‹ Manuel general de musique militaireChapitre 79 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

lesquels on assure (|ii’ils s’exercent, en jouant, à prononcer un nom distinctement, de manière à pouvoir s’en servir aussi en guise de porte-voix. Quand le couiage d’iine partie des combattants semble llècbir, le donneur de cor, par ordre du commandant, crie à plusieurs rej)rises le nom du lieutenant de la troupe qui ne fait pas son devoir, afin de le rappeler à l’oidre et de lui donner ainsi du cœur.

Les nègres ayant l’usage de couper la tète aux ennemis morts et aux blessés qui ne peuvent marcber, emportent ces tètes pour en ôtei' toutes les chairs et les polir très - proprement ; puis ils attachent la mâchoire inférieure à leurs cors, et la partie de devant à leur grand tambour. Ils traînent avec eux ces instruments, ainsi décorés, dans tous leurs combats ou dans leurs congrès de paix, et croient par là exercer une vengeance éclatante sur leurs ennemis, comme si chaque fois qu’on donne du cor ou qu’on bat le tambour, ceux-ci devaient endurer d’indicibles souffrances.

En Issini, pendant la bataille, les tambours, les trompettes et autres instruments de musique font un bruit terrible qui, joint aux cris des nègres, inspire du courage aux plus lâches. Leurs tambours consistent en une pièce de bois creusée d’un côté, et couveite d’une oreille d’éléphant assez bien tendue. Les baguettes sont deux bâtons en forme de marteau et couvertes d’une peau de chèvre, ce qui produit un son fort étrange. Les trompettes ne sont autre chose que des dents d’éléphant creusées presque d’un bout à l’autre, et qui n’ont qu’une petite ouverture sur le côté, par laquelle le trompette, enfant de douze ou quinze ans, souffle et tire un son fort aigu, mais sans aucune variété; ils joignent à ces instruments les clochettes de métal dont nous avons fait ci-dessus la description en parlant des nègres de la côte de Guinée. Dans l’île de Bissao ou Bissagos, la milice des nègres se rassemble au bruit d’un instrument qui, au dire des voyageurs, a quelque analogie avec la trompette marine, bien (ju’il n’ait point de cordes, et soit plus volumineux, et au moins du double plus long. Cet instrument est fait d’un bois léger; on frappe dessus avec un marteau de bois dur, et l’on prétend que le bruit (pii en resuite porte jusqu’à quatre lieues. Le souverain met plusieurs de ces instruments le long de la côte et dans l’intérieur de l’île, avec une garde particulièie pour chacun; et quand le sien a donné le signal, tous les autres répètent

i6o MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE.

autiuil de fois les mêmes coups, de manière à transmeltre exactement ses

volonlês.

I.es nègres du Congo ont des trompettes d’ivoire dont ils se servent pour accompagner le roi dans sa marche. Ceux du royaume d’Angola ont trois sortes d’instruments militaires : la première se compose de grandes crécelles attachées à des caisses de bois, (jui, comme presque tous les instruments du même genre, chez les nègres, sont simplement un tronc d’arbre creusé et couveit de cuir à l’orifice. Ils frappent sur ces dernières avec des baguettes d’ivoire. La seconde a la forme d’un cône ou d une cloche renversée; elle est construite avec des plaques de fer fort minces. Cet instrument se frappe avec des baguettes de bois. Les instruments de la tioisième espèce sont des dents d’éléphant creusées, dans lesquelles on souffle par une embouchure transversale, comme celle du fifre. Le son n’en est, dit-on, guère moins belliqueux que celui de la trompette. Ces instruments sont de grandeui' inégale. Les plus grands sont ceux du général, qui s’en sei t pour communiquer ses ordres en diversifiant les sons. Les officiers inférieurs, qui en ont de plus petits, lui répondent par les mêmes notes, pour lui faire entendre qu’ils l’ont compris. On emploie tous ces instruments pendant l’action. Les chefs ou les plus braves soldats marchent à la tête des troupes avec cette harmonie sauvage, jouant, dansant et encourageant leurs compagnons.

La milice de Haïti, qui s’affuble à l’européenne d’une manière assez grotesque, a pareillement des tambours semblables aux nôtres.

Dans l’Amérique septentrionale, les sauvages ont des chants et des danses guerrières. Parmi ces danses, on distingue la danse de la découverte ^ la danse du hdumet^ et la danse de guerre proprement dite. Celle-ci s’exécute en rond; elle a lieu lorsqu’ils vont à la guerre ou lorsqu’ils en reviennent. Celui qui danse se promène en sautant à droite et à gauche; il chante en même temps ses exploits et ceux de ses aïeux. Chaque fois qu’il vient dé terminer le récit d’un exploit, il donne un coup de massue sur un poteau placé au centre du cercle, près de quelques musiciens qui battent la mesure sur une espèce de timbales. Ensuite tous les sauvages, qui sont restés assis jus(pie-là comme simples spectateurs, se lèvent chacun à leur tour pour répéter ia chanson.

On assure (jue les anciens guerriers du Brésil avaient pour instrument

Page 1