunes garçons qui crient dans des chalumeaux , de musiciens qui secouent à tour de bras des citrouilles remplies de cailloux, de joueurs de flûte soufflant a l’unisson, et enfin de timbaliers, les timbales ou nacarieh sont aussi particulièrement en honneur. On les dépose dans une hutte spéciale, et lorsqu’il plaît a sa majesté de changer les peaux qui les recouvrent, il s’ensuit une fête solennelle appelée le renouvellement des cuivres (i).

Les Ashantis, peuple de l’intérieur de l’Afiique, ont des tambours faits avec des ti'oncs d’arbres creusés, et des gongs de fer creux qu’on frappe avec une baguette du même métal. Ils ont aussi des espèces de cors et de flûtes; et les nobles du pays entretiennent des coips de musique principalement composés de ce dernier genre d’instrument. Bowdicb (2) assure qu’en présence du roi , et à l’occasion de l’arrivée d’un arnbassadeui' , plus de cent corps de musique éclatèrent à la fois, chacun avec l’air particulier de leurs chefs.

A Soolima , un voyageur anglais, le majoi- Laing, fut gratifié par le loi Aarradée d’un spectacle militaire; et pendant que les mouvements des guerriers s’opéraient, plus de cent musiciens jouaient du taïubour, de la flûte, de la harpe, et de beaucoup d’autres instruments qui tous étaient grossièrement fabriqués. Deux personnages armés de bâtons crochus fr appaient imper turbableirrent sur deux grands tambours qui avaient la forme d’une

(1) A cet effet, on amène tles taureaux à poil gris; on les égorge eu grande pompe , et leur chair, entassée dans des vases de terre avec du sel , y reste pendant six jours. Le septième jour on fiût une nouvelle boucherie de taureaux, de moutons et de chevaux; ces viandes, mêlées à celles que renferment les vases, sont servies sur des tables spécialement destinées au (ils du sultan, aux vizirs et aux rois. (Voyez le compte rendu de l’ouvrage du cheik Mohammed-el-Tounsy, Voyage au Soudan, dans la Revue des Deux- Mondes du

janvier 1846.)

(2) Dans l’ouvrage qui a pour titre : Mission front Capeconst castle to Ashantee : Mission du château de la côte du Cap à Ashanti.

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