‹ Manuel general de musique militaireChapitre 85 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

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cille? Faitcs~les itiarchcr en cadence [\). Voilà tout le secret , et c’est le pas militaire des Romains.

a C’est pourquoi les marches sont instituées, et pourquoi l’on bat la caisse. C’est ce qu’on appelle 7>/67 (mesure) (2) , et c’est ce que personne ne sait et dont jiersonne ne s’avise. A.vec cela vous ferez marcher vite et lentement comme vous voudrez; votre. queue ne traîneia jamais, tous vos soldats iront du même pied; les conversions se feront ensemble avec célérité et grâce; les jambes de vos soldats ne se brouilleront pas; vous ne serez pas obligé d’arrêter à chaque conversion pour faire repartir du même pied, et vos soldats ne se fatigueront pas le quart deeequ’ils font à présent. Ceci va encore paraître extraordinaire : ilny a personne qui n’ait vu danser des gens pendant toute une nuit, en faisant des sauts et des haut-le-corps continuels. Que l’on prenne un homme, qu’on le fasse danser pendant deux heures seulement sans musique, et que Ion voie s’il résistera. Cela prouve que les tons ont une secrète puissance sur nous, qui disposent nos organes aux exercices du coips et les facilitent (3). « Si quelqu’un me fait la question et me demande quel air il faut jouei pour faire marchei' un homme, je lui répondrai, sans ruminer siu- la plaisanterie, que toutes les marches, tous les airs à deux ou tiois temps y sont propres, les uns plus , les auties moins selon qu’ils sont marqués; que tous ces airs se jouent sur le tambour avec le phiffre (fifre], et qu il n’y a qu’à choisir les plus convenables.

« L’on me dira peut-être que bien des hommes n’ont pas d’oreille. Cela est faux : ce mouvement est si natuiel qu’il se fait pour ainsi dire de soi-même, .l’ai souvent remarqué qu’en battant au drapeau, tous les soldats allaient en cadence sans intention et sans quilsle sussent; la natuie

(i) Le pas cadencé ou mesuré est le meme que celui qu’ont actuellement les troupes prussiennes (Note placée au bas de la page 2/4 des /tr'eme-v du maréchal de Saxe.)

(a) Le mot tact, qui est en lettres italiques, n’a pas été traduit; cependant il n’a pas en

français la même signification qu’en allemand. Dari,scette dernière langue, r/cr 7’flc/ veut dire la mesure. Une ex[)iication du traducteur,qui tenait à le conserver, sans doute paite que t maréchal de .Saxe paraît vouloir établir un rapport entre ce mot et le mot tactique, eut etc nécessaire pour rendre ce passage plus intelligible au lecteur fia * ^

(3) Lorsque les chameliers veulent faire avancer leurs chameaux, au leu e se sei vu t u

fouet ou du bâton , ils disent une chanson. (Note mise au bas de la page 2j des Revcriei,.^

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f< et l’instinct y portent de soi-méme. Je dirai plus: il est impossible delaiie aucune évolution sur un ordre serré sans le (la mesure), et je le

« prouverai en son lieu.

« A considérer superficiellement ce que je viens de dire, il ne paraît pas '( (jiie cette cadence soit d’une grande importance; mais, dans une action (( jiour augmenter la rapidité de la marclie ou pour la diminuet, cela tire « à des conséquences infinies. Le pas militaire des Romains n’était autre « chose; c’est avec ce pas qu’ils faisaient vingt-quatre milles, qui font huit « lieues d’une heure de chemin, en cinq heures. Que Ion prenne a piesent « un corps d’infanterie , et que l’on voie s’il est possible de lui faire faiie « huit lieues en cinq heures. Cela faisait cependant parmi eux la principale « partie de l’exercice. De là on peut jugei’ de l’attention qu ils donnaient « à tenir leurs troupes en haleine, et de la puissancedu ^^^c^(mesure).

« Que dira-t-on si je prouve qu’il est impossible de charger vigoureuse- « ment l’ennemi sans cette cadence , et que sans cela on arrive toujours sur <c lui à rangs ouverts? Quel défaut monstrueux ! Je pense cependant que, « depuis trois ou quatre siècles, personne n’y a fait attention (i). »

A un autre endroit, le maréchal de Saxe, revenant sur cet objet, dit encore : « On ne saurait faire charger un bataillon à quatre de hauteur « seulement, que l’on ne tombe dans le cas que je viens de dire : à moins « quel’on ne marche comme des fourmis, on arrivera toujours sur l’ennemi (f à rangs ouverts. Quel défaut énorme! C’est là la source de la tirerie, parce que, pour charger autrement, il faut marcher vite et ensemble , et qu’on « ne le peut, parce qu’on ne saurait marcher sur dix-huit pouces sans le tac/ (f (mesure) ('2). 75

Si, comme le prouve le maréchal de Saxe, la musique est d’une grande utilité, non-seulement dans la marche proprement dite, mais encore dans les évolutions et dans tous les mouvements d’un corps d’armée, elle n’offre pas moins davantage en ce qui concerne les signaux, et c’est là un mérite

(1) Les Reveries on Mémoires sur l'art de guerre, de Maurice, comte de Saxe, duc de Courtaude et de Sémigallc, maréclial-genéral des armées de S. M. T.C.,etc , etc., etc.; dédiés à messieurs les ofticiers généraux, par M. de Bonneville, capitaine-ingénieur de campagne de Sa Majesté le roi de Prusse. In-folio. La Haye, Pierre Gosse, 1756, liv. i , art. 6 p. 23 et suiv.

(2) Les ReverieSy liv. i, chap. vi, p. 88.

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