‹ Manuel historique de la question du Slesvig; documents, cartes, pièces justificatives et renseignements statistiques, publié sous la direction de Franz de JessenChapitre 18 sur 102 · hab · texte numérisé non relu

hab

Naturellement ce petit tableau ne nous donne que les gros traits. Les frontières linguistiques ne coïncidaient pas exactement avec les limites des paroisses, et il est facile de signaler un certain nombre de petites divergences. Certains villages des paroisses d'Oversa, Jerl, Egebaîk et Svesing parlaient a peu près exclusivement le danois en 1850; l'Anglie du Nord présentait aussi des nuances très remarquables, et on pourrait discuter a perte de vue pour savoir si la région la plus septentrionale de ce pays devait à cette époque être classée dans la catégorie mixte ou dans la catégorie danoise; mais il ne faudrait pas dissimuler que même la partie «danoise comprenait certains cléments allemands II est vrai que ces éléments n'étaient guère importants. En 1852 la ville de Tander comptait 670 familles ou ménages, dont 576 parlaient le danois et 94 l'allemand. Parmi les familles de langue allemande, 22 appartenaient à la classe des fonctionnaires, et elles étaient d'ailleurs pour une bonne part des restes de la période allemande avant la guerre; dans 67 autres familles, les deux époux ou l'un d'eux était immigré du Sud, et seulement f familles indigènes se servaient de l'allemand à la maison; mais cet élément restreint ne réussissait à se maintenir qu'en s appuyant sur une culture supérieure. La langue ordinaire de la ville était donc complètement danoise, et l'élément danois absorbait rapidement les éléments étrangers. Avant la guerre de 1864 le nombre des familles de langue allemande s'était abaissé à 34. — En 1852 il y avait dans la ville de Lœk 164 familles parlant le danois, 33 parlant le bas-allemand et 10 parlant le haut-allemand; mais en 185e on comptait seulement un peu plus de 20 maisons où l'allemand était la langue usuelle; le frison n'était parlé qu'à Klintum et a Snattebol, et ces localités n'étaient pas visées par les décrets.

Les autres paroisses comprenaient un très petit nombre de familles parlant allemand, et pour la plupart immigrées. Voici la statistique de ces familles: en S. Logum 3, en Ladelund 3, en Karlum 2, en Kliksbel 2, en Valsbal 4, en Hanved 6, en Bov 4 (outre la colonie ouvrière de Kobbermollen, qui parlait •plattdeutsch*), en Narre Haksted 3, en Hjoldelund 4, et en Fjolde un nombre un peu plus élevé, notamment à Fjolde et à Bjerndrup. Ainsi dans toute cette section, il n'y avait pas plus de 3 a4°/o d'éléments allemands, «c'étaient

presque tous des immigras; et, si on laisse de côté la ville de Tonder, qui au point de vue ecclésiastique se trouvait dans la même situation que les autres villes du Slesvig septentrional, il reste a peine 2°/0 pour la langue allemande.

L'état des langues nous apparaît maintenant assez clairement pour que nous puissions juger en connaissance de cause la réglementation de 1850. A cette époque il aurait été possible de partager le Slesvig moyen en deux régions linguistiques: l'une Nord-Ouest (comprenant aussi les paroisses les plus septentrionales de l'Anglie), avec le danois comme langue fondamentale à l'école et à l'église, et l'autre Sud-Est, où l'allemand aurait tenu une place correspondante. Un arrangement de ce genre eût reposé sur l'état de choses réel et eût trouvé quelque appui dans les sentiments de la population. Seul il était approprié à une réglementation venue d'en haut, sans la participation active du peuple, et il eût fait faire un grand pas vers une délimitation pacifique des deux domaines linguistiques, Ainsi eût été réalisé le programme de Christian VIII, savoir »de conserver ce qui nous restait*, et on eût laissé le parti allemand en possession des régions qu'il avait conquises avec tant d'efforts dans l'Anglie méridionale et centrale. Sans doute le gouvernement devait abandonner ainsi toute idée de reprises linguistiques et de revanches sur l'allemand; mais dans une contrée qui pendant des siècles avait été divisée quant à la langue et continuerait toujours à l'être, le fait de reconquérir au danois quelques milliers d'individus ne pouvait avoir qu'une importance secondaire.

Il semble malheureusement que ces considérations aient été étrangères au gouvernement. Tillisch et Regenburg ne connaissaient pas I état des choses par expérience personnelle, et même jusqu'en automne 1850 ils étaient restés sans communications avec le Slesvig moyen nu Sud de la ligne de démarcation. Ils partirent évidemment de ce principe que les cinquante paroisses en question présentaient le même dualisme uniforme; et par suite ils créèrent dans l'église et à 1 école un dualisme correspondant, ie même pour toute la région, sans la moindre nuance, sans la moindre adaptation aux conditions linguistiques réelles. Dans la pensée de ses auteurs, la réglementation nouvelle convenait à tout le Slesvig moyen, et en fait elle ne convenait a peu près nulle part. Au point de vue purement linguistique, il était absurde de conserver le service en allemand dans des paroisses où personne ne comprenait l'allemand, et il était encore plus absurde d'introduire le prêche en danois dans des paroisses où personne ne voulait en entendre parler. Ainsi dans la section danoise on favorisait la langue étrangère et on rendait possible la continuation de la propagande germanophile, tandis que dans les deux autres sections le danois recevait seulement une existence officielle, factice, facile a supprimer: et c'est ce qui arriva en effet avant 1864; les Angliens répondirent à la pression danoise par une violente pression en sens contraire, laquelle fut fatale à notre langue,

Malgré leur diversité les districts mixtes devinrent une province spéciale, ayant une vie scolaire, ecclésiastique et administrative tout à fait à part: ils se

sentirent très vite comme un organisme, comme une unité de combat, et la lutte exaspérée qui commença dans la section allemande ne cessa de se propager dans les deux autres, rendant impossible tout développement pacifique même là où il eût pu se faire. Ce fut une erreur déplorable de comprendre dans les décrets les 8 paroisses allemandes, — ou peut-être plus exactement la partie Nord du département de Gottorp. Là c'était la langue maternelle qu'on excluait ou qu'on opprimait; la fidélité héréditaire au roi de Danemark ne signifiait pas grand chose dans le vieux pays de Holsten-Gottorp ; les conseillers de la population s'étaient ralliés avec enthousiasme à la «résistance passive*; l'*association patriotique» avait tenu dans la région ses meetings d'agitation, et ses chefs habitaient encore là et excitaient les esprits à renouveler la lutte. Le règlement des langues ne trouvait donc aucun point d'attache dans les sentiments de la population et ne réussit jamais à gagner des adhérents. Nous savons maintenant comment fut tracée la frontière méridionale des langues. Tillisch renonça à l'ancienne base ethnographique; mais, comme il ne connaissait pas l'état linguistique assez exactement pour fonder là-dessus son nouveau règlement, il choisit un peu au hasard une frontière qui coupait un département et une population d'après des principes imcompréhensibles. La nouvelle frontière n'avait aucune valeur géographique, ni historique, ni linguistique. On y trouvait sur une certain étendue un cours d'eau insignifiant, Oxebajkken; ailleurs c'étaient seulement des limites de paroisses; et même surcertains points la ligne de démarcation était si illusoire qu'un homme pouvait se tenir sur le pas de sa porte et causer avec son voisin du caprice de la destinée qui faisait de lui un Allemand et de l'autre un Danois, bien que tous les deux fussent des sujets du même royaume et parlassent également bien ou également mal le danois et l'allemand.

De même il était regrettable qu'on eût traité comme une ville entièrement allemande Flensborg, capitale du pays, siège du gouvernement, de l'assemblée populaire et de la cour supérieure. Enseignement, religion, justice, tout resta allemand à Flensborg, et cela bien qu'en i8ji la ville fût dans la vraie acception du terme une ville mixte. Ici aussi on commit une faute, les décrets ne furent pas en harmonie avec l'état des langues, et le gouvernement laissa à la bonne volonté des Danois le soin de défendre eux-mêmes leur langue.

Du côté de l'Ouest, dans les paroisses dano-frisonnes : NyKirke, Rodenajs, Klangsbol et Enge, on fit preuve du même manque de principe. Dans ces endroits la langue frisonne reculait devant le danois: à Nykirke le danois était parlé par tout le monde; c'était la langue des familles dans la grande majorité des maisons; et quant aux autres paroisses, le danois y faisait des progrès vers une situation analogue. Du côté danois on avait toutes les raisons du monde pour favoriser cette tendance, et le conseil pastoral de Tonder proposait aussi en i8fo de faire une place au danois dans le service divin et dans l'enseignement; mais Tillisch ne tint pas compte de ce vœu, et on ne prit aucune

: pour que l'étroite bande côtière où l'on parlait frison de Husum à Vidaa reçut quelque instruction scolaire dans la langue principale du pays.

Les dispositions des décrets manquaient de cohérence. Pour des raisons linguistiques on abandonnait des régions qui étaient ethnographiqueroent danoises, et pour des raisons ethnographiques on abandonnait d'autres régions qui nous appartenaient par la langue. Tout le dualisme et l'ambiguïté du Slesvig moyen revivaient dans ce règlement et c'étaient des motifs bien enchevêtrés qui assignaient a une région ou a une ville la langue par laquelle elle recevrait a l'avenir la civilisation. L'homme de langue danoise habitant la frontière frisonne adopterait la langue allemande, parce qu'il avait dans les veines du sang frison ; les habitants bilingues de Flensborg jouissaient de la même faveur, non pas pour les mêmes raisons, mais parce qu'ils s'étaient bravement conduits dans la guerre; mais l'Anglien parlant »plattdeutschs se trouvait gratifié du danois parce qu'il était de notre race et avait besoin de s'exercer à sentir et à penser comme nous. Le publiciste Peder Hjort parlait d'or quand il disait: »Le roi doit faire savoir aux jeunes qu'à l'avenir la langue de leurs écoles sera déterminée par une niasse de considérations combinées; par considération pour la langue présente et future de leur famille, de leur ville ei de leur région, par considération pour les difficultés qui se présentent et pour les personnalités du moment, mais dans l'ensemble par considération pour la nationalité primitive du Slesvig, pour le danisme si effroyablement altéré. Imment us lues delicta majoruml*

Le but que poursuivaient les décrets était parfaitement légitime. C'était notre devoir comme notre droit de veiller sur notre bien, de mettre un frein à la propagande acharnée qui avait travaillé plusieurs générations pour ger maniser le Slesvig; mais un homme sage ne commence pas à installer sa maison avant d'en être devenu le propriétaire, et le règlement provisoire de Tillisch (1850 — ji) ne signifiait pas encore que nous fussions les maîtres en Slesvig. Malgré le succès de nos armes nous nous trouvions encore sous l'accablante tutelle d'une grande puissance, et tant que la situation juridique des duchés n'était pas réglée, tout acte du gouvernement en dehors de la pacification et de l'administration du pays pouvait nous mettre dans le plus dangereux conflit avec notre tuteur. C'est ce qui arriva pour les décrets relatifs aux langues. Ils parurent en février et mars 1851, et dès le s avril l'ambassadeur de Russie à Berlin énuméraît les chefs d'accusation contre nous avec une âpreté qui aurait pu être digne d'un Holstenois expulsé. Malheureusement l'empereur Nicolas partageait cette façon de voir. Ces malheureux rescrits firent de notre puissant auxiliaire un tuteur gênant et méticuleux, qui tançait notre gouvernement pour les plus étranges bagatelles et trouvait dans l'ordre que les puissances allemandes demandassent des garanties pour notre conduite dans notre propre pays.

HISTOIRE DE LA LANGUE I2y

Le gouvernement danois ne réussit pas i dissiper la défiance que les décrets avaient inspirée sur ses projets nationaux, et les grandes puissances orientales s'efforcèrent avec une indiscrétion croissante de faire intervenir leur influence non seulement dans les relations du Holsten avec la monarchie, mais encore dans celles du Slesvig. Nous dûmes finalement, dans les conventions de 185 1 — 1852 qui conduisirent au rétablissement du régime unitaire, prendre des engagements qui restreignaient le droit souverain du roi sur notre vieux fief de la couronne, et nous résigner à voir ressusciter une institution hors d'usage, celle de la Diète. Le nouveau régime entra en activité avec »le manifeste du 28 janvier 1852* . On promettait au duché de Slesvig une représentation avec autorité délibérative, et on s'exprimait ainsi: »le projet de loi qui doit être élaboré dans ce but contiendra en particulier les dispositions nécessaires pour assurer aux nationalités danoise et allemande dans le duché une complète égalité de droits et une protection efficace.*

Cet engagement laissait a désirer pour la clarté. Il promettait il est vrai d'assurer aux deux nationalités «l'égalité des droits et une protection efficace», et par suite il pouvait se réaliser sans la moindre hésitation dans le Nord- Slesvig danois et dans le Sud allemand-frison ; mais a quelle nationalité appartenait le Slesvig moyen, point central du litige? Historiquement et ethnographiquemem il appartenait sans aucun doute à la nationalité danoise, et le gouvernement pouvait en ce cas continuer légalement la politique linguistique de Tillisch sans se trouver en contradiction avec l'engagement pris. Mais si par l'égalité des nationalités on entendait avant tout l'égalité des langues, le gouvernement devait apparemment rapporter les décrets ; son but ne pouvait plus être de supplanter l'allemand pour introduire le danois dans les districts bilingues, mais de maintenir les deux langues côte à côte et de leur assurer des droits égaux dans les services publics.

Le nouveau ministre du Slesvig, le comte C. Moltke, d'origine holstenoise, adopta un moyen terme. Dans la justice et l'administration, il fit prévaloir l'égalité des langues, mais dans l'église et à l'école il maintint les dispositions de Tillisch. Ainsi la réglementation des langues du Slesvig se présentait enfin comme un tout cohérent. Elle n'était pas exemplaire dans toutes ses parties, elle conservait les erreurs dont nous avons parlé plus haut, mais ces erreurs n'atteignaient d'un manière sensible que 30 ou 40.000 individus au maximum, soit a peine le dixième de la population du duché, et à tous les autres points de vue le nouveau système était non seulement bien supérieur au régime précédent qui laissait a l'écart la langue du peuple et au régime d'oppression qui devait suivre, mais il marquait encore un grand progrès dans la politique européenne en matière de langues. Le monde civilisé a fait en général bien peu de chose pour ses nationalités opprimées. Dans aucun pays de nationalité mixte, — à l'exception de la libre Helvétie, — la question des langues n'a été réglée avec autant de libéralisme qu'en Slesvîs; après 1852

îffi-fl

if! N?

î rj i

lis f

et on y traitait la race conquise avec des égards qu'on chercherait en vain chez des vainqueurs modernes. Tous les éléments saxons et frisons conservaient intactes leur langues parlées par le peuple, nous divisions le duché en trois parties: danoise, allemande et mixte. Où trouve-t-on quelque chose d'analogue? Est-ce que la Belgique, la France, l'Autriche, la Russie ou notre grande ennemie la Prusse ont jamais fait preuve de la même magnanimité envers les faibles? Nos adversaires continuent à protester bien haut contre la domination danoise en Slesvig et les décrets de 1852; mais je voudrais savoir où et quand la gouvernement allemand a montré seulement le quart de la patience qui, malgré toutes les fautes, caractérisa notre politique après 1850?

Voici quels étaient les principaux points du règlement de C. Moltke.

Dans toutes les circonstances relatives au duché dans son ensemble, règne l'égalité la plus parfaite entre le danois et le haut-allemand. Toutes les lois et mesures royales qui sont édictées par l'entremise du ministère slesvicois ainsi que toutes les notifications ministérielles sont rédigées a la fois en danois et en allemand ; les deux textes sont munis d'une signature, tous deux sont des originaux, ils ont la même validité et sont en règle générale imprimés parallèlement sur deux colonnes.

Les mêmes dispositions s'appliquent aux états provinciaux. Toutes les communications royales sont transmises a l'assemblée dans les deux langues. Le commissaire royal, le président et les fonctionnaires constitués doivent tenir leurs discours dans les deux langues, et un discours en danois doit être aussitôt répété en allemand ou vice versa. Les procès-verbaux, délibérations, adresses, etc. de l'assemblée sont de même rédigés dans les deux langues. Les députés choisissent la langue qu'ils veulent.

Les autorités supérieures du duché: membres de la Cour d'appel, évêque, médecin-inspecteur, membres de la commission d'hygiène, de l'administration des ponts et chaussées, de la direction des établissements d'aliénés et de sourdsmuets, etc. emploient la langue danoise et la langue allemande d'après les mêmes règles que le ministère. — Tous les examens, concours, etc. pour l'admission aux fonctions publiques se font dans les deux langues de telle sorte que la moitié des sujets oraux ou écrits sont donnés et traités en danois, l'autre moitié en allemand. On suprime l'ancienne obligation de justifier d'études faites a l'Université de Kîel.

Le duché a deux »séminaires« ou écoles normales: celle de Tonder et celle d'Eckernferde, employant comme langues d'enseignement la première le danois et la seconde l'allemand. Il y a trois écoles supérieures, l'une danoise a Haderslev, l'autre allemande à Slesvig et la troisième, celle de Flensborg, donnant l'enseignement dans les deux langues.

En ce qui concerne les églises, les écoles et la justice locale, le duché ■est divisé en trois sections: l'une purement danoise, l'autre purement allemande, la troisième mixte. Dans la section danoise, qui comprend les paroisses rurales du Nord et diverses régions descendant jusqu'à Toiider et au fjord de Flens-

borg, ainsi que la ville d'jfroskobing, la langue danoise a des droits exclusifs dans tous les actes de la vie publique. Dans la section allemande, qui comprend l'île de Femern, le département de Hùtten, Stapelholm, Ejdersted, les districts frisons et les îles de la côte Ouest, la pins grande partie des départements de Husum et de Gottorp, les villes sud-slesvicoises et Flensborg, aucune modification n'est apportée a la langue des actes publics. La section mixte comprend le reste du duché et se partage en trois subdivisions. Les villes de Haderslev. Aabenraa et Senderborg ont le danois comme langue de la justice et de l'enseigenement (avec un nombre suffisant de leçons consacrées à l'allemand), et la langue ecclésiastique y est double. Tander a le même traitement en ce qui concerne l'église et l'école, mais emploie les deux langues dans les affaires judiciaires et administratives. Enfin 49 paroisses rurales du Slesvig moyen ont l'enseignement en danois avec quatre heures d'allemand au maximum par semaine, double langue ecclésiastique (mais avec restrictions), libre choix des langues dans les questions paroissiales, et double langue judiciaire et administrative (c'est-à-dire que le sujet peut fixer lui-même la langue dans laquelle il veut être jugé et administré).

Si l'on prend la langue de l'Église comme base d'une statistique, la section danoise officielle comprenait 74, la section allemande j8 et la section mixte 33 milles carrés sur la superficie totale du duché. Mais en fait les domaines des idiomes populaires ne se distribuaient pas de la même manière. D'après les cartes d'Allen, de Geerz et de Biernatzki, Regenburg a donné le tableau suivant :

d'après Allen Geerz Biernatzki

Le danois populaire comprenait env. 90% 88 8i'/j milles carres

Le bas-allemand pop. -- env. 40'/, 49*/s 49*/$ ~

Le frison pop. (mêlé au danois et à

l'allemand) env. 12 12 12

L'ail, et le danois mêlés comprenaient env. 22 ijl/s 22

Au recensement de 1855, le duché compuit 395,860 habitants, ainsi répartis dans les trois sections linguistiques officielles:

Section danoise 131,701 hab., soit }},26»pCt. de la population

Section allemande 182,220 ■ — — 46,031 pCt. —

Section bilingue 81.939 — — 20,1199 pCt. —

Mais cette répartition officielle ne correspondait pas a la situation des langues en tant que langues de la conversation. Les villes nord-slesvîcoises de Haderslev, Sonderborg, Aabenraa et Tander, plus 18 paroisses rurales du centre du pays se servaient ainsi du danois, et par contre 8 paroisses angliennes du département de Gottorp avaient l'allemand comme langue quotidienne ; les habitants de cette région doivent donc être retranchés des districts bilingues et rattaches respectivement aux districts danois et allemand. En

comptant Christiansfeld et Ny St. Jorgen près Flensborg (avec 2679 hab.) dans la section mixte, la situation se présente ainsi d'après le recensement de 185 5 (nous considérons toujours la langue de la conversation):

Danois 169,990 hab., soit 45 pCt. contre î),sB9 pCt.

Allemand et frison 190,31 1 hab., soit 48 pCt. contre 46,0*1 pCt.

Dan ois- a lie m and Î2,ï 59 hab., soit S.apCt.l „

Danois-frison ,,ooo hab., soit o.ijct.) ct""" '"■"•" PQ'

On voit donc que la réglementation linguistique de 1850—52 faisait de grandes concessions à un état passé. Le danois parlé se trouvait frustré de io°/0, l'allemand de 2 °/o, et même on comptait les régions dano-frisonnes dans la section allemande (il est vrai qu'elles représentaient seulement i,a% de 'a population totale du duché) ; en revanche les districts bilingues recevaient une extension exagérée, passant de 8,s à 2O,t°/0, et pourtant la population de ces districts étaient de pure race danoise, de même qu'elle était de tangue danoise ou l'avait été à moins d'une génération de distance.

Notre situation dans l'Anglie est tout à fait parallèle ;ï celles des Prussiens vis-à-vis de l'Alsace en 1871. Dans les deux pays on se trouvait en présence d'une culture et d'une langue venues de l'étranger, favorisées par la population, mais mal vues des vainqueurs. Nous avons essayé de lutter en introduisant un système linguistique mixte, tempéré, dans l'administration, l'École et l'Église; les Prussiens balayèrent d'un coup l'élément français dans tout ce qui dépendait de l'État, et introduisirent des institutions purement allemandes. Nos efforts n'étaient pas à l'abri de toute critique; mais du moins ils ont dépassé de cent coudées en libéralisme et en droiture tout ce que nos ennemis on fait dans le même genre, et malgré cela la Prusse réussit à nous mettre au pilori devant toute l'Europe et a nous susciter une guerre effroyable.

P. Lauhidsen

SOMMAIRE

Page 1