LIVRE PREMIER
ont ilu stjle. Li)in de se borner à former un accompagnemeul secondaire el sans signification aux auti es instruments, ils semblent vouloii* reproduire jusque dans ses plus petits détails, au moyen des ra et des fia de leurs batteries compliquées, la mélodie de la marche, trouvant ainsi le moyen de rendre le bi iiit unifoi me d’un tandjour aussi expressif que les sons variés d'un instrument vraiment musical. 4u reste, leur partie écrite ne leur sert tpiede guide général, et ils ont l’art de la varier de mille façons ingénieuses, suivant tout ce que la fantaisie leur suggère en fait d’artifices rhythmiques. Les caisses roulantes, que les Autrichiens ont généralement conservées dans leur musique d’infanterie, sont plus petites que partout ailleurs, et ont presque toutes un son déterminé. La musique de la cavalel’ie , de même que celle des bataillons de chasseurs, possède pour les parties aiguës, outre les instruments à vent ordinaires, de petites flûtes et des clarinettes de cuivre (clarinettes en w/bémol et en si bémol). Mais il est à remarquer que ces instruments , pour être faits du même métal que lescois et les trompettes, n’y ont point gagné une qualité et une homogénéité de son telles qu’ils puissent se fondre et s’harmonier parfaitement avec ces derniers. L’effet qui en résulte est même moins satisfaisant qu’il ne le serait si ces petites flûtes et ces clarinettes étaient en bois, comme par le passé : aussi désire-t-on généralement voir cesser l’usage de ces insti uments ( r) , tant il est vrai que les essais isolés et partiels, qui ont pour but d’opérer dans la musique militaire une fusion plus réelle et plus complète , échouent presque toujours quand ils ne reposent point sur un principe rationnel de réorganisation générale.
Pourtant ce ne sont pas les instruments, et les instruments de cuivre surtout, qui manquent en Autriche : tous les jours les facteurs s’efforcent d’en crée!’ de nouveaux. A la vérité, ils ne s’attaquent qu’à la forme, à laquelle ils savent donner une foule d’aspects plus bizarres et plus fantastiques les uns que les autres; mais le fond reste le même, et ce n’est toujours (jue d’un flügelhorn ,d’un cor ou d’une trompette à pistons, tournés et re-
(i) Quelque temps avant la révolution de Juillet, on avait aussi fait en France l’essai de petites flûtes et de petites et grandes clarinettes en cuivre. Quelques troupes les avaient adoptées, entre autres plusieurs régiments de cavalerie; mais on se dégoûta bien vite de ces instruments, qui rendaient d’ailleurs l’exécution pénible, et fatiguaient extrêmement les artistes.
tournés en tous sens, (ju’il s’agit en pareil cas. De ces mille tentatives il n’est guère résultéqu’un seul instrument un peu nouveau : c’est le contrebasson, fait en cuivre et joué avec une anche de contre-basson ordinaire. Il est vrai que la plupart des artistes allemands sont d’avis que cet instrument, nonobstant l’apparente amélioration qu’on lui a fait subir, conserve tous les défauts du genre, et n’a rien acquis en propre, si ce n’est un son plus fort, résultat qui est encore à leurs yeux plutôt un défaut qu’une qualité, attendu qu’on ne gagne rien à augmenter l’intensite d’un son reconnu pour être défectueux, ou du moins peu agréable de sa nature. Quelques facteurs ont même imaginé de fabriquer des hautbois en cuivre, ce qui n’a pas amené de meilleurs résultats.
Les musiciens autrichiens ont une mémoire très-heureuse; souvent ils exécutent par cœur leurs marches et leurs pas redoublés , et l’on assure qu’il y a des régiments où les instrumentistes possèdent de la sorte la presque totalité de leur répertoiie, c’est-à-dire environ cinquante à soixante morceaux. Les Allemands sont en général très-soigneux de tout ce qui leur paraît nécessaire pour assurer une bonne exécution ; et comme il est telle circonstance qui, indépendamment de la volonté des artistes, peut rendre cette dernière ou fautive ou douteuse, ils ont songé à mille ingénieuses recherches pour aplanir jusqu’aux moindres obstacles. C’est ainsi que plusieurs régiments ont eu la singulière idée d’adopter pour le service spécial de leur musique, et dans le cas où les exécutants ne sauraient point jouer sans leurs parties copiées, un certain nombre de lanternes destinées à éclairer le soir ces musiciens , quand ils vont par les rues de la ville exécuter la retraite alternativement avec les tambours.
En Bohême, du plus petit au plus grand, des régions les plus élevées jusqu’aux plus infimes, tout le monde aime et cultive la musique. Ce goût est même partagé par ces aventuriers mystérieux, débris d’une race inconnue, qui depuis longtemps affluent en Bohême, et que pour cela nous appelons fort improprement Bohémiens. De cet amour universel professé pour l’art musical en Bohême, il résulte que les musiques militaires dans ce pays ne peuvent être ni médiocres en qualité ni pauvres en ressources. En effet , un régiment d’infanterie compte ordinairement quatre-vingt-dix musiciens, ou pour le moins quatre-vingts. Chaque corn- [lagnie de soldats a en quelque sorte sa musique; car les soldats de la Bo-