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X. Système des îles de Corse et de Sardaigne

Les couches qu’on nomme tertiaires sont loin de former un tout continu. On y remarque plusieurs interruptions dont chacune pourrait avoir correspondu à un soulèvement de montagnes opéré dans des contrées plus ou moins voisines des nôtres. Un examen attentif de la nature et de la disposition géométrique des terrains

tertiaires du nord et du midi de la France , m’a conduit à les diviser en trois séries, dont l’inférieure, composée de l’argile plastique, du calcaire grossier et de toute la formation gypseuse, y compris les marnes marines supérieures, ne s’avance guère au sud et au sud-ouest des environs de Paris. La suivante, qui est la plus complexe, est représentée dans le nord par le grès de Fontainebleau , le terrain d’eau douce supérieur et les faliluns de la Touraine; elle comprend, à peu d’exceptions près, tous les dépôts tertiaires du midi de la France et de la Suisse, et notamment les dépôts de lignite de Fuveau, Kœpfnach et autres semblables. Le grès de Fontainebleau, superposé aux marnes de la formation gypseuse, est la première assise de ce système, de même que le grès du lias, superposé aux marnes irisées, est la première assise du terrain jurassique. Le premier peut être considéré comme étant par rapport aux arkoses tertiaires de l’Auvergne ce qu’est le second par rapport aux arkoses jurassiques d’Avallon. Ces deux séries tertiaires ne sont pas moins distinctes par les débris de grands animaux qu’elles renferment que par leur gisement. Certaines espèces d’Anoplotherium et de Paléothérium, trouvées à Montmartre, caractérisent la première ; tandis que d’autres espèces de Paléothérium , presque toutes les espèces du genre Lophiodon, tout le genre Anthracotherium , et les espèces les plus anciennes des genres Mastodonte , Rhinocéros, Hippopotame, Castor, etc. , particularisent la seconde. Les dépôts marins des collines subapennines et les dépôts lacustres d’OEningen et de La Bresse représenteraient la troisième période tertiaire, caractérisée par la présence des, éléphants, de l’ours et de l’hyène des cavernes , etc.

C’est à la ligne de démarcation qui existe entre la première et la seconde de ces deux séries tertiaires que paraît avoir correspondu le soulèvement du système des montagnes dont il s’agit ici, et dont la direction dominante est du nord au sud : les couches de cette seconde série sont, en effet, les seules qui soient venues en dessiner les contours.

Au nombre de ces accidents, dirigés du nord au sud , se trouvent les chaînes qui, comme M. Dufrénoy Ta remarqué, bordent les hautes vallées de la Loire et de l’Ailier, et dans le sens desquelles se sont alignées plus tard, près de Clermont, les masses volcaniques des monts Dômes : c’est dans les larges sillons dirigés du nord au sud qui séparent ces chaînes que ce sont déposés les terrains d’eau douce de la Limagne d’Auvergne et de la haute vallée de la Loire.

La vallée du Rhône, qui, à partir de Lyon, se dirige aussi du nord au sud, a de même été comblée jusqu’à un certain niveau par

un dépôt tertiaire dont les couches inférieures, très analogues à celles de l’Auvergne, sont également d’eau douce, mais dont les couches supérieures sont marines. Ici la régularité des couches tertiaires a été fortement altérée dans les révolutions liées aux soulèvements très récents des Alpes occidentales et de la chaîne principale des Alpes.

La même direction se retrouve dans le groupe des îles de Corse et de Sardaigne, dont les côtes présentent des dépôts tertiaires récents en couches horizontales. La ligne de direction des îles de Corse et de Sardaigne, prolongée vers le nord, traverse la partie nord-ouest de l’Allemagne, en passant à peu de distance de la masse basaltique de Aleisner, qui , ainsi que plusieurs autres masses de même nature situées dans les contrées voisines, se coordonne à des accidents qui courent du nord au sud, en affectant toutes les couches secondaires,, ainsi qu’on peut le vérifier sur les belles cartes de AL le professeur Hoffmann.

Il est assez curieux de remarquer que les directions du système du Pilas et de la Côte-d’Or, de celui des Pyrénées, et de celui des îles de Corse et de Sardaigne , sont respectivement presque parallèles à celles du systèmes de Westmoreland et du Hundsruck, du système des ballons et des collines du Bocage, et du système du nord de l’Angleterre. Les directions correspondantes ne diffèrent que d’un petit nombre de degrés,' et les systèmes correspondants des deux séries se sont succédé dans le même ordre, ce qui conduit à l’idée d’une sorte de récurrence périodique des mêmes directions de soulèvement ou de directions très voisines.

AL Conybeare, dans un article inséré dans le Philosophical magazine and Journal of Science , troisième série , deuxième cahier, août 1832, p. 118, place immédiatement après la période du dépôt de l’argile de Londres l’époque du redressement des couches de l’îlede Wight et du district de Weimouth, dont il rapproche plusieurs autres lignes de dislocation de même peu éloignées de la direction estouest qui s’observe en Angleterre. Rien ne prouve cependant que le redressement des couches de l’argile de Londres, dans l’île de Wight, soit aussi ancien que AI. Conybeare Ta supposé ; car on ne voit nulle part les couches tertiaires subséquentes reposer sur les tranches de celles de l’argile de Londres : les faits parlent même contre la supposition de AI. Conybeare , les couches alternativement marines et fluviatiles d’Headen-Hill présentant des traces de dérangement, soit dans leur disposition, soit dans leur hauteur absolue comparée à celle des couches correspondantes de la côte opposée du Hampshire. Toutefois il ne serait pas impossible qu’une partie des

dislocations que M. Conybeare a rapprochées eussent été produites pendant la période tertiaire; qu’elles correspondissent, par exemple, à la ligne de démarcation qui existe entre le grès de Fontainebleau et le calcaire d’eau douce supérieure des environs de Paris , ou à celle qui s’observe entre ce dernier calcaire et les fahluns de la Touraine. Or, s’il en était ainsi, la direction des dislocations de File de Wight étant sensiblement parallèle à celle du système des Pays-Bas et du sud du pays de Galles, on aurait un quatrième exemple du retour à de longs intervalles des mêmes directions de dislocations dans le même ordre. (Voyez plus loin les remarques de M. de la Bêche à ce sujet. )

Le système des Alpes occidentales comparé au système du Bhin, dont il partage la direction à quelque degrés près, pourrait fournir un cinquième terme à la série de rapprochement qui indique cette singulière périodicité des directions des dislocations.

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