LIVRE PREMIER
aussi une danse armée à lacjuelle les jeunes Sparliales étaient tenus de s’exei'cer dès l’age de sept ans. Une des danses les plus remarcpiables des Lacédémoniens, et (jui devait produire une impression vraiment salutaire sur l’esprit des jeunes citoyens de la République, est celle dont Plutarque donne la description : « Y ayant, dit Amyot, le fidèle et naïf traducteur de ce grand écrivain, ès fêtes solennelles et publiques, toujours trois danses.» (L’exécution de cette danse comprenait trois chœurs ou corps de ballet.)
U Celle des vieillards, commençant, disait ;
« Nous avons été jadis « Jeunes , vaillants et hardis.
« Celle des hommes suivait après, qui disait :
« Nous le sommes maintenant ,
« A répreuve à tout venant.
« La troisième (celle des enfants) venait après , qui disait :
« Et nous un jour le serons << Qui bien vous surpasserons (i). »
Dans ces temps, pour qu’un guerrier fût honoré, il devait savoir porter d’une main l’épée, et de l’autre la lyre. Les plus grands et les plus illustres de la cité tenaient donc à honneur de faire instruire leurs enfants dans l’art musical. La tradition rapporte que Linus apprit à Hercule à jouer de la Ivre, et le héros lui-même prescrivit la musique comme complément des études militaires (ta). Périclès voulait qu’Alcibiade s’y rendît également habile, et l’illustre capitaine, d’abord indocile aux leçons de son professeur Antigénidos (3), finit par réaliser ce vœu, sous la direction d’un autre maître, ainsi que Plutarque et Athénée en font foi.
(i) chœur : Nos quondam eramus inclyti bello viri.
2*" chœur : Nos ii sumus : fac si velis periculum.
Y chœur : Nos fortitudine plurimum præstabimus.
Plutarchi Lycurgus , tom. I, p. 5'i.
(a) Pausanias,
(3 Aulu-Gellc rapporte que le jeune Alcibiade, ayant remarqué qu’en jouant de la Hùte
La renommée que l’Athénien Tyrtée s’élait ac([uise comme poêle et comme joueur de flûte, lui valut l’honneur d’être choisi pour commander l’armée lacédémonienne, que les succès de l’ennemi avaient un instant découragée, mais qui bientôt, aux accents énergiques et inspirés de son nouveau général , ressaisit tous ses avantages, et ne tarda pas à remporter une victoire complète sur les Messéniens (i). Horace, dans son Art poétique, atteste le merveilleux pouvoir des chants de Tyrtée (2), et Lycurgue
les traits de son visage se déformaient, brisa par dépit son instrument, et refusa de se livrer à l’etude de la musique. Peut-être n’était-ce là qu’un moyen adroit employé par l’élève inconstant pour faire triompher sa paresse et son indocilité. L’exemple de Minerve pouvait lui en avoir donné l’idée. En effet, Minerve , d’après un mythe très-ancien , ayant trouve dans ses voyages l’os de la jambe d’un cerf, prit de là occasion d’inventer la flûte j mais s’étant aperçue qu’en jouant de cet instrument son visage se déformait, ce qui l’exposait aux lailleries des autres déesses ses compagnes, elle jeta la flûte loin d’elle et prononça la malédiction la plus terrible contre celui qui oserait la ramasser. Marsyas trouva cette flûte, et a force d exercice il parvint à en jouer avec tant de perfection, qu’il ne craignit point de provoquer a un combat musical Apollon lui-méme; mais il fut à la vérité cruellement
j)uni de sou audace, car il paya de sa vie la gloire d’avoir été un moment le rival d’un dieu.
(1) Pausanias.
(2'! « Tyrtæusque mares animos in martia bel la
« Versibus exacuit. » [ Wovdl.^ de yJrte poetica, v.
Tyrtée est même regardé comme 1 inventeur d’un instrument qui, selon les uns, doit avoir été une sorte de trompette, et, selon les antres, une espèce de flûte. Mais ce qui a rendu ce guerrier poète si justement célèbre, ce sont ses chants militaires. Malheureusement il n en est parvenu que trois jusqu a nous, qui nous ont été conservés, le premier par l’orateur Lycurgue, et les deux antres par Stobée. Il faut y joindre encore quelques fragments très-courts, cités par Strabon , Plutarque, Pausanias, Dion Chrysostome et Galien. Nous devons à un ami zélé des sciences et des lettres, à M. Firmin Didot, une fidèle et conscient cieuse traduction en vers français de Tyrtée, ainsi qu’une intéressante Notice sur la vie de l’illustre Athénien. L’auteur de ce savant travail a cité un fragment d’un des chants coin-' posés par Tyrtee sur un autre mode que celui du vers elegiaque, et que l’on appelait Embatenon ou Marche militaire. Voici ce fragment, avec l’excellente traduction en vers français de M. Firmin Didot:
'Ayet’, w STiàpxa; eviavopou Koùpot, xpaTEpoi 7T0/.ir;Tat Aaià laèv îtuv Ttpc-êâ/.Eirôe, Aôpu eùtôXulw; pâXXovxE:, Mv) ç£iSô|j,£vcii xâç O'j yàp Ttà'cptov xà; XTrotpxa:
ripiv y’ àpex^ç TreXd^ai xÉpixaatv, ■?; ÙavdTov
Eiilaiit.s de Sparte, ô loi, peuple guerrier, tssu d’aïeux coiiiuis par leur vaillance.
Qui le relient? Saisis le bouclier,
Arme ton bras, et, sous ta longue lance. Que rennenii par loi soit abattu.
Quant à la vie, il faut, plein de courage, La méprise)'; à Sparte c’est l’usage;
Mieux vaut mourir cpie vivi-e sans vertu.