‹ Manuel general de musique militaireChapitre 87 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

if pi ètenl à exéculer l’oi dre. Bonaparte donne aloi s le signal à Masséna et « à Angereau. Ceux-ci chargent vigoureusement la ligne autrichienne, (pii résisté; mais tout à coup on entend un grand hruit de tiompettes; les « Autrichiens, croyant être chaigés par toute une division de cavalerie, « cèdent le terrain (i). »

Pour marcher au combat, on vient de voir encore que Futilité de la musique est de même aussi réelle qu’incontestable; cet art, par les ressouices qu’il tire de la puissance du rhythme et de l’action mystérieuse (pie la nature lui permet d’exercer sur le moral, n’est pas seulement prolitahle à la tactique, et l’on sait combien il aide à la victoire en animant les esprits courageux et en fortifiant les âmes faibles. L’on sait également (pi’il n’est pas d’une moindre importance dans les marches pénibles ou de longue durée, dans les entreprises difficiles ou périlleuses. L’histoire d’ailleurs en fournit plusieurs exemples. Au passage du mont Saint-Bernard , lorsque les paysans suisses, payés pour transporter à travers les neiges les pièces de canon au faîte de la montagne, eurent refusé de pousser plus loin leurs tentatives infructueuses , déclarant qu’une pareille tâche était au-dessus de leurs forces, on fit appel au courage et à la bonne volonté des soldats. Mais ces malheureux, harassés de fatigue, désespéraient eux-mêmes de pouvoir jamais accomplir cette rude corvée. Tout à coup la musique retentit , elle fait entendre ses airs les plus vifs et les plus joyeux; ces sons excitent et encouragent les tiavailleurs , ils sentent leurs forces renaître, et bientôt ils parviennent, comme par enchantement, à hisser jusque sur la cime de la montagne les lourdes pièces d’artilleiie sous le poids desquelles ils avaient pensé succomber peu d’instants auparavant. Le maréchal de Saxe, parlant des ouvrages stratégiques qu’on donne à exécuter aux soldats, dit qu’on ne doit jamais manquer de faire travailler ceux-ci en cadence, au son des tambours et des instruments de guerre. « C’est ainsi, « ajoute-t-il, que les Lacédémoniens, sous Lysandre, avec un détachement a de trois mille hommes, détruisirent le Pirée, au son de la flûte, en six « heures. Il nous est même resté quelque peu de cette méthode de tra- (f vailler, observe en dernier lieu le même auteur; et il n’y a (jue peu « d’années que l’on fit faire aux forçats des galères de Marseille un grand

1 Tlûers, Histoire de la Révolution française ^ t. VJII, p. ^76.

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« remuemenl de décombres mêlés de poutres énormes, en cadence et au « son du tambourin (i). »

Plusieurs denosgénéraux ont souvent remarque que, dans les campagnes lointaines, au sein d’une population étrangère, rien n est plus propre à soutenir le moral des troupes que la musique exécutant des airs connus, qui leiu* rappellent la patrie et leur offrent un adoucissement aux peines si vives de l’absence. Lorsque la flotte française voguait vers l’Egypte, la musique guerrière, pour abréger les ennuis de la traversée, faisait entendre, sur les vaisseaux les mieux partagés, un hymne patriotique que les soldats répétaient en chœur. Sur les bâtiments privés de musique, le concert se réduisait à de plus petites proportions, mais on assure qu’il n’en charmait pas moins l’auditoire. Un mousse, avec son flageolet, ou bien le chanteur, loustic de la tioupe, en faisait ordinairement tous les frais. Bonaparte lui-même, presque toujours alors rêveur et préoccupé, recherchait ce genre de délassement. Quand le temps le permettait, il montait sur la galerie du vaisseau, et, pendant sa promenade, il se plaisait à entendre la musique exécuter quelques morceaux d’opéra, entre autres la marche des Tartares, qu’il aimait beaucoup. Les anciens avaient aussi recours à la puissance consolatrice de la musique, cet art bienfaisant, pour tromper l’ennui d’une longue navigation; et le vaisseau qui portait Alcibiade à son retour de l’exil, retentissait de toute part des chants nautiques, tandis que les matelots, accordant le bruit de leurs rames au rhythme de ces chants, produisaient une sorte d’harmonie qu’on prétend n’avoir pas été non plus sans charme.

On a quelquefois parlé d’un inconvénient que pourraient avoir les chants nationaux, et qui serait de faire naître dans l’âme du soldat une tristesse favorable au développement de la nostalgie. Mais cette sorte d’affection ne se manifeste guère, à vrai dire, que chez les montagnards , tristes et sombres par caractère, et qui, par cette raison, y sont naturellement enclins. Tout le monde sait que les Suisses y étaient particulièrement sujets; et Rousseau raconte que dans les corps de troupes composés d’hommes de cette nation , il était défendu, sous peine de mort, de jouer le Rariz

(i / Les Rêveries, ou Mémoires sur l'art de la guerre, de Maurice, comte de Saxe, (l.a Haye , Pierre Gosse, 175G.) Voy. liv. if, j). 157.

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