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XII. Système de la chaîne principale des Alpes ( depuis le

Palais jusquen Autriche).

Les vallées de l’Isère, du Rhône, de la Saône et de la Durance, présentent deux terrains d’atterrissement ou de transport très distincts l’un de l’autre, entre lesquels on observe un défaut de continuité et une variation brusque de caractères qui constituent une nouvelle interruption dans la série des dépôts de sédiment.

Les eaux qui ont transporté les matériaux du premier de ces deux terrains, lequel appartient, ainsi que je viens de le dire, à la troisième période tertiaire, paraissent avoir été reçues dans les lacs d’eau douce dont j’ai parlé précédemment, tandis que les matériaux du second terrain semblent avoir été entraînés violemment par des courants d’eau passagers qui se sont écoulés vers la Méditerranée. Ces derniers courants sont généralement désignés sous le nom de courants diluviens, quoiqu’ils n’aient rien de commun avec le séjour du genre humain sur notre continent, où ils n’ont détruit que ces animaux aujourd’hui inconnus que j’ai mentionnés ci-dessus. On discutera peut-être longtemps encore sur leur origine, qui pourrait bien avoir résulté tout simplement de la fusion des neiges des Alpes occidentales , opérée instantanément au moment du soulèvement de la chaîne principale des Alpes, et du déversement des eaux des lacs dont il vient d’être question 5 mais on s’accorde généralement à admettre que le passage de ces courants a suivi immédiatement la dernière dislocation des couches alpines.

En portant un coup d’œil général sur les Alpes et sur les contrées qui les avoisinent, on peut reconnaître que les crêtes de la Sainte- Baume , de Sainte-Victoire , du Leberon, du Ventoux et de la Montagne du Poet, dans le midi de la France; la crête principale des Alpes, qui court du Valais vers l’Autriche ; la crête moins haute et moins étendue qui comprend, en Suisse, le mont Pilate et les deux Myten, etc., sont différents chaînons de montagnes qui, malgré leur inégalité, sont comparables entre eux, à cause de leur parallé-

iisme et des rapports analogues qu’ils présentent avec les accidents des Alpes occidentales. Le parallélisme, l’analogie de rapports dont je viens de parler, présentent à eux seuls de fortes raisons de croire que tous ces chaînons de montagnes ont pris naissance en même temps, et ne sont que différentes parties d’un même tout, d un système de fracture unique, opéré en un moment. On pourrait tout au plus concevoir l’idée de les diviser en deux groupes, celui de la Provence et celui des Alpes; mais on en est immédiatement détourné par les rapports analogues qu’on reconnaît entre ces diverses fractures des couches et un mouvement général que le sol d’une partie de la France a éprouvé en contractant une double pente ascendante, d’une part de Dijon et de Bourges, vers le Forez et l’Auvergne , et de l’autre, des bords de la Méditerranée vers les mêmes contrées. Ces deux pentes opposées donnent lieu par leur rencontre à une espèce de ligne de faîte qui est située précisément daus le prolongement de la ligne de soulèvement de la chaîne principale des Alpes. Cette ligne , qu’on voit se suivre ainsi d’une manière plus ou moins marquée depuis les confins de la Hongrie jusqu’en Auvergne, semble être en rapport avec les principales anomalies que les mesures géodésiques et les observations du pendule nous ont dévoilées dans la structure intérieure de notre continent. Il est probable que sa formation a donné, pour ainsi dire, le signal de l’élévation des cratères de soulèvement du Cantal et du mont Dore, autour desquels se sont groupés depuis les cônes volcaniques de l’Auvergne.

Les deux pentes opposées dont nous venons de parler ne se sont produites qu’après l’existence des lacs dans lesquels s’est accumulé le terrain de transport ancien; car on peut vérifier que le fond de celui de ces deux lacs qui couvrait la Bresse et le nord-ouest du département de l’Isère a subi un relèvement considérable du nord vers le midi, et que le fond du lac qui s’étendait entre Digne, Manosque et Barjols, a subi un relèvement plus considérable encore du midi vers le nord

Les dépôts de transports anciens , formés en couches horizontales , au fond du second de ces deux lacs , sur la tranche des dépôts tertiaires déjà disloqués lors de la production du système de fractures des Alpes occidentales, ont même été disloqués à leur tour près de Mézel (Basses-Alpes), dans une direction conforme à celle des petites chaînes qui sillonnent la Provence, comme le Yentoux, le Leboron, la Sainte-Baume, et parallèlement a la chaîne principale des Alpes.

Le dépôt de transport diluvien n’est nulle part affecté par les

dislocations du sol ; partout il s’étend sur les tranches des couches disloquées sans présenter d’autre pente que celle que le courant qui le déposait a dû lui faire prendre à son origine : ainsi le redressement de couches dont il s’agit a eu lieu nécessairement entre le dépôt du terrain de transport ancien et le passage des courants diluviens qui ont rayonné autour des Alpes.

Les environs de Paris et une partie du nord de la France présentent des traces du passage de puissants courants d’eau venant du sud-est, dont le déversement des eaux du lac de la Bresse , par suite de l’élévation inégale de son fond, fournit l’explication la plus simple, et dont il est de même évident que les dépôts n’ont subi aucun dérangement depuis leur origine., circonstance qui, à elle seule, les distinguerait des dépôts tertiaires dans lesquels sont creusées les vallées qui les renferment. La ville de Paris est bâtie en grande partie sur ce dépôt de transport , dont l’origine violente est attestée par la grosseur des blocs qu’il renferme, et dont l’ancienneté est prouvée par la découverte qu’on y a faite, près de la Gare, d’un squelette d’éléphant.

En examinant avec soin la disposition des terrains de sédiment les plus récents, depuis la Baltique jusqu’à Gibraltar et en Sicile, celle même des blocs diluviens répandus autour de la Scandinavie, et dont le transport est probablement antérieur à celui du diluvium alpin, on y reconnaît de nombreuses traces du mouvement du sol dont j’ai indiqué plus haut les effets dans les Alpes et autour de leur base*, mais, dans un résumé aussi bref que doit l’être celui-ci, je puis à peine les indiquer.

La surface des terrains tertiaires de l’intérieur de la France qui, dans l’origine, devait être sensiblement horizontale, va en se relevant, ainsi que l’a remarqué depuis longtemps M. Omalius d’Halloy, depuis les bords de la Loire jusqu’à une ligne qui, passant par Compiègne et Laon , et dirigée à peu près parallèlement à la chaîne principale des Alpes, irait traverser la contrée volcanique des bords du Bbin. Dans le voisinage de cette ligne , on voit en plusieurs points, comme à Compiègne, à Chambîy, à Vigny, a Beyne , à Meudon même , la craie relever autour d’elle les dépôts tertiaires et former au pied de leurs escarpements le fond de vallées d’élévation , dans lesquelles le seul dépôt diluvien venu du sud-est présente une position en rapport avec les lignes de niveau actuelles.

Depuis l’extrémité du Cornouailles jusqu’à Memel , en Prusse , la direction dominante des rivages dont les falaises sont formées indifféremment pour toutes les couches de sédiment , est sensible-

ment parallèle à la direction de la chaîne principale des Alpes ; et la grande hauteur à laquelle le dépôt du crag a été récemment observé sur les falaises au 'sud de l’embouchure de la Tamise prouve €|u’à l’époque dont je m’occupe en ce moment le sol du midi de l’Angleterre a subi, comme celui du nord de la France, des mouvements considérables.

Le sud-ouest de la France et l’Espagne ont éprouvé , à la même époque , des mouvements beaucoup plus considérables encore. Des masses d’ophite sans nombre , perçant le sol de toutes parts, y ont relevé autour d’elles tous les dépôts de sédiment , y compris même le sable des landes, qui appartient, comme le crag et le limon caillouteux de la Bresse, à la troisième période tertiaire. Ces ophites, dont M. Dufrénoy a montré depuis longtemps que le soulèvement est indépendant de celui de la masse des Pyrénées, se sont souvent alignées par files qui suivent les directions de toutes les anciennes fractures , de tous les clivages plus ou moins oblitérés que présentait le sol qu’elles avaient à percer; mais, considérées dans leur ensemble , ces masses d’ophites, les masses de dolomie, de gypse et de sel gemme, les sources salées ou thermales qui forment en quelque sorte leur cortège, sont disposées par bandes qui, prenant naissance au milieu des corbières et des plaines ondulées de la Gascogne, s’enfoncent en Espagne parallèlement à la direction prolongée des lignes de fractures récentes qui traversent la Provence. Les dépôts tertiaires qui forment en partie la surface de la Vieille Castille et peut-être celles de la Nouvelle (d’après les observations encore inédites de M. le Play), attestent l’élévation récente du sol de l’Espagne ; et la direction générale des lignes de faîte et des grands cours d’eau, tels que le Bouro, le Tage , la Guadiana , le Guadalquivir, étend à la péninsule entière l’empreinte de l’époque des ophites.

Le sud de l’Italie, la Sicile et les îles qui l’entourent présentent de même un grand nombre d’accidents topographiques parallèles à la direction de la chaîne principale des Alpes ; et M. Christie a constaté que la grande chaîne qui borde la côte septentrionale de la Sicile et qui est le plus important de ces accidents , doit son relief actuel à un soulèvement opéré , comme celui de la chaîne principale des Alpes , à la fin de la période pendant laquelle les éléphants , les hippopotames et les autres animaux caractéristiques de la troisième période tertiaire, habitaient le sol de l’Europe. (Voyez Annales des sciences naturelles , t. xxv, p. 164.)

Remarques générales. Si Ton considère avec soin, sur un globe terrestre d’une dimension suffisante et d’une exécution soignée ,

chacun des systèmes de montagnes les plus proéminents et les plus récents qui sillonnent la surface de l’Europe, on peut remarquer que chacun d’eux fait partie d’un vaste système de chaînes parallèles, qui s’étend bien au delà des contrées dont la structure géologique nous est connue. Mais , comme dans toutes les portions de chacun de ces systèmes qui sont situées dans les parties bien observées de l’Europe on a reconnu, de proche en proche, que les chaînons parallèles sont en général contemporains , on n’a aucune raison pour supposer que cette loi , vérifiée sur de si nombreux exemples, dût s’interrompre brusquement si on en poussait la vérification plus loin encore. Il est donc naturel de croire, jusqu’à ce que des observations directes aient montré le contraire , que chacun de ces vastes systèmes, dont les systèmes européens sont respectivement des portions, doit son origine aune seule époque de dislocation.

D’après cette considération, on serait conduit à supposer, par exemple, que les crêtes du système des Pyrénées que j’ai signalées plus haut sur la surface de l’Europe , font partie d’un système plus étendu, dont les Alleghanys et peut-être les Gates du Malabar formeraient les deux anneaux les plus éloignés. Ces deux termes extrêmes de la série se trouvent, à la vérité, considérablement détachés du reste -, mais, depuis le cap Ortégal en Espagne jusqu’à rentrée du golfe Persique,sur une longueur de 1,600 lieues, on peut suivre une série d’aspérités allongées, toutes parallèles à un même grand cercle de la sphère terrestre, et dont le parallélisme et la proximité s’accordent avec l’idée qu’elles auraient été produites en même temps, et pour ainsi dire du même coup.

Ainsi, les directions des petites chaînes de montagnes que les cartes les plus récentes indiquent dans la partie septentrionale du grand désert de Sahara, au sud de Tripoli et de l’Atlas, et dont quelques-unes se poursuivent même à travers l’Atlas jusqu’à la mer, ainsi que la direction de la côte septentrionale de l’Afrique entre la grande et la petite Syrte, sont exactement parallèles à la direction des Pyrénées et à celle des accidents du sol que j’ai indiqués en Provenee, en Italie, en Morée. Les observations de M. Rozet prouvent en même temps qu’il existait déjà des montagnes près d’Alger lors du dépôt de couches tertiaires. La direction du système pyrénéo-apennin que nous avons déjà suivi jusqu’en Grèce, et dont certains chaînons paraissent se poursuivre jusqu’à la mer de Marmara, pour reparaître au delà dans l’Anatolie, se retrouve exactement dans la direction de la grande vallée de la Mésopotamie et du golfe Persique, et dans celle des chaînes qui s’élèvent immédiatement au nord-est de cette grande vallée , et qui vont se rattacher

au Caucase. La direction de beaucoup des cours d’eau qui descendent du Caucase, et celle de plusieurs des principaux chaînons de ce système, notamment celle du chaînon qui borde la mer Noire au nord-est de l’Abasie et de la Mingrélie, est encore exactement celle du système pyrénéo-apennin. Cette direction du chaînon le plus occidental du Caucase est en quelque sorte continuée à travers les plaines de la Russie, de la Pologne, de la Prusse, jusqu’à Tile de Rugen, par les dislocations que M. Dubois de Montperreux y a signalées dans le terrain crétacé. Elle se rattache ainsi de proche en proche aux dislocations pyrénéennes des Carpathes et du pied nord-nordest du Harz.

La direction du système des ballons et des collines du Bocage étant sensiblement la même que celle du système des Pyrénées, la considération des directions permettrait de rapporter une partie des chaînons de montagnes dont je viens de parler au système des ballons aussi bien qu’à celui des Pyrénées; mais dans l’état actuel de la surface du globe terrestre, tous les systèmes de montagnes d’une date ancienne sont trop morcelés, trop usés, trop peu saillants, pour qu’on puisse leur rapporter des systèmes de crêtes aussi proéminents que ceux que je viens de mentionner. îl est toutefois bien probable que, si réellement le système dont les Pyrénées font partie se prolonge depuis les États-Unis jusque dans l’Inde, en traversant l’Europe, il doit en être de même du système des ballons; et la circonstance que les bouleversements qui, en Europe, ont marqué le commencement et la fin de la période secondaire se seraient étendus jusqu’aux États-Unis et dans l’Inde, expliquerait pourquoi ces grandes coupures des terrains de sédiment semblent se retrouver dans trois contrées aussi distantes.

Si maintenant nous passons au système des Alpes occidentales, nous pouvons remarquer que le prolongement mathématique de la ligne tirée de Marseille à Zurich se trouve être parallèle à des accidents très remarquables de la surface du globe, que l’induction de contemporanéité tirée de la direction des chaînons de montagnes conduirait à considérer comme de la même date, quoique l’état des connaissances géologiques ne donne pas encore le moyen de vérifier complètement cette conjecture.

Ainsi, en tendant sur la surface du globe terrestre un fil qui passe par Marseille et par Zurich, on peut remarquer que ce fil, qui passe aussi vers le nord par l’embouchure de l’Obi, et vers le midi par l’archipel des nouvelles Shetland du sud, se trouve à peu près parallèle à la chaîne du Kiôl, rameau le plus étendu des Alpes Scandinaves, aux chaînons principaux et aux vallées les plus remar-

quables de l’empire de Maroc, et même à la Cordillière littorale du Brésil qui borde le rivage de l’océan Atlantique , depuis le cap Roque jusqu’à Monte-Video.

Cette même direction est parallèle, non-seulement à la ligne générale des côtes orientales de l’Espagne, depuis le cap de Gates jusqu’aux environs de Narbonne, mais encore à la ligne générale du littoral de l’ancien continent , depuis le cap Nord de la Laponie jusqu’au cap Blanc d’Afrique. Le Mont-Blanc, situé à peu près à égale distance de ces deux points extrêmes, forme comme le pivot de la charpente de la partie de l’ancien continent qui est comprise entre eux, et dont il est en même temps le point le plus élevé.

Au sud du cap Blanc, la côte de l’océan Atlantique est basse et sablonneuse sur une grande étendue, et à l’est du Nord Kyn, voisin du cap Nord de la Laponie , la côte est de même assez peu élevée. Dans l’intervalle de ces deux points, au contraire, les côtes qui regardent la haute mer sont généralement formées par des terres élevées, qui, lorsqu’elles ne sont pas composées de roches primitives, opposent du moins à l’océan une barrière de couches redressées 5 disposition qui semble indiquer que le long de cette ligne tous les terrains plats et peu élevés ont été submergés.

Passant ensuite au système de la chaîne principale des Alpes, on peut remarquer que les crêtes du Mont-Pilate (en Suisse), de la chaîne principale des Alpes, du Ventoux, du Leberon , de la Sainte- Beaume, etc. , font partie d’un vaste ensemble de chaînons de montagnes qui, répandus autour de la Méditerranée et se prolongeant à travers le continent asiatique, semblent se lier à la fois les uns aux autres, par leur parallélisme et par la similitude de leurs rapports , avec les grandes dépressions du sol remplies par les eaux des mers ou peu élevées au-dessus de leur surface. Outre les chaînes déjà mentionnées, ce système comprend l’Atlas, la chaîne centrale du Caucase, couronnée par le pic de l’Elbrouz, ainsi que la longue série de montagnes qui, sous les noms de Paropanissus, d’Indoukosh, d’Himalaya , borde , au nord, les plaines de la Perse et du Bengale, et renferme les cimes les plus élevées de la terre. Toutes ces chaînes courent parallèlement à un grand cercle, qu’on représenterait sur un globe terrestre par un fil tendu du milieu de l’empire de Maroc au nord de l’empire des Birmans.

Il existe un rapport de disposition difficile à méconnaître entre la situation de l’Himâlaya, au nord des plaines du Gange, et celle de la chaîne principale des Alpes , au nord des plaines du Pô 5 les cours d’eau qui s’échappent de l’une ou de l’autre chaîne de montagnes s’infléchissent de la même manière dans la contrée basse qui la

borde, pour tomber les unes dans le Gange, comme les autres dans le Pô 5 ce qui semble indiquer que la première plaine doit être, comme la seconde , formée par une vaste alluvion descendue des montagnes voisines. Le système géologique de la presqu’île occidentale de Flnde s’élève, au midi des plaines du Bengale, à peu près comme celui des Apennins, au midi [des plaines de la Lombardie ; et on pourrait , par suite de cet ensemble de rapports , remarquer des analogies de situation géographique et commerciale entre Milan et Dehly, entre Venise et Calcutta , entre Ancône et Madras, entre Gênes et Bombay. Les rapports que je signale deviendraient plus frappants encore, si le cours de l’Indus, étant barré par des montagnes comparables en position à celles qui vont de Gênes au col de Tende , les eaux de ce fleuve et celles de la rivière Setledje et de ses autres affluents étaient obligées de franchir le seuil peu élevé qui les sépare de la grande vallée du Gange.

Les systèmes de montagnes qui viennent d’être mentionnés sont bien loin de comprendre toutes les chaînes qui sillonnent la surface du globe 5 mais les chaînes qui n’y sont pas comprises jouissent aussi de la propriété de pouvoir être groupées par systèmes , dans chacun desquels tous les chaînons partiels sont parallèles à un certain grand cercle de la sphère terrestre , et embrassent de part et d’autre de ce grand cercle une zone plus ou moins large et presque toujours d’une grande longueur. Ainsi, par exemple, la chaîne qui forme l’axe de l’île de Madagascar et celle beaucoup plus étendue, mais semblablement orientée, qui borde au sud-est le continent africain, forment deux anneaux d’un système qu’on peut suivre à travers l’Asie jusqu’aux bords du lac Baikal et de la Léna. Je pourrais citer beaucoup d’autres exemples du même genre que j’ai eu plusieurs fois l’occasion d’indiquer dans mes leçons, si cet extrait ne dépassait pas déjà de beaucoup les bornes dans lesquelles il aurait dû être renfermé.

L’apparition d’une chaîne de montagnes qui, à en juger par quelques-uns des résultats des observations géologiques , a produit dans les contrées voisines des effets si violents, a pu , au contraire, n’influer sur des contrées très lointaines que par l’agitation qu’elle a causée dans les eaux de la mer, et par un dérangement plus ou moins grand dans leur niveau 5 événements comparables à l’inondation subite et passagère dont on retrouve l’indication à une date presque uniforme dans les archives de tous les peuples. Si cet événement historique n’était autre chose que la dernière des révolutions de la surface du globe, on serait naturellement conduit à demander quelle est la chaîne de montagnes dont l’apparition remonte

à la même date *, et peut-être serait-ce le cas de remarquer que le système des Andes, dont les soupiraux volcaniques sont encore généralement en activité, forme le trait le plus étendu, le plus tranché et pour ainsi dire le moins effacé de la configuration extérieure actuelle du globe terrestre. En donnant le nom de système des Andes à ce système, que je suppose être le plus récent de tous, je prends la partie pour le tout, comme je l’ai fait dans le cas des Pyrénées et des Alpes. Je veux , en effet, parler ici de cet énorme bourrelet montagneux qui court entre l’Océan pacifique d’une part , et les continents des deux Amériques et de l’Asie de l’autre, en suivant, depuis le Chili jusqu’à l’empire de Birmans, la direction d’un demi-grand cercle de la terre, et en servant comme d’axe central à cette ligne volcanique en zigzag qui, suivant çà et là des fractures plus anciennes sans s’écarter de la zone littorale, forme, ainsi que l’a remarqué M. de Buch, la limite la plus naturelle du continent de l’Asie, et peut même être considérée comme séparant la partie aujourd'hui la plus continentale du globe terrestre de sa partie la plus maritime.

Des crises violentes , accompagnées de l’élévation de chaînes de montagnes et suivies de mouvements impétueux des mers capables de désoler de vastes étendues de la surface du globe, paraissant avoir, pendant un laps de temps probablement immense, fait partie du mécanisme de la nature, il n’y a rien d’absurde à admettre que ce qui est arrivé à un grand nombre de reprises , depuis les périodes les plus anciennes jusqu’aux périodes les plus modernes de l’histoire de la terre, soit arrivé une fois depuis que l’homme vit sur sa surface. Ainsi, comme le remarque avec justesse M. le professeur Sedgwick , nous nous trouvons avoir écarté tout ce que présentait d’incroyable la tradition d’un déluge récent.

On peut en outre remarquer, relativement à l’avenir de notre planète, que si le nombre des révolutions de la surface du globe et du système des montagnes réellement distincts est encore indéterminé, si la série formée par ces termes successifs n’est encore que très imparfaitement connue, les observations déjà faites circonscrivent pourtant déjà entre certaines limites la loi qui, lorsqu’ils seront tous complètement connus, pourra se manifester dans leur succession. Par cela seul que la hauteur actuelle du Mont-Blanc et du Mont-Rose ne date que des dernières révolutions de la surface du globe, il est visible que, quelle que soit la place définitive que pourront occuper dans la même série d’autres montagnes plus hautes encore, cette série ne prendra jamais cette forme longuement et régulièrement décroissante qui conduirait directement à conclure

que la limite est atteinte. Rien n’indiquera que des phénomènes, dont les derniers paroxysmes ont été si violents, ne se renouvelleront plus. Quelque provisoire que soit la succession de termes qui résulte de l’état actuel des observations, il est difficile d’y prévoir une modification qui change son aspect au point de porter à supposer que l’écorce minérale du globe terrestre ait perdu la propriété de se rider successivement en différents sens; il est difficile d’y prévoir un changement qui permette d’assurer que la période de tranquillité dans laquelle nous vivons ne sera pas troublée à son tour par l’apparition d’un nouveau système de montagnes, effet d’une nouvelle dislocation du sol que nous habitons , dont les tremblements de terre nous avertissent assez que les fondements ne sont pas inébranlables.

Tout nous conduit donc à supposer que les causes qui ont produit les phénomènes géologiques subsistent encore , et que la tranquillité dont nous jouissons aujourd’hui est due à leur sommeil bien plutôt qu’à leur anéantissement.

On a essayé d’expliquer par la répétition prolongée des effets lents et continus que nous voyons se produire sur la surface du globe, l’ensemble des phénomènes qui s’observent dans les pays de montagnes ; mais on n’est parvenu de cette manière à aucun résultat général complètement satisfaisant. Tout annonce , en effet, que le redressement des couches d’une chaîne de montagnes est un événement d’un ordre différent de ceux dont nous sommes journellement les témoins.

Le nombre , la périodicité et la similitude des grands événements que nous présente l’histoire du globe fourniraient, s’il en était besoin aujourd’hui, de puissants arguments contre la plupart des causes cosmologiques, telles qu’un déplacement de l’axe de la terre ou le choc d’une comète , auxquelles on a souvent eu l’idée d’avoir recours pour les expliquer. Le choc d’un corps en mouvement serait beaucoup plus propre à produire dans la croûte solide extérieure du globe des inégalités disposées plus ou mojns symétriquement autour d’un point, que des rides courant parallèlement les unes aux autres sur une grande étendue.

L’absence de tout rapport direct entre la direction des chaînes de montagnes et la position des pôles et de l’équateur, indique assez à elle seule qu’elles ne doivent pas leur origine à des phénomènes astronomiques. Les chaînes de montagnes ne présentent de relations évidentes que les unes avec les autres, par leur répartition en groupes rectilignes, et avec les dimensions du glohe terrestre, par la propriété que paraît avoir chaque système d’em-

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brasser plus ou moins exactement une demi-circonférence de la terre ; et on peut remarquer, à l’appui de l’hypothèse dans laquelle chacun de ces systèmes de montagnes, quelle que soit son étendue, serait considéré comme le résultat d’un seul mouvement de dislocation de la croûte terrestre, qu’il est plus aisé de se représenter géométriquement le déplacement relatif de parties nécessaire pour que l’écorce solide de la terre se ride suivant une portion considérable de l’un de ses grands cercles , que celui qui devrait avoir lieu si elle venait à se rider seulement dans un espace plus circonscrit.

L’idée d’assimiler à l’époque de tranquillité actuelle chacune des périodes de tranquillité ralative dont l’étude des dépôts de sédiment nous atteste l’ancienne existence, est complètement en harmonie avec l’idée très philosophique en elle-même de chercher dans les causes qui agissent encore actuellement sous nos yeux à la surface du globe l’explication des phénomènes dont les géologues observent les effets; mais il y a loin de l’idée que tous les phénomènes géologiques ont dû être produits par des causes encore en action , à la supposition gratuite que ces causes n’ont jamais déployé une énergie supérieure à celle avec laquelle elles ont agi depuis l’établissement définitif des sociétés actuelles. Cette supposition ne peut s’accorder avec le fait de l’indépendance des formations de sédiment successives, qui est le résultat le plus important et en quelque sorte le résumé de l’étude des couches superficielles de notre globe ; il y a au contraire une harmonie remarquable entre la forme générale que tous les géologues ont attribuée, depuis Werner, et même depuis Buffon, à la série des sédiments qu’ils ont constamment divisée en un nombre limité de formations , et l’idée d’une série de catastrophes susceptibles chacune de changer sur de grands espaces la forme des mers et le cours des rivières, et séparées les unes des autres, dans chaque contrée, par des périodes d’une tranquillité relative.

Mais plus il sera solidement établi par les faits dont l’ensemble constitue la géologie positive, que l’histoire de la terre se compose d’une série de périodes de tranquillité dont chacune a été séparée de la suivante par une convulsion subite et violente dans laquelle une portion de la croûte du globe a été disloquée, plus en même temps il paraîtra raisonnable de ne chercher que dans l’action des causes dont l’observation de la nature nous a démontré l’existence , l’explication de ses ouvrages même les plus anciens; plus sera grande la curiosité , on pourrait même dire l’anxiété avec laquelle on se trouvera porté à rechercher, parmi les causes actuellement

en action, quel est l’élément qui peut être propre à produire de temps à autres des crises si différentes de la marche ordinaire des événements qui se passent à nos yeux.

Les volcans se présentent naturellement à l’esprit , lorsqu’on cherche dans l’état présent des choses quelques termes de comparaison avec ces phénomènes gigantesques qui apparaissent clairsemés dans l’histoire de la terre. Mais la volcanicité ne serait une cause comparable aux effets qu’il s’agit d’expliquer, qu’autant qu’on élargirait l’acception habituelle de cette expression, en la définissant avec M. de Hum bold , l'influence qu'exerce V intérieur d’une planète sur son enveloppe extérieure dans les différents stades de son refroidissement.

Déjà on était obligé de modifier le sens primitif de l’expression action volcanique , lorsqu’on voulait continuer à y comprendre, ainsi que le faisait Dolomieu , les éruptions de trachytes et de basaltes, puisqu’il est prouvé aujourd’hui que ces roches, au lieu d’avoir coulé d’un cratère situé à la cime d’un cône , se sont élevées sous forme de cloches, ou se sont épanchées en grandes nappes par des crevasses souvent longues et étroites (dykes). Les différences si bien établies par M. de Buch entre les laves des volcans et les mélaphyres qui, dans le soulèvement des chaînes de montagnes, sont arrivés au jour dans un état pâteux , et n’ont jamais coulé sur la surface , montrent la nécessité d’élargir encore plus le sens attribué le plus souvent à cette même expression d’action volcanique, si on veut que le phénomène du soulèvement d’une chaîne de montagnes puisse être compris.

Les volcans se sont souvent alignés suivant les fractures parallèles à des chaînes de montagnes, et qui devaient probablement à l’élévation de ces chaînes leur première origine 5 mais cela ne conduit nullement à considérer les chaînes elles-mêmes comme étant dues à ce jeu prolongé des évents volcaniques, auquel s’applique proprement le sens de l’expression d’action volcanique. Si on conçoit comment un centre d’éruptions volcaniques, agissant avec une énergie extraordinaire, aurait pu produire des accidents disposés circulairement, ou en forme de rayons , autour d’un point central, on ne peut imaginer comment même plusieurs volcans réunis auraient produit de ces rides, en partie composées de couches repliées , qui se poursuivent avec une direction constante dans l’espace d’un grand nombre de degrés.

L’action volcanique, dans le sens propre de ce mot, ne saurait donc être la cause première des grands phénomènes qui nous occupent ; mais les éruptions volcaniques paraissent avoir elles-mêmes

des rapports avec la haute température que présentent encore aujourd’hui les parties intérieures du globe ; et les analogies qui, au premier aperçu, nous feraient chercher dans Faction volcanique proprement dite la cause des révolutions de la surface du globe, doivent nous conduire finalement à chercher cette meme cause dans le phénomène beaucoup plus large de la haute température intérieure de la terre.

Le refroidissement séculaire, c’est-à-dire la diffusion lente de cette chaleur primitive à laquelle les planètes doivent leur forme sphéroïdale et la disposition généralement régulière de leurs couches du centre à la circonférence, par ordre de pesanteur spécifique, présente en effet un élément auquel il me semble depuis longtemps, ainsi qu’à M. Fénéon (qui m’a dit avoir eu aussi de son côté, la même idée), que ces effets extraordinaires pourraient être rattachés. Cet élément est le rapport qu’un refroidissement aussi avancé que celui des corps planétaires établit sans cesse entre la capacité de leur enveloppe solide et le volume de leur masse interne. Dans un temps donné, la température de l’intérieur des planètes s’abaisse d’une quantité beaucoup plus grande que celle de leur surface, dont le refroidissement est aujourd’hui presque insensible. Nous ignorons sans doute quelles sont les propriétés physiques des matières dont l’intérieur de ces corps est composé; mais les analogies les plus naturelles portent à penser que l’inégalité de refroidissement dont on vient de parler doit mettre leurs enveloppes dans la nécessité de diminuer sans cesse de capacité, malgré la constance presque rigoureuse de leur température, pour ne pas cesser d’embrasser exactement leurs masses internes dont la température décroît sensiblement. Elles doivent, par suite, s’écarter légèrement et d’une manière progressive de la figure sphéroïdale qui leur convient, et qui correspond à un maximum de capacité; et la tendance graduellement croissante à revenir à une figure à peu près de cette nature, soit qu’elle agisse seule, ou qu’elle se combine avec les autres causes intérieures de changement que les planètes peuvent renfermer, pourrait peut-être rendre complètement raison de la formation subite des rides et des diverses tubérosités qui se sont produites par intervalles dans la croûte extérieure de la terre, et probablement aussi de tous les autres corps planétaires'.

i Ainsi que nous l’avons annoncé ci-dessus, page 616, ce long article de M. Elie de Beaumont, sur sa théorie des soulèvements des montagnes, remplace l'extrait que M. de la Bêche a donné de cette théorie dans son ouvrage. Toutefois nous avons conservé les observations suivantes que l’auteur anglais a ajoutées à son extrait.

( Note du traducteur.)

Cet exposé de la théorie de M. Élie de Beaumont doit Faire reconnaître qu’il nous faudra encore un temps très considérable, et une masse d’observations très exactes recueillies dans différentes parties du monde, avant que nous soyons en état de prononcer quelles sont les règles générales et quelles sont les exceptions.

On a pu remarquer que M. Élie de Beaumont a signalé le presque parallélisme de trois systèmes particuliers par rapport à trois autres systèmes particuliers des montagnes de l’Europe, ce qui conduit à cette présomption, que le parallélisme seul est insuffisant pour déterminer l’âge relatif du soulèvement d’une masse de couches *, conclusion qui est fortement confirmée par l’observation qui a été faite dans les Iles Britanniques, de certaines lignes de couches disloquées, lesquelles, par rapport à la surface générale du globe, peuvent être regardées comme très peu distantes Tune de l’autre.

Dans Vile de Wight > la direction des couches disloquées est de l’est à l’ouest 5 il en est de même dans les environs de Weymouth , dans les monts Mendip , dans une grande partie du Devonshire et dans le sud du Pays de Galles. L’époque du soulèvement des couches de Vîle de Wight est certainement postérieure au dépôt de l’argile de Londres; et on ne peut guère douter que les dislocations n’aient eu lieu à la même époque dans le district de FF eymouth. Mais, si nous suivons ce même genre de recherches dans le Devonshire , nous reconnaissons que la disposition actuelle, de l’est à l’ouest, d’une -grande partie de la grauwacke de cette contrée a été produite antérieurement au dépôt de la série du nouveau grès rouge, puisque cette série repose sur les tranches des couches disloquées de la grauwacke 1 . Si maintenant nous remontons vers le nord , jusqu’aux terrains carbonifères des monts Mendip et de la partie méridionale du pays de Galles , nous observons que ces terrains ont de même éprouvé un soulèvement dans une direction est et ouest avant la formation du nouveau grès rouge. D’où il résulte que, dans cette partie de l’Angleterre, les couches ont été deux fois soulevées dans une même direction à des époques différentes.

En poursuivant ces recherches dans le sud de Y Irlande , nous remarquons encore que, d’après les observations de M. Weaver, îa grauwacke de cette contrée a été soulevée dans la même direction est et ouest, mais antérieurement au dépôt du vieux grès rouge. Ainsi, nous avons trois soulèvements distincts, peu éloignés l’un de

! Postérieurement, l’un et l’autre terrain a éprouvé des fractures; et beaucoup de failles qui les traversent ont une direction à peu près est à ouest.

1 autre, ayant la meme direction, mais ayant eu lieu à des époques différentes 1 2 .

Ces observations n’ont nullement pour but de combattre le principe général de la contemporanéité des soulèvements de couches sur différents points éloignés par suite du refroidissement du globe, les couches ainsi disloquées ayant été recouvertes depuis sur de grandes étendues par divers dépôts opérés tranquillement ; nous avons voulu uniquement faire remarquer que le parallélisme, malgré son existence fréquente , n’est pas une condition nécessaire des couches dont les soulèvements ont été contemporains. Car, si on s’attachait trop, dans l’état actuel de nos connaissances^ à insister sur cette condition , on pourrait peut-être craindre de se laisser entraîner à subordonner les faits à la théorie*, et, par suite, notre attention serait détournée d’observer les autres directions que peuvent avoir prises d’autres soulèvements de couches contemporaines. Quand même on découvrirait que les dislocations contemporaines de couches ne sont pas parallèles , quoique toujours en ligne droite, cela n’attaquerait pas le principe fondamental de la théorie de M. Élie de Bourmont. Comme on l’a déjà fait remarquer , il faudra beaucoup de temps et une grande patience pour parvenir à déterminer quelles sont les directions prédominantes. Mais, quel que soit le résultat qu’on obtienne, les géologues ne seront pas moins infiniment redevables à M. Élie de Beaumont pour avoir commencé à sortir ce sujet de l’état où il était avant lui-, et, dans tous les cas, il est impossible que les recherches auxquelles la vérification de çette théorie ne peut manquer de donner lieu n’augmentent beaucoup nos connaissances géologiques \

Le professeur Sedgwick a déjà fait remarquer que les changements dans le caractère zoologique des dépôts n’ont pas toujours coïncidé avec les dislocations des couches; et nous avons fait remarquer ci-dessus , encore d’après le professeur Sedgwick , qu’il n’y avait eu, en Europe, aucun changement important dans le caractère zoologique général des dépôts inférieurs, jusqu’au zechstein inclusivement. D’après ce que nous connaissons, la première

1 On a prétendu que les calcaires carbonifères du nord de l’Angleterre, qui se dirigent suivant une ligne nord et sud , avaient été soulevés à une époque différente de celle des mêmes terrains dans te pays de Galles et le comté de Sommerset, lesquels suivent la direction est et ouest ; mais ce fait est encore loin d’être prouvé.

2 Diverses objections ont été faites contre cette théorie par plusieurs géologues, particulièrement en ce qui concerne certaines lignes de soulèvement et leurs époques relatives. M. Boué, qui a été un des premiers à indiquer des masses de montagnes soulevées à différentes époques , a inséré une série d’objections dans le Journal de Géologie, t. 3, p. 338.

668 DU GISEMENT DES SUBSTANCES MÉTALLIQUES, ETC. grande altération de ce genre est observée dans les débris organiques du grès bigarré et du muscbelkalk. Il n’est point inutile de répéter ici ce que nous avons déjà fait remarquer, que des soulèvements de terrain suffisants pour former une chaîne de montagnes ont dû produire de grands effets sur toute la vie animale et végétale; qu’ils ont pu anéantir tous les animaux terrestres, et même détruire en très grande partie, sinon en totalité, les masses de végétaux qui se trouvaient sous l’influence de la cause perturbatrice, non-seulement en produisant sur les continents d’immenses déluges qui ont abîmé et entraîné tous les êtres organiques , mais encore en élevant des végétaux dans des régions plus hautes de l’atmosphère et par conséquent plus froides, où ils ne peuvent plus exister. Dans ce raisonnement, nous supposons des continents produisant des plantes et nourrissant des animaux terrestres : mais il est évident que si nous admettons des dislocations contemporaines de couches sur différents points, elles auront pu avoir lieu dans des circonstances très différentes entre elles. Ainsi, dans une contrée, la dislocation aura eu lieu dans l’atmosphère; dans une autre, sous une mer peu profonde; enfin , dans une troisième , elle se sera produite au fond des abîmes de l’Océan et sous une grande pression. Les phénomènes qui en sont résultés ont dû être aussi variés que les circonstances qui, dans chaque localité particulière, ont pu accompagner la dislocation et le soulèvement des couches. Mais il est évident que la destruction des animaux marins aura été très difficile ; et même^ d’après les faits connus, et en faisant une grande part à l’action destructive des grands courants, il ne nous est guère possible de concevoir que jamais il y ait eu sur la surface du globe une catastrophe de dislocation de terrains assez générale pour anéantir à la fois , à une même époque , l’ensemble des animaux marins ; seulement on peut admettre que, vers le centre d’action de chaque grande catastrophe, la destruction de ces animaux a dû être extrêmement grande, et même complète dans une certaine étendue.

Du gisement des substances métalliques dans les terrains

Pour traiter complètement ce sujet, il faudrait un volume. Dans le peu que nous en dirons, notre but est d’appeler l’attention de nos lecteurs sur un petit nombre de faits d’une importance plus générale.

Les minéraux métallifères se présentent de différentes manières au milieu des terrains : disséminés dans les roches; en rognons ,* en réseaux de petites veines ou de petits filons entrelacés ; en couches ;

DU GISEMENT DES SUBSTANCES MÉTALLIQUES, ETC. 669 ou enfin en filons remplissant les fentes qui traversent les couches ou les masses de roches.

Quand ils sont disséminés dans une roche , comme le sont , par exemple, l’étain dans le granit, et les pyrites ferrugineux dans beaucoup de roches de trapp et de schistes argileux , il n’est guère possible de douter que ces substances n’aient fait partie de la roche dès l’origine, et qu’elles ne se soient séparées chimiquement de la masse durant sa consolidation. Quand les minéraux métallifères se présentent en rognons, comme le cuivre à Ecton, dans le Staffordshire, ou comme le plomb dans la Sierra-Nevada , en Espagne , il s’élève une difficulté , si on les considère autrement que comme contemporains avec les roches dans lesquelles ils sont enfermés. La présence aussi des métaux sous forme de veines , de filets ou de petits filons, se croisant les uns les autres dans toutes directions sous forme de réseau, nous rappelle fortement les veines minces, ou les petits filons de carbonate de chaux dans beaucoup de pierres calcaires, comme cela a déjà été observé par M. Weaver, par rapport au gîte de minerais de cuivre , dans l’île de Ross , sur le lac de Killarney : d’où on doit conclure que si ces minerais de cuivre ne sont pas précisément contemporains de la formation première de la roche qui les renferme, ils ont été, comme les filons calcaires dans la pierre calcaire, sécrétés de la roche dans de petites crevasses produites probablement durant sa consolidation.

On a beaucoup écrit et discuté sur l’existence des minerais métalliques en couches : mais il est constant que le minerai de fer se présente souvent de cette manière. De même, les schistes cuivreux de la Thuringe et d’autres pays voisins doivent aussi être regardés, jusqu’à uncertain point, comme des couches métallifères, quoique rigoureusement ces schistes ne forment pas des couches de minerais solides. L’apparence des substances métalliques en couches est souvent trompeuse, ces couches n’étant autre chose que la prolongation latérale d’un filon entre les couches. C’est ainsi que, dans la riche mine de cuivre d’Allihies, dans le sud de l’Irlande, « le minerai se rente contre dans un large filon de quartz, qui coupe les roches schiste teuses du pays en général du nord au sud, mais qui, dans queltt ques cas, s’étend parallèlement avec la stratification 1 . » M. Taylor m’a assuré qu’à Nent-Head, dans le canton d’Alston-Moor (Cumberland) , le minerai de plomb prend une direction latérale au milieu des couches, et que le même fait s’observe dans plusieurs mines du Yorkshire et du Flintshire.

i Weaver, Proceedings of the Geo l, Society, 4 juin i 830.

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