tome v
a Cuvier, Ossem.foss,, tome i, édit, de 1822, page 147.
3 Ibidem, tome n.
4 appendix to Beechey’ s Voyage to the Pacific and Behring’s S trais.
maintenant que les restes d éléphant que l’on trouve dans cette localité, au lieu d’être encaissés dans la glace, comme on l’avait cru pendant l’expédition de Kotzebue , sont enveloppés dans une vase et un sable glacés, d’où s’exhale une forte odeur d’os brûlés \ Les restes d’animaux ainsi ensevelis se rapportent à l’ éléphant, au bos unis , au daim et au cheval $ on a aussi trouvé la vertèbre cervicale d’un animal inconnu. Le professeur Buckland présume que l’éléphant de la Sibérie, dont il a été question plus haut, était aussi enchâssé dans une vase ou un sable glacés, une masse gelée de cette nature ne devant présenter dans ses escarpements qu’une surface de glace, comme on l’a observé dans la baie d’Escholtz; et ce qui rend cette conjecture probable, c’est qu’on sait que le rhinocéros du Wilui était ainsi enveloppé.
Les causes, quelles qu’elles soient, qui ont détruit l’éléphant de 1 embouchure de la Lena, ont agi, comme 1 observe le professeur Buckland, sur toutes les côtes des deux continents, au delà du cercle arctique 5 au reste, c’est ce qui est prouvé par les recherches de M. Hedenstrom, qui a visité, par les ordres du gouvernement russe, toutes les côtes de la mer Glaciale comprises entre la Léna et la Kolyma, et qui y a trouvé des milliers d’éléphants, de rhinocéros, de buffles et autres animaux ensevelis dans la glace ou dans le terrain glacé de ces contrées a.
Il paraît probable, d’après ce qui précède, qu’il s’est opéré un grand changement de climat sur les côtes septentrionales de l’Asie et de l’Amérique, depuis l’époque où ces animaux y ont vécu; car, même^ en accordant que les éléphants qu’on trouve si communément à l’état fossile appartenaient à une espèce particulière qui était organisée pour supporter un climat beaucoup plus froid que celui qu’habite l’espèce actuellement vivante (ce qui est extrêmement probable d’après la nature laineuse du poil dont était revêtu l’éléphant trouvé dans la glace à l’embouchure de la Léna) , il est impossible de ne pas admettre que ces animaux devaient nécessairement trouver à vivre dans la contrée, et par conséquent y rencontrer une nourriture proportionnée à leur pouvoir de mastication et de digestion ; or , on ne peut guère concevoir que ce pays ait pu
1 M. Brayley, en parlant de celte odeur, observe que, d’après plusieurs considélations, il est probable que dans les localités indiquées elle doit toujours provenir de la décomposition de la matière animale, plutôt que de toute autre cause. Toutefois le professeur Buckland est porté à lui attribuer une origine différente, Phil. Mag, and Ann., vol. ix, page 4 H .
2 Journ. de Géologie , tome 11, page 315.
la leur fournir, si le climat eût été tel cjuil est maintenant} cai il ne laisse croître qu’une végétation misérable, et encore seulement pendant une partie de l’année
Cavernes ossifères et brèches osseuses.
C’est au professeur Buckland que nous devons une connaissance plus approfondie des diverses circonstances qui accompagnent le gisement des débris organiques dans les cavernes 5 car , quoique les ossements d’ours et d’autres animaux trouvés dans les grottes eussent depuis longtemps attiré b attention , ce n’est que depuis la découverte de la célèbre caverne de Kirkdale , dans le Yorkshire , que ce sujet a acquis un nouvel intérêt et est devenu généralement l’objet des recherches des géologues, autant que 1 avaient été auparavant les fossiles contenus dans tous les terrains dont 1 étage était bien déterminé. On remarque avec satisfaction que ceux mêmes qui n’admettent pas les conclusions théoriques que l’on a déduites des observations faites sur les ossements trouvés dans les grottes , se plaisent néanmoins à payer un juste tribut d éloges au zèle et à l’activité avec lesquels le professeur Buckland a conduit ses recherches.
D’après ce savant géologue , voici quelles sont en général les différentes parties que l’on observe dans les cavernes : 1° les parois primitives de la caverne, qui peuvent être couvertes ou non de stalagmites} 2° un depot de débris d animaux, mêlé de limon, de vase , de cailloux roulés , ou de fragments brisés : quelquefois ce dépôt présente plusieurs circonstances qui paraissent indiquer que certains animaux ont habité ces cavernes pendant plusieurs générations successives , et que quelques-uns , les hyènes par exemple , y ont traîné leur proie, qui consistait souvent en parties d’éléphant et de rhinocéros ; 3° un dépôt de stalagmites recouvrant les débris d’animaux, le limon, la vase, etc., et formant une épaisseur plus ou moins grande de carbonate de chaux, de telle sorte que, dans les grottes nouvellement découvertes, le sol est une simple masse
1 La découverte bien constatée que l’on a faite de tigres errant aujourd lmi dans les déserts de la Sibérie, à des latitudes aussi élevées que celles de Berlin et de Hambourg, et qui paraissent être les mêmes sous tous les rapports que ceux du Bengale, ne rend nullement plus probable qu'il ait autrefois existé des éléphants dans des climats semblables au climat actuel du cercle arctique; car ees derniers animaux se nourrissant de végétaux, tandis que les premiers se nourrissent de chair, il est évident, qu’au moins en ce qui concerne la nourriture, les liercs peuvent vivre bien plus au nord que les éléphants
de stalagmites, sous laquelle les débris organiques seraient demeurés toujours inconnus , si la croûte qui les cache n’eût été fracturée par quelque accident, ou enfoncée par le géologue , qui sait aujour-
d hui que cost au-dessous d’elle que I on peut trouver des restes d’animaux.
Depuis la découverte et la description de la caverne de Kirkdale, on a successivement indiqué un si grand nombre d’autres cavernes à ossements, qu’il serait trop long d’en donner ici meme une simple énumération* et elles se multiplient tellement chaque jour, que nous devons nous attendre à posséder très prochainement une masse considérable de renseignements sur ce sujet. Déjà l’esprit de recherche a conduit à des résultats singuliers dans le midi de la France, où l’on a découvert des ossements humains dans les mêmes cavernes et les mêmes dépôts qui contenaient ceux d’une espèce perdue de rhinocéros et d’autres animaux qu’on trouve ordinairement dans les grottes.
Des débris d’animaux semblables à ceux qu’on rencontre dans les cavernes se trouvent fréquemment dans des fentes de rochers. Dans quelques endroits, les ossements forment, avec des fragments de roches et le ciment qui les unit, une masse tellement dure et compacte, que souvent elle égale et quelquefois même surpasse en solidité la roche dans laquelle elle est enclavée. Les brèches osseuses de INice et d autres points des bords de la Méditerranée en offrent des exemples.
Il devient de jour en jour plus nécessaire de déterminer, d’une manière précise autant que possible, les âges relatifs de ces diverses accumulations de débris d’animaux. Ce sujet demande une étude approfondie et un esprit dégagé de toute préoccupation d’une théorie établie à l’avance. Il est aussi fort important, lorsque les entrées des cavernes à ossements se trouvent comblées par des détritus, d’examiner avec attention si ces détritus sont composés de fragments anguleux des roches des environs, qui, pendant le long cours des siècles, ont pu être accumulés à l’ouverture extérieure par des causes et des effets semblables à ceux que nous voyons aujourd’hui, ou s’ils contiennent des fragments de transport, plus ou moins arrondis, et charriés d’une certaine distance. Dans ce dernier cas, il faut chercher à s’assurer si ces matières de transport ont pu être amenées à leur position actuelle par les causes aujourd’hui existantes, ou si, pour rendre compte de leur présence, il faut supposer une force d’une plus grande intensité, des obstacles physiques s opposant à ce qu’elles aient pu être transportées par aucun autre moyen.
230 CAVERNES OSSI FÈRES
Si l’entrée de la caverne n’est comblée que par des fragments anguleux provenant des lieux les plus voisins, nous n avons aucune donnée certaine sur l’époque à laquelle elle a dû être définitivement fermée; de sorte que, même en supposant qu un dépôt de débris d’animaux y ait été apporté par un courant d’eau, nen n’empêche qu’une autre race d’animaux ne soit ensuite venue l’habiter, que leurs os ne se soient mêlés jusqu’à un certain point avec ceux du premier dépôt, et que les uns et les autres aient été ensuite ensevelis ensemble sous un mélange de fragments de roches et de stalagmites, comme il s’en forme constamment dans 1 intéiieui es cavernes. On conçoit de cette manière que des ossements d’homme, ainsi que les produits grossiers des premiers essais de son industrie, tels que de la poterie non cuite, puissent se trouver mêlés, jusqu a un certain point, dans une masse de stalagmites et de fragments de rochers , avec des débris d’éléphants , de rhinocéros , d ours des cavernes et d’hyènes, et que plus tard le tout, après que la grotte a été abandonnée et que son entrée a été fermée par une accumulation considérable de débris, ait pu être recouvert par une croûte de stalagmites ; de telle sorte qu’à la découverte d’une pareille caverne, si l’on ne faisait pas attention à l’espèce de détritus qui bouche l’ouverture, on pourrait la décrire comme fermée extérieurement, et comme présentant à l’intérieur un vide, au-dessous duquel est une croûte de stalagmites recouvrant un amas de fragments^ de roches et d’ossements, parmi lesquels ceux de l’homme sont meles à ceux d’éléphants ou d’autres animaux. De là on se croirait en droit de conclure que tous ces débris ont une origine contemporaine, et que par conséquent, l’homme existait en même temps que les éléphants erraient dans les forêts de l’Europe, et que les hyènes et les ours en habitaient les cavernes.
Si au contraire les entrées des grottes ossifères sont fermées par des fragments provenant d’une certaine distance, de telle sorte que leur transport ne puisse évidemment être attribué aux causes actuelles, mais seulement à une force de plus grande intensité , et si nous y trouvons des ossements humains ensevelis avec ceux qui se rencontrent ordinairement dans les cavernes, alors, à moins qu on ne parvienne à découvrir d’autres communications avec 1 extérieui, on ne pourra guère s’empêcher d’admettre que l’homme n’ait été contemporain des espèces perdues d’éléphants, de rhinocéros , d hyènes et d’ours, que l’on rencontre non-seulement dans les cavernes, mais encore dans des terrains de transport, et qu’il n’ait existé avant 1 époque ou une ou plusieurs catastrophes l’ont enseveli en même temps que ces divers animaux. Si l’on parvenait jamais à prouver d une
El BRECHES OSSEUSES. 231
manière satisfaisante cette existence simultanée de l’homme et de ces grands mammifères d’espèces éteintes, il serait intéressant de determiner si les ossements humains que l’on rencontre appartiennent a une espèce perdue, ou bien à une espèce impossible à
distinguer de celle qui existe maintenant, comme cela arrive pour les ossements de chevaux.
C est une circonstance bien singulière , et qui , malgré les remarques ingénieuses qui ont été faites à ce sujet, mérite de fixer attention , que l’on ne soit encore parvenu à trouver aucun débris
c 6 a amille des singes, ni parmi les ossements non charriés et les autres substances des cavernes, ni dans le terrain de transport ancien, ni dans le diluvium du professeur Buckland. On a supposé que 1 homme et le singe avaient peut-être été créés à peu près à la meme époque, et que leur apparition sur la surface de la terre était comparativement moderne ; mais on a objecté que les contrées dans lesquelles la famille des singes existe maintenant n’ont pas encore ete bien examinées géologiquement. Cela est sans doute parfaitement vrai : mais pourquoi les singes n’auraient-ils pas vécu dans des climats et dans des localités où les éléphants, les rhinocéros, es tigres et les hyènes étaient si communs, puisque les climats et les pays dans lesquels existent maintenant les éléphants, les rhinoceros, les tigres et les hyènes sont précisément ceux dans lesquels on trouve maintenant les singes?.... On a prétendu, à la vérité, que, quand bien même les singes auraient vécu à la même époque, on ne devrait pas trouver leurs débris, parce que leur agilité a dû les empêcher de devenir la proie des hyènes et des autres animaux carnivores; mais on peut répondre que les singes ont du mourir comme les autres animaux, et qu’après leur mort, leurs cadavres ayant dû nécessairement tomber à terre, il est probable qu’ils ont pu devenir la proie d’animaux carnassiers moins agiles qu eux , de même que cela est arrivé à des oiseaux dont on a trouvé des débris dans la caverne de Kirkdale.
, Cette caverr,e a été découverte en exploitant une carrière pendant l’été de 1821, et elle a été visitée par le professeur Buckland au mois de décembre de la même année. Sa plus grande longueur est de 245 pieds, et elle a généralement si peu de hauteur, qu’il n’y a que deux ou trois endroits où un homme puisse se tenir debout.
La figure 29 en représente une coupe 1 .
1 Buckland, RelJquiœ diliwiance.
Fig. 29.
aaaaa, couches horizontales de calcaire, dans lesquelles la caverne est creusée; 6, stalagmite incrustant quelques-uns des ossements, et formée avant l’introduction du limon ; c, couche de limon contenant les ossements; dd , stalagmite formée depuis 1 introduction du limon , et répandue sur la surface ; e, stalagmite isolée sur le limon ; ff , stalactites suspendues au plafond.
« Lorsque la grotte a été ouverte pour la première fois , la surface du dépôt de sédiment était presque unie et horizontale , excepté dans les endroits où sa régularité avait été altérée^ par 1 accumulation de stalagmites, ou par la chute des gouttes d’eau de la voûte. Ce sédiment se compose d’un limon argileux un peu micacé, formé de parties tellement ténues, qu’on pourrait facilement les mettre en suspension dans l’eau. Ce limon est mêlé de beaucoup de matière calcaire qui paraît provenir en partie de l’eau tombant de la voûte et en partie des os fractures. A environ iOO pieds de l’entrée de la caverne, le depot de sediment devient plus grossier
et plus sableux \»
D’après le docteur Buckland, les débris trouvés dans la grotte de Kirkdale se rapportent aux animaux suivants :
Carnivores. — Hyène , tigre , ours , loup , renard, belette.
Pachydermes. — Éléphant , rhinocéros , hippopotame , cheval
Ruminants. — Bœuf et trois espèces de daims .
Rongeurs. — Fièvre , lapin , rat d eau et souris.
Oiseaux. * — Corbeau , pigeon , alouette , une petite espece de canard, et un oiseau à peu près de la grandeur d’une grive.
Les observations que M. Buckland a faites sur le genre de dispersion de ces ossements sur le fond de la caverne , après que le limon eut été enlevé, sur la plus grande proportion de dents d’hyènes en
, Buckland, tieliquic r dilwianœ.
comparaison de celles des autres animaux , et sur la manière dont beaucoup de ces os étaient rongés et fracturés , l’ont conduit à conclure que cette caverne avait été l’antre des hyènes pendant une longue suite d années 5 qu’elles y apportaient leur proie, qui se composait d animaux dont les restes se trouvent aujourd’hui mêlés avec leurs propres ossements ; et qu’enfin cet état de choses a été brusquement terminé par l’irruption dans la caverne d’une masse d’eau bourbeuse qui a tout enveloppé dans le limon qu’elle a apporté. Ce qui confirme que les hyènes ont longtemps habité cette caverne, c’est qu’on y a trouvé leurs excréments, précisément comme cela arrive dans les repaires des hyènes actuelles. On a observé en outre qu’un grand nombre d’os sont frottés et polis d’un côté, tandis qu’ils ne le sont pas de l’autre 5 circonstance que le professeur Buckland attribue à ce que les hyènes marchaient ou se roulaient sur les ossements qui jonchaient le fond de la caverne.
En Allemagne, les cavernes de Gailenreuth , de Küloch, de Baumann, etc., contiennent une grande quantité d’ossements, qui, selon Cuvier, sont presque identiques sur une étendue de 200 lieues; la plus grande partie se rapporte à deux espèces d’ours perdues, ùrsus spelœus et ursus arctoïdeus. Le reste appartient aux animaux suivants : l’espèce perdue d'hyène (la meme que celle de Kirkdale), un chat , un glouton , un loup , un renard, un putois 1 2 . Ces cavernes ressemblent à celle de Kirkdale, en ce que la croûte de stalagmite , au-dessous de laquelle les os sont déposés , est plus ou moins épaisse ; et souvent cette matière pénètre à travers le dépôt de sédiment antérieur ?. Il y a cependant une circonstance qui Se présente dans ces grottes de l’Allemagne , et qui les fait différer très essentiellement de celle du Yorkshire : c’est qu’on y rencontre , dans certains endroits, des cailloux roulés, tandis qu’on n’en a jamais trouvé à Kirkdale. Ainsi, dans la caverne appelée Baumanns'hohle , au milieu d’ossements fracassés et brisés, on rencontre des galets de diverses grosseurs, auxquels il est d’autant plus présumable que ce broiement est dû, que les os qui, dans la même chambre, se trouvent enveloppés dans le sable et le limon, sont presque entièrement intacts. Il paraîtrait , d’après cela , qu’une masse d’eau se serait précipitée dans la caverne , apportant avec elle des cailloux roulés des
1 On trouve des coupes de quelques-unes de ces cavernes dans le Reliquiœ diluvianœ du professeur Buckland.
2 Buckland, Reliquiœ diluvianœ. — D’après M. Wagner, les cavernes de Muggendorf contiennent les débris des animaux suivants : ursus spelœus, ursus arctoideus 1 Cuv.), ursus priscus (Goldf.), canis minor, gulo spelœus (Goldf.), un cervus et un bos, Wagner, dans le Jahrbuch fur geol., etc:., de Leonhard et Bronn, 1830.
234 CAVERNES OSS1FERES
rochers des environs , et qu’elle aurait brisé et dispersé les ossements qui y étaient antérieurement accumulés. En examinant la coupe que le professeur Buckland a donnée de cette grotte on voit que l’entrée en est située dans la gorge de Bode, et qu’en y pénétrant, on trouve de suite une descente qui conduit à la chambre où l’on trouve les os brisés et les galets : il en résulte que le même phénomène peut s’expliquer par deux hypothèses différentes : on peut supposer, ou qu’une grande convulsion a produit une fente à travers laquelle une masse d’eau, venant de la surface, s'est violemment précipitée dans l’intérieur de la caverne; ou bien que la gorge a été creusée graduellement par la rivière de Bode, qui, tant qu’elle a coulé devant l’ouverture de la caverne, y a introduit de beau et des galets, surtout lors des inondations. Nous n’obtenons ainsi que peu d’éclaircissements sur ce sujet.
Les mêmes remarques s’appliquent aux cavernes de Rabenstein et autres, dans la Franconie. Celle de Zahnloch n’admet peutêtre qu’une seule explication; car on la décrit comme étant située sur une montagne, à 600 pieds au-dessus de la vallée de Muggendorf ; la masse ossifère est composée d’une marne brune, <c mêlée d’une grande quantité de galets et de fragments anguleux de calcaire a. »
Quelle que puisse être l’origine des cailloux, du sable et du limon qu’on trouve dans les cavernes, il paraît évident que les débris des différents animaux y ont été d’abord ensevelis, et qu’ensuite il y a eu une longue période de tranquillité, pendant laquelle il s’est formé, dans beaucoup de cas, un dépôt de stalagmite sur la masse ossifère.
Le docteur Buckland m’apprend que M. Mac Enery a trouvé , dans la caverne de Kent ( Kent's Hole ) , près de Torquay (Devonshire), des galets de granite, de la grosseur. d’une pomme, qui y étaient mêlés avec les ossements sous la croûte de stalagmite ; il ajoute qu’il a découvert au même endroit des galets de grunstein , complètement arrondis, et que, dans quelques parties de la même caverne, principalement dans les plus basses, la brèche osseuse est remplie de fragments de grauwacke et de schiste, les uns roulés, les autres anguleux. La caverne elle-même est creusée dans un calcaire reposant sur l’argile schisteuse (shale), le sol de la contrée se compose de schiste et de grauwacke, mais le granite ne se trouve qu’à une certaine distance, et le point le plus rapproché où on le rencontre
i Reliquiœ diluviance, pl. 15.
a Ibidem, p. 131.
ist dans le canton de Dartrnoor ; de sorte que, d’apres la position de la caverne , si Ton peut absolument concevoir, ce qui néanmoins n’est peut-être pas très probable, que le grunstein, la grauwacke et le schiste ont été transportés jusque dans son intérieur par ce qu’on appelle les causes actuelles , il est presque entièrement impossible d admettre cette hypothèse pour les galets de granite.
M. Thirria décrit la grotte d 'Echenoz, située au sud de Yesoul, près du sommet d’un plateau élevé, entre les villages d’Echenoz, d Àndelarre et de Chariez (Haute-Saône), et il annonce qu’elle est creusée dans 1 étage inférieur du calcaire jurassique ou groupe oolitique. Le plafond de cette grotte est très irrégulier, et dans un endroit (le grand clocher) il s’élève à une hauteur telle, qu’il ne reste plus qu’une petite épaisseur entre ce plafond et la surface extérieure du plateau. Le sol présente une surface à peu près horizontale, dont la continuité est interrompue çà et là par des stalagmites 5 ces stalagmites ne sont pas nombreuses, mais il y en a quelques-unes qui s’élèvent à une assez grande hauteur et couvrent une surface considérable. Aucunes recherches n’avaient été faites dans cette grotte avant celles de M. Thirria, au mois d’août 1827.
« On fouilla le sol en différents points des quatre chambres de la caverne, et partout on trouva des ossements en plus ou moins grande abondance; on continua les recherches principalement dans la quatrième chambre, où elles furent le plus productives, car chaque coup de pic faisait découvrir un ossement. La profondeur à laquelle ces os se présentaient variait de dix centimètres à un mètre ; on les rencontrait au milieu d’une argile rouge, entremêlés d’un grand nombre de cailloux arrondis, à surface lisse, et dont la grosseur atteignait souvent celle de la tête d’un homme. Ces fragments sont tous composés d’un calcaire lamellaire grisâtre, semblable à celui dont sont formées les parois de la grotte et beaucoup de roches des environs. Indépendamment de ces cailloux, qui ont été évidemment roulés par les eaux, et qui ne peuvent avoir pénétré dans la grotte que par quelques ouvertures qui se trouvaient à la voûte et qu’on ne voit plus maintenant, on rencontre dans l’argile ossifère des morceaux de stalactites et de stalagmites, dont les aspérités sont usées, ce qui montre qu’ils ont été déplacés. Le dépôt d’argile, dont l’épaisseur ne paraît pas excéder un mètre trente centimètres, est recouvert presque partout par une croûte de stalagmite épaisse de quelques centimètres, qui présente une surface
1 D après la carte géologique de l'Angleterre de M. Greenough, la distance serait d’environ H milles anglais, ou 18,000 mètres. ( Note du traducteur.)
mamelonnée 5 au-dessus se trouve une couche de dix à vingt-cinq centimètres d’épaisseur, composée d’une argile plus onctueuse, mais par suite moins rouge que celle qui est au-dessous, et qui est fréquemment noircie par suite de la décomposition de végétaux dont elle contient encore quelques débris. On ne trouve pas de cailloux arrondis au-dessus de la croûte de stalagmite, et on n’en voit à la surface que là où la stalagmite n’existe pas. D’après cela, il paraît évident que les cailloux arrondis que renferme l’argile ossifère ont été transportes par les eaux et déposés dans la grotte avant la formation de la croûte calcaire produite par les gouttes d’eaux chargées de carbonate de chaux qui ont suinté de la voûte, et conséquemment avant le dépôt de la couche d’argile dont cette croûte est recouverte ‘. » M. Thirria, d’après la ressemblance qu’il a observée entre ces cailloux et ceux du terrain de transport (appelé diluvium ) que l’on trouve dans les environs, conclut que l’introduction des cailloux et de l’argile , que l’on trouve mêlés avec les ossements dans la grotte d’Echnoz , a eu lieu en même temps que le transport du diluvium. Les os se rencontraient le plus communément au-dessous d’une certaine épaisseur d'argile j mais dans beaucoup d’endroits on les trouvait immédiatement au-dessous de la croûte de stalagmite , et quelquefois même ils y étaient entièrement enchâssés. « En général, les ossements formaient une épaisseur d’environ huit à seize centimètres au milieu de l’argile-, ils se croisaient dans diverses directions et se recouvraient les uns les autres, séparés par de petits intervalles sans avoir jamais conservé leur position relative. Cependant, leur dislocation n’avait pas été complète, car les vertèbres dorsales se trouvaient presque toujours près des crânes et des mâchoires, les humérus et les cubitus près des bassins, et les calcanéum, les os du métatarse et du métacarpe ou des phalanges, dans le voisinage des fémurs, des tibias ou des cubitus. » Cuvier a examiné, ces ossements et a trouve qu ils se [apportaient a l’ours (ursus spelœus ), h Y hyène, au chat , au cerf , à 1 éléphant et au sanglier ; ceux de Yursus spelŒus étaient de beaucoup les plus
abondants a.
M. Thirria décrit aussi la grotte de Fouvent , située dans la commune de ce nom, près de Champlitte (Haute-Saône). Cette grotte a été découverte par hasard en exploitant une carrière , qui a conduit à la fente par laquelle on suppose que les matières se sont
S Thirria, Mèm. de la Soc. d’ffist. nat. de Strasbourg, tome 1 . où l’on trouve de bonnes coupes de la grotte.
ÿ Thirria, Ibidem.
introduites, car on n’a pas trouvé d’autre ouverture. On l’a considérée comme trop petite pour qu’elle ait pu servir d’habitation aux bêtes de proie; sa partie supérieure est seulement à environ deux mètres au-dessous de la surface du plateau; elle était entièrement remplie d’ossements mêlés avec une marne jaunâtre et avec des fragments anguleux, soit de la roche environnante, soit de celles du voisinage ; le tout était mêlé confusément et ressemblait au détritus qu’on appelle diluvium , qui recouvre plusieurs plaines et vallées des environs. Le fond de la grotte est recouvert par un lit mince d’argile rouge, et à la partie supérieure il y a une petite épaisseur qui ne contient pas de debris d’animaux. Selon M. Cuvier, ces ossements appartiennent à 1 éléphant, au rhinocéros , à V hyène, hYursus spelœus, au cheval , au bœuf et au lion. M. Thirria remarque que cette masse contenant des ossements serait une brèche osseuse si son ciment était compacte.
C est un caractère très habituel à tous les ossements que l’on rencontre dans les cavernes , d’être mêlés avec des fragments anguleux de la roche dans laquelle elles sont creusées. La grotte de Banwell , dans les montagnes de Mendip ( Mendip Hills), comté de Sommerset, présente un bon exemple d’un amas considérable de débris d’ursus , de felis , de cervus , de bos et d’autres animaux, entremêlés de fragments du calcaire carbonifère , ou calcaire de montagne, dans lequel la grotte est creusée. On peut appliquer à ce dépôt d’ossements ce que M. Thirria a dit de celui de la grotte de Fouvent, qu’il ne lui manque qu’un ciment calcaire solide pour devenir une brèche osseuse semblable à celles que l’on trouve à Nice et en d’autres points des bords de la Méditerranée.
La brèche osseuse de la colline du château , à Nice , paraît avoir été, au moins en partie, une caverne qui a été détruite par les travaux de carrières qu’on y a exploitées de tout temps. La figure .30 représente une coupe de ce dépôt, tel qu’il se présentait à l’époque où je l’ai visité, pendant l’hiver de 1827.
CAVERNES OSS I FEUES
Fig . 30,
a carrière; a a, dolomie dure, ayant la structure d’une brèche ;
1 1 1 ’trous percés dans la dolomie par quelques coquilles hthophages ; c cailloux arrondis, composés principalement de fragments de roches transportés d’une certaine distance et cimentés par une pâte calcaire compacte ; o (au-dessus de c ) , brèche osseuse , agglomérée
par un ciment calcaire rougeâtre. ..
Cette coupe semble conduire aux conclusions suivantes ; 1 U s’est fait sous la mer une fente dont les parois ont été percées par des coquilles Hthophages: ces coquilles étant de tous les âges, cette première période paraît n’avoir pas été d’une courte durée ; 2° la partie inférieure de la fente a été comblée par un gravier transporté d’une certaine distance ; 3” le reste de la fente a été rempli par des ossements brisés d’animaux, par des coquilles marines et terrestres, et par des fragments de rochers, composés principalement, mais non exclusivement, des roches des environs; 4° le terrain a été soulevé , ou la mer s’est abaissée à son niveau actuel.
On trouve dans les environs plusieurs autres brèches osseuses , dont quelques-unes sont au moins à 500 pieds au-dessus de la surface de la Méditerranée ; elles sont agrégées par un ciment rougeâtre et souvent cellulaire, à petites cavités enduites d’une couche de carbonate de chaux. Une partie au moins de ces brèches osseuses parait avoir été formée sous la mer , car elles contienneut des fossiles marins : à Villefranche , par exemple , on trouve les débris d’une
cary ophy Ilia. . . ,
Outre ces fentes dont nous venons de parler, qui contiennent des
fossiles terrestres, il en existe d’autres, dans lesquelles on ne rencontre que des animaux marins qui ne paiaissent pas différer de
ceux qui vivent actuellement dans la Méditerranée ; et il y a lieu de croire que la brèche qui les renferme a été formée à la même époque que les brèches osseuses : toutefois les caractères des substances minérales qui entrent dans la composition de ces brèches dépendent de la nature de la roche environnante.
Les brèches osseuses de Cagliari , en Sardaigne, se trouvent à environ 150 pieds au-dessus de la mer, dans des fentes et des petites cawnes d’un terrain supracrétacé. On y a découvert un rnytilm mele avec les autres débris organiques
Le docteur Cristie a décrit la brèche osseuse de San Ciro , près c e Palerme .° il rapporte qu’elle n’est pas entièrement contenue dans la grotte, et qu’elle constitue une partie du talus extérieur, où elle présente une épaisseur d’environ 20 pieds, et repose sur les couches supérieures de terrains supracrétacés (tertiaires). Il pense qu’elle s’est formée sous les eaux, et qu’elle a ensuite été élevée au-dessus du niveau de la mer, car les parois de la caverne sont en certains points perforées par des coquilles lithophages, et nous rappellent ce que nous avons observé à Nice.
Le même géologue a visité également une brèche osseuse qui se trouve près de la baie de Syracuse , à 70 pieds au-dessus de la mer; il y a trouvé un mélange de coquilles marines.
Enfin, il a observé, auprès de Palerme, une autre brèche osseuse dans les cavernes de Beliemi. Il n’a reconnu aucune trace qui indique qu’elle ait été formée sous la mer: et, comme elle s’élève à 100 pieds au-dessus de celle de San Giro, qui elle-même est à 200 pieds au-dessus de la Méditerranée, il est conduit à penser que la breche de Beliemi était au-dessus du niveau de la mer pendant que celle de San Giro était encore au-dessous, et que leurs hauteurs actuelles montrent jusqu’à quel point la formation tertiaire a pu être soulevée dans cette localité par la grande convulsion qui a élevé une partie considérable de Ja Sicile \
On trouve de semblables brèches osseuses à Gibraltar , à Cette , à Antibes , en Corse , et en différents autres endroits des’ bords de la Méditerranée. Les ossements que l’on y rencontre (outre ceux qui se rapportent au cheval , au bœuf et à de grands daims) appartiennent, selon Cuvier, aux animaux suivants : — daim , de la grandeur du daim fauve (Gibraltar , Cette , Antibes); — daim ressemblant , par ses dents, à quelques daims de l’archipel indien (Nice); — une
1 De la Marmora, Journal de Géologie, tome 111, p. 310.
2 Cristie, Phil. Mag., et Annals, déc. 1831. Les ossements de la caverne de San Giro ont été assimilés par Cuvier à ceux de X éléphant, de X hippopotame, du daim, et d’animaux du genre canis.
espèce plus petite (Nice) } - — une espèce d antilope ou de mouton (Nice) -, — deux espèces de lapins (Gibraltar, Cette, Pise , etc.), une ressemblant au lapin commun, 1 autre plus petite*, — lago mys (Corse, Sardaigne)} — espèce de mus ; — felis (Nice)} — canis (Sardaigne)*, — lézard (Sardaigne)} — Tortue de terre
(Nice).
M. Brongniart pense qu’un grand nombre de dépôts de minerais de fer pisiforme, qui remplissent des fentes dans certains terrains, et particulièrement dans le système jurassique, sont d’une formation contemporaine avec celle des brèches osseuses. A l’appui de cette opinion, M. Necker de Saussure a fait connaître qu’à Kropp , en Carniole, on trouve des débris de Yursus spelœus dans des fentes qui contiennent du minerai de fer exploité. Il paraît aussi que , dans le district de THochein^ on a découvert des ossements de mammifères dans des circonstances semblables \
Selon MM. Thirria et Walcknaer , il existe, dans le nord-ouest du Jura {Haute- Saône) et dans les environs de Bâle, deux dépôts différents de minerai de fer pisiforme , dont l’un provient probablement, en grande partie, de la destruction partielle de 1 autre , qui se trouve entre le groupe oohtique et les terrains supiacrctaces. Le dépôt le plus récent contient quelquefois des restes de rhinocéros et d’ours, et on le considère comme formé à la même époque géologique que les brèches osseuses i 2.
Il paraît y avoir une grande analogie entre plusieurs cavernes ossifères, les brèches osseuses et quelques fentes remplies de minerai de fer, de sorte que l’on est conduit à présumer que les débris d’animaux que l’on y rencontre y ont été amenés sous de certaines circonstances générales. La grande fente que nous avons citee plus haut, à Oreston , près Plymouth , paraît s’être trouvée encore entièrement vide lorsque les restes d’elephants et de rhinoceros y ont cte introduits} ce n’est que postérieurement à cette introduction qu’il s’y est formé, sur une épaisseur de 90 pieds, une accumulation de fragments anguleux , dont plusieurs ont des dimensions considérables. On a tout lieu de croire que , pour arriver dans la fente , ces fragments n ont point été transportes, mais qu ils y sont tombés naturellement en se détachant des roches de chaque côté, qui sont comme eux un calcaire de la grauwaeke.
Ce n’est pas seulement en Europe que l’on trouve des brèches osseuses présentant des circonstances semblables } il paraît maintenant
i Ann. des Sciences nat., janvier 1821).
a Mém. de la Soc. d’hisl. nat. de Strasbourg, tome 1,
ET BRÈCHES OSSEUSES. 24l
qu on en a découvert dans Y Australie. D’après le major Mitchel la principale cavité ossifère est située près d’une vaste caverne à environ 170 milles de Newcastle , dans la vallée de Wellington oui est arrosee par la rivière de Bell, un des affluents les plus considérables du fleuve Macquarrie. Cette cavité , d’après la description qa on en a donnée, est une espèce de crevasse ou de puits lame et irreguher , qui n’est accessible qu’au moyen de cordes ou d’échelles 5 la brèche est un mélange de fragments calcaires de diverses grosseurs, et d’ossements enveloppés dans un calcaire rouge et terreux Ces ossements, envoyés en Europe, ont été examinés par - ‘l'u les a rapportés aux genres suivants : Kanquroo Wombat, Dasyurus, Koala et Phalangista, animaux qui vivent tous maintenant dans l’Australie. On a encore trouvé deux autres ossements, dont 1 un , que l’on considère comme appartenant à un éléphant , a été obtenu d’une manière bien singulière par M. Kankin, qui, le premier, a visité cette crevasse. Le prenant pour une partie saillante du rocher, il y fixa la corde dont il s’aidait pour descendre, et il ne reconnut sa méprise que lorsqu’il vit le support
se briser, et montrer que ce n’était autre chose qu’un grand osse ment.
, .?elon Pentland ? les os de la brèche de l’Australie , apportés a Pans, et examinés par Cuvier et par lui-même, appartiennent à Huit especes d’animaux, qui se rapportent aux genres suivants: Dasyurus ou Thylacinus ; Hypsiprymnus ou Kanguroo-Rat , une espece; Phascolomys, une espèce ; Kanguroo, deux ou trois espèces: Halmaturus , deux espèces; et Éléphant , une espèce. Sur ces huit especes, quatre paraissent appartenir à des animaux inconnus des naturalistes actuels : ce sont deux espèces d’ Halmaturus, une espece d Hypsiprymnus , et Y Éléphant. Il faut encore ajouter qu’une autre collection de la vallée de Wellington contient les débris d’une espèce de Kanguroo , dont la grandeur surpasse d’un tiers celle
des plus grandes espèces de ce genre que l’on connaisse aujourdhui. J
Le major Mitchel fait mention d’autres brèches toutes semblables sur le Macquarrie , à 8 milles au nord-est de la cavité ossifère de Wellington, citée ci-dessus; comme aussi à Borée, à 50 milles vers le sud-est; et à Molony, à 36 milles du côté de l’est: cette dernière contient des ossements qui, d’après le même auteur, paraissent
être plus grands que ceux des animaux qui existent actuellement dans la contrée
1 Jameson, Edin. Phil. Jour/?., 1831
et Phil. Mag and Ann. , juin 1831 .