LIVRE PREMIER
aillant de projectiles enflammes, portant an sein des rangs ennemis la terreur et la mort. « Crnel! s’écrie donlonrensernent Kotzebne en s’adressant a l’antenr de la Marseillaise ^ barbare! combien de mes frères n’as-tn pas üiit périr! » « lotre hjnine ^ disait Klopstock à Rouget de l’isle , avec leijnel il s’était rencontré à Hambourg , a moissonné cinquante mille brades Allemands (1). »
11 n’y avait pas de meilleur cri de ralliement qne la Marseillaise. Madame Amable Tastu , dans nn intéressant article sur ce chant des Français, raconte cju’à nn dîner chez Dnmouriez, qui eut lieu le lendemain de la glorieuse bataille de Jemmapes, Rouget de l’Isle, se trouvant placé à côté du duc de Chartres (aujourd’hui roi des Français), saisit cette occasion
(i) Rouget de l’isle, l’auteur de la Marseillaise , étant en garnison à Strasbourg, assista, vers la fin d’avril 1792, chez M, de Dietrich, maire de la ville, à un dîner d’officiers, pendant lequel la conversation ne cessa de rouler sur les troubles politiques d’alors et sur la déclaration de guei’re qui venait d’étre proclamée. Il fut surtout question de ces chants nationaux si chers aux troupes dans les moments d’enthousiasme où s’exalte la bravoure, et I’oti émit le vœu que les Carmagnoles et les Ça ira, envoyés de Paris aux citoyens* de la province, fussent désormais remplacés par quelque inspiration plus digne et moins vulgaire. Rouget de l’Isle , qui avait déjà donné plusieurs fois des preuves d’un certain talent d’amateur pour écrire des vers et de la musique, ému par ces discours, rentra chez lui en proie à une exaltation fiévreuse, et passa la nuit entière à chercher les [)aroles de la Mai'seillaise , dont il composait à mesure la musique sur son violon. Il descendit ensuite chez le maire avec son œuvre, dont il ne se rendait pas encore bien compte, ainsi qu’il l’avoua hii-méme par la suite. Mademoiselle de Dietrich, s’asseyant au piano, se mit à déchiffrer le morceau , et ce fut en voyant l’enthousiasme se peindre sur la figure des auditeurs que Rouget de l’Ishsoupçonna l’importance de sa création. Les convives de la veille, réunis à la hâte, firent éclater à leur tour les transports de l’admiration la plus vive. On s’empressa de faire copier l’air et de le distribuer aux musiciens, qui l’exécutèrent ensuite sur le passage des troupes. On assure que les soldats, entendant pour la première fois cette musique, dont les mâles accents résonnaient jusqu’au fond de leur àme, se disaient les uns aux autres, tout sur|)iis
de ce qu’ils ressentaient : « Qu est-ce donc que ce diable d’air? il a des moustaches ! . »
L’hymne civique que Rouget de l’Isle avait intitulé d’abord Chant de l’armée du Rhin, jrarvint à Marseille par la voie d’un journal constitutionnel dont le maire de Strasbourg était directeur. I/un des bataillons marseillais, s’en étant emparé, le fit entendre le premier à la garde montante, et c’est alors seulement qu’il reçut le nom de Marseillaise , sous lequel il est devenu populaire, bien que ce nom ait le tort de cacher sa véritable origine et d’étre la coniéquenf.e d’une sorte d’usurpation.
ï68 manuel général DE MUSIQUE MILITAIRE.
(le féliciter le jeune prince sur la journée de la veille, dont le succès pouvait à bon droit lui être attribué; mais la modestie du vainqueur égalant son courage ; « Oli non ! dit-il en souriant, ce n’est pas à moi, c’est à vous que le succès est dû ;» et comme il vit la surprise et l’incrédulité se peindre sur le visage de son interlocuteur, il ajouta : ((Au moment de l’attaque, « je reçus du général l’ordre d’aller m’emparer dn bois de Boussu; on « me donna, pour exécuter ce mouvement, un bataillon formé des conscrits « de Saint-Denis qui n’avaient pas encore vu le feu; ils s’avançaient au pas « accéléré avec autant de courage que d’inexpérience, quand tout à coup K une décharge part du bois même que nous allions occuper. Voilà ces « pauvres gens qui, dans un premier mouvement de surprise , s’effrayent, -( perdent la tête, se débandent et m’abandonnent; je les rappelle, je leur « parle, je les exhorte et les supplie; tout est inutile, ils n’écoutent ni « mes ordres ni mes prières; désolé d’une défection si étrange et si inat- « tendue, je tente une dernière ressource, je lève mon chapeau sur la « pointe de mon épée, et de toute l’étendue de ma voix je commence à « chanter :
Allons, enfants de la patrie,
Le jour de gloire est arrivé.
« A ces accents chers et connus, mes fuyards parisiens tournent la tête « et s’arrêtent; bientôt vous les eussiez vus se rassembler de nouveau, « accourir sur mes pas en répétant avec enthousiasme le chant sacré. Alors « je les rallie, j’en forme une colonne serrée à laqtielle je donne le nom « de colonne de Jemmapes*; je les dirige sur le bois qui protégeait les redoutes autrichiennes, et nous les enlevâmes à la baïonnette. » Bien que le noble sentiment qui a dicté ce récit y exagère évidemment la part qui revient à l’hymne national dans la victoire, on ne doit pas moins y recueillir une nouvelle et précieuse attestation de l’influence magique qu’a de tout temps exercée sur des cœurs français cette inspiiation sublime.
D’après M. Fétis, une musique complète sous la révolution était composée de :
1 petite flûte.
/» clarinette^
2 hautbois.
IJVllE PIIEMIKIE
7 cors.
2 bassons, grosse caisse, cvinbales.
triangle.
La plupart des marclies et pas accélérés composés à cette époque par Devienne, Catel, Gossec et autres étaient écrits à neuf parties, savoir, deux de clarinettes, deux de hautbois, une de flûte, deux de cors et deux de j)assons. Les parties de clarinettes, suivant l’importance de la musique, étaient doublées ou triplées. Mais bientôt le basson ayant été reconnu insuftisant pour soutenii* la basse de riiarmonie, on joignit à ces instruments le trombone, d’après l’exemple que nous en avaient donné les Allemands. L’éclat de cette nouvelle sonorité parut cependant atténuer l’effet des instruments aigus, et pour que ceux-ci ne fussent point écrasés, on jugea nécessaire de les renforcer par des parties de trompettes. Néanmoins cet ensemble n’ayant pas encoie pleinement satisfait à tous égards, on eut recours au serpent pour suppléer le trombone dans les passages doux; enfin, comme il résultait de l’addition de ces nouveaux instruments un défaut de proportions dans la masse instrumentale, on augmenta le nombie des clarinettes, et l’on en admit jusqu’à six ou huit. D’un autre côté, les hautbois commencèrent à être beaucoup moins fréquemment employés dans les musiques.
Bonaparte, lors de son avènement au consulat (1802), supprima toutes les musi(pies de cavalerie, entretenues pour la plupart jusqu’à cette époque aux frais des colonels. Les besoins du moment, l’état déplorable des finances et la pénurie de l’armée, lui avaient fait une loi de cette suppression. Il avait calculé en effet que les chevaux employés pour le service des musiciens pouvaient monter quatre régiments, c’est-à-dire environ trois mille hommes. Mais aussitôt que ces motifs d’urgence cessèrent d’exister , elles furent rétablies, et, sous l’empire, les fanfares de cavalerie étaient en général composées de :
16 trompettes.
G cors.
trombones,
La garde impériale, ainsi rpie les carabiniers et quelques régiments de cuirassiers, avaient des timbales.
On avait aussi donné aux régiments de cavalerie, indépendamment de la musique qui leur était spécialement affectée, une musique un peu moins nombreuse, mais organisée de la même manière que celle de l’infanterie. Cette musique, qui d’abord ne devait jouer que dans les moments de repos, soit aux manœuvres, soit à la parade, fut quelquefois admise ensuite à figurer dans d’autres circonstances. Vers la fin de l’empire , bien (pie nous fussions alors fort jeune, nous nous souvenons parfaitement d’avoir vu le 19"’“ dragons rentrer après un combat à Strasbourg, avec sa musique de corps, et sa musique supplémentaire, dans laquelle on reniar- (piait, portée à cheval, à l’un des côtés de la selle, la volumineuse grosse caisse.
Voici d’ailleurs plusieurs combinaisons de musique militaire qui datent du consulat et de l’empire.
La musique de la garde consulaire et impériale se composait de :
12 clarinettes en ut (i),
■2 petites clarinettes en fa.
2 petites flûtes en /«.
/( hautbois.
/» bassons.
4 cors.
2 trompettes.
2 trombones.
2 serpents, grosse caisse, caisse roulante.
2 paires de cymbales, i pavillon chinois.
Le régiment des chasseurs à pied avait la même musique, à l’exception des hautbois, qui n’y furent introduits que plus tard (2).
(1) La substitution de la clarinette en .«bémol à la clarinette en w/ date de 1814. Cependant, sous la Restauration, (]uel(|ues régiments se servaient encore de la première; mais les dispositions ministérielles, en date du i3 octobre 1828, rendirent obligatoire l’adoption de la clarinette en si bémol.
(2) Renseiguemenis communiqués par M. Yogt, de Strasbourg, professeur au Conserva-