‹ Manuel historique de la question du Slesvig; documents, cartes, pièces justificatives et renseignements statistiques, publié sous la direction de Franz de JessenChapitre 46 sur 102 · STATISTIQUE LINGUISTIQUE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE LINGUISTIQUE

d'entre eux adoptent dès la première génération le danois comme langue ordinaire et qu'un peu plus de la moitié seulement conservent leur idiome allemand. Et nous savons par des expériences antérieures que même les familles immigrées qui dans la première génération réussissent à maintenir l'allemand comme langue domestique, l'abandonnent partiellement dans la seconde génération.

Telle est la force d'absorption que possède encore la nationalité danoise dans le Slesvig septentrional.

Restent les quatre villes proprement dites du Nord-Slesvig, savoir Haderslev, Âbenrâ, Senderborg et Tonder; il va de soi que, comme les petites villes mentionnées plus haut, les grandes ne peuvent être aussi complètement danoises de langue que les districts ruraux. On y trouve établies depuis très longtemps des familles dont l'allemand est la langue habituelle; l'allemand y était aussi, avant 1850, la langue de l'enseignement; ces mêmes villes ont été avant 1850 la résidence de tout un corps de fonctionnaires allemands, et l'administration redevint allemande après 1864. Les trois villes les plus importantes ont été occupées par des garnisons, et une partie des soldats sont restés après leur service accompli; ajoutez à cela l'immigration civile qui s'est produite depuis 1864 et dont l'apport n'est nullement négligeable; les nouveau-venus de toute catégorie se sont mêlés par des mariages avec la population indigène.

Bien que, — comme nous l'avons dit, — nous n'ayons pu nous procurer du côté danois une statistique détaillée au sujet des quatre villes, je crois cependant être assez près de la vérité en donnant les évaluations suivantes. Proportion des habitants parlant exclusivement le danois, exception faite pour les fonctionnaires: environ 80 %. Habitants bilingues: j %. Restent 15 °/0 dont la langue exclusive est l'allemand. Cependant pour la ville de Tender il faudrait certainement élever le chiffre des bilingues et abaisser celui des purs danisants.

Si maintenant nous voulons évaluer le nombre des habitants du Slesvig septentrional dont le danois est la langue habituelle, nous devrons nous rappeler qu'une grande partie — peut-être même la plus grande partie — des fonctionnaires et employés sont des indigènes du pays, parlant entièrement ou partiellement la langue du pays lorsqu'ils sont entre quatre murs. On peut dire sans crainte que sur les 148.000 habitants du Nord-Slesvig (d'après le recensement de 1900), 139.000 parlent danois; si l'on y ajoute les 16.000 habitants qui dans le Slesvig moyen se servent exclusivement ou partiellement

de notre langue, on arrive à ce résultat que l'idiome danois résonne en Sonderjylland sur les lèvres d'environ 155,000 individus.

Dans l'étude qui précède nous n'avons tenu aucun compte de la statistique prussienne officielle: en effet les matériaux sur lesquels se fonde son exposé de la situation linguistique ont été recueillis par des procédés peu propos à assurer des résultats objectifs. On a eu soin de choisir autant que possible les recenseurs parmi les fonctionnaires du gouvernement : à la campagne, ce sont de préférence les instituteurs; les questionnaires sont arrangés de façon à utiliser les plus petites chances de faire rentrer les individus tout au moins dans la catégorie des bilingues: par exemple dans le recensement de décembre 1905 le fait d'avoir été soldat prussien et même écolier pendant la durée d'un an, est jugé suffisant pour justifier la mention: «possède parfaitement l'allemand*. Enfin un assez grand nombre de Slesvicois, — appartenant en particulier à la population danoise, — sont amenés par l'intimidation a remplir les bulletins au gré des autorités ou encore à ne pas protester contre les renseignements inexacts insérés par les recenseurs sur les questionnaires.

H. V. Clausen

SOMMAIRE

NIKOLAI SVENDSEN: LES ÉCOLES DANS LE NORD-SLESVIG APRÈS 1864. — LA QUESTION DES ÉGLISES DANS LE SLESVIG SEPTENTRIONAL APRÈS 1864. — NIKOLAJ ANDERSEN: LA PRES- SE ET LA DÉFENSE DE LA LANGUE DANOISE.— P. SIMONSEN: HISTOIRE POLITIQUE

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