LIVRE PREMIER
(jiie de tout temps , pour ainsi dire, les gens les plus prévenus contre elle à d’autres égards ne lui ont point contesté. Donnant force de loi à l’anti- (pie usage de l’emploi de la musique pour la transmission des signaux, des ordonnances royales et ministérielles j)rescrivirent de l’obsei ver avec |)lus de soin parmi nous. Tel fut principalement le but de celles qui parurent en 1764 et 1766. Cette intervention de l’autorité avait cela de signilicatif, quelle venait consacrer l’opportunité d’une coutume depuis longtemps mise en piatique, sans règles fixes, dans les armées où une sorte d’instinct l’avait fait admettre comme un système plus commode et plus avantageux, en bien des cas, que celui qui consiste à transmettre par la parole toute espèce de commandement (1). Ne sait-on pas d’ailleurs que
(1) C’est là ce que confirme le texte même delà plupart des ordonnances relatives aux signaux. Quelques-unes cependant ont recommandé de s’exercer parfois à marcher en rè'de sans le secours des instruments, et cela afin de n’en avoir pas un tel besoin, qu’on courût risque de tomber dans le désordre et la confusion, sitôt que ces instruments viendraient à manquer, et que le commandement oral des officiers devrait y suppléer de nouveau. Une invention assez récente permet de supposer que cette application de la musique aux signaux pourrait même recevoir une plus grande extension , ce qui dispenserait à l’avenir de recourir à la transmission orale ou par écrit, et cela non-seulement pour les signaux relatifs à quelques évolutions partielles, mais encore pour les ordres qui concernent toute une armée ou tout un corps d’armée. Cette invention , dont le but est analogue à celui de la télégraphie, consiste dans un système de signes formé à l’aide des sons musicaux, et offrant par la diversité des combinaisons la possibilité de communiquer instantanément et à de très-grandes distances non-seulement des mots isolés, mais des phrases entières, non-seulement des idées, mais des faits; en somme, tout ce qui se rattache à une correspondance complète et suivie. On voit d’après cela que ce procédé constitue une véritable langue musicale qui n’a plus un sens abstrait et indéterminé comme la musique proprement dite, mais qui possède une signification précise et absolue comme la langue parlée. L’inventeur, M. Sudre, l’a donc appelée avec raison langue musicale ou téléphonie. Des expériences, faites au Chainp-de- Mars par ordre du ministre de la guerre, en présence de plusieurs officiers généraux, ont donné lieu de croire que l’npplication de cette langue musicale dans les opérations militaires, au moyen d’un instrument tel que le clairon ou la trompette, qui seraient maintenant rem- [)lacés avec un immense avantage par les saxhorns et les nouvelles trompettes d’ordonnance, pourrait faire parvenir les ordres à de grandes distances et donner le retour du message dans l’espace de quinze secondes. Un rapport adressé au îninistre de la guerre pai' l’une des commissions instituées pour examiner le nouveau procédé de M. Sudre, atteste dan> ses conclusions que la langue musicale peut être d’une grande utilité pour laii e corrcsjiondre
,.So MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE,
l’emploi des bruils militaires peut fournir au besoin des résultats aussi l)rillanls que les meilleures dispositions stratégiques ? M. Thiers, dans sa l emarquable Histoire de la Résolution, rappelle que Bonaparte, aj/ant à lepousser les Aulricbiens sur les bords de FAdige, près d Arcole (17 novemlue 1796), voulut semer l’épouvante dans leur armee au moyen dun stratagème. « UFn marais, plein de roseaux, couvrait 1 aile gaucbe de 1 en- <( nemi : il ordonne au chef de bataillon Hercule de prendre avec lui vingt- H cinq de ses guides, de filer à travers les roseaux, et de charger à 1 improviste avec un grand bruit de trompettes. Ces vingt-cinq braves sap-
los troupes d’une même armée que séparerait un large fleuve, un vallon dont les berges sont inaccessibles, ou qui occupeiait divers points d'uue position stable et étendue, comme aussi j)our établir des communications jiromptes entre une armée et l’avant-garde qui la précède, ou l’arrière-garde qui couvre sa retraite. Le même rapport cite des cas où la langue musicale aurait pu être d’un grand secours aux troupes françaises. Une autre commission, nommée par le ministre de la marine, a également reconnu les avantages de la téléphonie pour correspondre sur mer, principalement pendant la nuit, et en présence d’un ennemi .niquel on veut échapper ou qu’on veut surprendre, sans employer les signaux faits avec des feux, qui peuvent compromettre l’armée et divulguer sa position. Cette commission a remarqué en outre que la méthode téléphonique offrait une précieuse ressource à la marine, lorsque les opérations de celle-ci, en temps de guerre, se lient aux mouvements stratégiques de l’armée de terre. Après une série d’épreuves faites à différents jours dans la rade de Toulon et dans des circonstances atmosphériques plus ou moins favorables, cette commission s’est assurée de la rapidité avec laquelle les ordres peuvent être communiqués par le moyen de la téléphonie, à une distanee qui peut s’étendre à 2,200 toises. Enfin toutes lesexperiences , tous les rapports, faits par des hommes compétents, ont été favorables à la langue musicale, et ont démontré l’utilité d’en posséder une, si par hasard , ce que nous ignorons, le système de M. Sudre n’avait point paru réunir encore, pour être adopté, toutes les qualités désirables.
Un Allemand, nommé Weyrich , membre de la société de Breslau, pour les progrès de la civilisation en Silésie, paraît s’étre rencontré avec M. Sudre, au sujet de la langue musicale, et de l’application (jui en peut être faite à l’armée. 11 a exposé ses idées sur cet objet, ainsi que la méthode qu’il croit devoir proposer, dans une brochure qui a pour titre ; L’art de ]>arler par le son des instruments , ou Instruction pour donner de loin toute espèce d’avis par les sons des instruments , en temps de paix comme en temps de guerre, etc., etc. — Die 1nstrumentalton Sprechhunst oder fnleitung durch instrnmentaltône aile Nachrichten in die Fcrne zugeben, sowoll ini Frieden als im Kricge, beim Civil und Militair,auf dern Lande und Meere, von B. C. A. IF eyrich. Leipzig, Adolph IVienbrack (i83o). Dans cette brochure, l’auteur a révélé Je secret des cond)inaisons qui, dans son système, constituent la langue musicale.