‹ Manuel general de musique militaireChapitre 84 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

l>ien appropriée à sa destinalion. Elle se composait luiicjuement de irom- [)ettes et de trombones, et tout ce (pi’exécutaient ces instruments était parfaitement dans le caractère de la musicjue guerrière , qui doit fraj)per les sens par des accents pleins de force et de puissanee, et agir sur Pâme parune sonorité mâle et pleine d’éclat.

Avant de poursuivre notre récit, nous pensons (pi’il est essentiel de fixer un point sur lequel ont éclaté à diverses reprises un antagonisme ardeni et de vives controverses, lorsqu’il eut été, à ce que nous croyons, très- Tacile de s’entendre et de marcber d’accord , si l’on eût mieux approfondi la question. La musique joue dans les armées deux rôles parfaitement distincts : l’un, tout d’utilité, qui fait partie de la scienee militaire; l’autre, plus agréable peut-être qu’indispensable, mais indispensable toutefois, si l’on y réfléchit mûiement, puisqu’il a pour but d’ajouter à la pompe et à l’éclat des solennités guerrières , et qu’il augmente ainsi le prestige qui doit s’attacher à tous les actes d’une grande nation. De là pourtant deux nuances d’opinion bien tranchées, l’une favorable , l’autre hostile aux musiques militaires; de là des discussions, des résistances, des luttes sans fin, qui maintes fois ont arrêté un heureux essor et comprimé d’excellentes institutions ; de là, pour tout dire, une grande partie des défauts qu’on remarquait dans l’ancien système d’organisation musicale.

Personne maintenant ne contestera l’importance de la musique pai- rapport à la science militaire; nous l’avons vue dans tous les temps et dans tous les lieux servir à cet usage, ainsi que l’attestent suffisamment les exemples nombreux et concluants que l’antiquité nous a laissés, et sur lesquels il devient inutile d’insister davantage. IN'ous savons aussi qu’elle a traversé, sans périr totalement , la barbarie du moyen âge, et qu’à l’épo- (|ue delà renaissance des sciences et des ar ts en Europe, elle a retrouvé son application première. Sous ce rapport, d’ailleurs, les tacticiens les plus habiles de toutes les nations lui ont été généralement favorables, et l’ont défendue contre ses détracteurs. Il faut voir- avec quelle énergie et fjuelle conviction s’exprime à ce sujet le maréchal de Saxe dans ses Rcvcries. Les par’oles d’un si grand guerrier-, homme d’action avant tout ,ont plus de poids que celles d’aucun autre écrivain , car elles sont dictées parl’expérience même. Elles ont à nos yeux tant de for ce et tant d’autorité ,

i-fi MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE.

elles tranclient la (jueslion d’une manière si nette et si satisfaisante, que nous croyons devoir les rapporter ici , malgi e 1 etendue de la citation et le style quelcpie peu incorrect du traducteur qui nous les a transmises en français. A l’article sixième de ses , où le maréchal de Saxe traite

de la manière de former les troupes pour le combat : « Je commencerai, « dit-il, par la marche; cela me met dans la nécessite de dire une chose

<( qui paraîtra bien extravagante aux ignorants.

<( Personne ne sait ce cpie c’est que la Tactique des anciens; cependant « beaucoup de militaires ont souvent ce mot a la bouche, et croient que " c’est l’exercice ou l’ordonnance des troupes pour les mettre en bataille. '( Tout le monde fait battre la marche sans en savoir 1 usage, et tout le

(c monde croit rpie ce bruit est un ornement militaire.

« Il faut avoir meilleure opinion des anciens et des Romains, qui sont « nos maîtres ou qui devraient l’être. 11 est absurde de croire que les bruits « de guerre ne servent uniquement que pour s’étourdir les uns les autres- « Mais revenons à la luarcbe, sur laquelle je vois que tout le monde s’è- « tourdit, se tourmente et se lue, et dont on ne viendra jamais à bout, « si je n’en dêcouvi’e le secret'. Les uns veulent marcher lentement, les « autres veulent marcher vite; mais qu’est-ce que des troupes que l’on ne « saurait faire marcher vite et lentement, comme l’on veut et selon qu’on « en a besoin , auxquelles il faut à chaque coin un officier pour les faire <( tourner, les uns comme des limaçons, et les autres en courant poui- « faire avancer cette queue qui traîne toujours? C’est un opéra que de U voir seulement un bataillon se mettre en mouvement : on dirait que c’est « une machine mal agencée, qui va rompre à tout moment, et qui ne

s’ébranle qu’avec une peine infinie. Veut-on avancer promptement? « Avant que la queue sache que la tête marche vite, il se fera des inler- (( valles , et , pour les regagner, il faudra que la queue coure à toutes jam- « bes; une autre tête qui suit cette queue fera la même chose, ce qui met « bientôt tout en désordre, et vous met dans la nécessité de ne pouvoir « jamais faire marcher vos troupes avec célérité.

« Le moyen de remédier à tous ces inconvénients , et à d’autres qui en •< résultent, qui sont d’une bien plus grande conséquence, est cependant « bien simple, puisque la nature le dicte. Le dirai-je ce grand mot, en « quoi consiste tout le secret de Part, et qui va sans doute paraître ridi-

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