‹ Manuel historique de la question du Slesvig; documents, cartes, pièces justificatives et renseignements statistiques, publié sous la direction de Franz de JessenChapitre 47 sur 102 · APRÈS 1864 A. DÉVELOPPEMENT ET ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

APRÈS 1864 A. DÉVELOPPEMENT ET ADMINISTRATION

De même que les écoles secondaires de la région du Slesvig où l'on parle danois ont été transformées er organisées sur le modèle des autres écoles secondaires des anciennes provinces de Prusse, de même dans les écoles primaires on n'a tenu pour ainsi dire aucun compte de l'histoire et de la langue du peuple danois.

L'ordonnance relative aux écoles rurales et aux écoles urbaines repose sur la loi scolaire générale du 24 août 1814 pour les duchés de Slesvig et de Holsten. Le but en était de faire donner un enseignement «moral et religieux* complétant l'indispensable éducation civique et intellectuelle. Tout ce qui concerne les écoles élémentaires dans les villes et les campagnes devenait, en vertu de cène loi, affaires communales placées sous la surveillance des autorités. Une exception existait et existe encore pour les enclaves et pour l'île d'Aïs où le régime est celui de la loi scolaire du royaume de Danemark du 29 juillet

De 1814 à 185 1, la langue danoise ne fut pas cependant bien traitée partout dans les régions danoises du Slesvig. La cause doit en être cherchée dans le fait que la haute direction du Slesvig et du Holsten était entre les mains de la chancellerie allemande de Copenhague qui dans l'application de la loi scolaire n'avait pas pour la langue de la population les égards auxquels celle-ci pouvait prétendre. Ce n'est qu'après la Guerre de Trois Ans (1848—1851) qu'une modification fut apportée dans les rescrits sur les langues de 1851 et 1854 dans le but d'introduire le danois parmi les matières enseignées dans toutes les écoles secondaires et primaires, partout où la langue danoise était encore parlée.

î^2 NEUVIÈME PARTIE

Les rescrîts sur les langues n'eurent pas les effets qu'on en attendait. Le temps pendant lequel ils furent en vigueur fut trop court. Au commencement de la guerre de 1864 et lorsqu'une partie du pays fut arrachée à la mère patrie, la situation changea du tout au tout pour les écoles avec les nouveaux détenteurs du pouvoir.

Après quelques années de gouvernement provisoire, lors de l'annexion à la Prusse en 1867, la constitution prussienne du 51 janvier r8jo fut appliquée au Slesvig. En conséquence le régime des écoles dut subir quelques modifications résultant de cette extension du domaine d'application de la nouvelle loi. Dans cette constitution l'article 2) a une importance toute particulière. Il est ainsi conçu:

>Tous les établissement publics et privés d'instruction et d'éducation sont placés sous la surveillance des autorités nommées par l'État. «

Puis vint la loi du 11 mars 1872 sur la surveillance des écoles en Prusse, loi sortie du Kulturkampf et par laquelle les écoles furent rattachées encore plus étroitement à la machine gouvernementale. Enfin, la même année on introduisit dans les écoles slesvîcoises les "Règlements généraux* arrêtés le 15 octobre 1872 par le Ministre des Cultes Falk et concernant la tâche, le but et l'organisation de l'école. En même temps étaient organisées les écoles moyennes. Il faut aussi signaler quelques lois sur les dotations et les pensions qui ont été adoptées ultérieurement, ainsi que la tentative faite en même temps par les fonctionnaires du gouvernement pour introduire dans l'école l'esprit qui inspire l'ancienne loi scolaire prussienne de 1817. Mais, somme toute, les mesures prises par la Prusse sur le terrain de la législation scolaire générale peuvent être comparées à une série de pièces différentes mises sur un vêtement plein de trous. Et cette législation ne peut pas être remplacée par une autre conforme aux besoins de l'époque, parce que, étant données les conditions politiques actuelles, on a reconnu impossible d'appliquer la loi scolaire annoncée il y a plus d'un demi-siècle dans la constitution et qui devait régler toutes les questions d'enseignement. Le nouveau gouvernement n'en a pas moins réussi, au moyen de décrets, de rescrits et d'interprétations des textes de lois, à bannir la langue maternelle des écoles publiques : on ne lui consacre plus que quelques heures pour l'enseignement religieux dans un certain nombre de communes rurales. En outre, par les mêmes procédés, le gouvernement a su rendre impossibles l'existence des écoles privées et l'enseignement à la maison dans le Nord-Slesvig.

La haute direction des écoles appartient au Ministère «des Affaires ecclésiastiques, pédagogiques et médicales», ou Ministère des Cultes, à Berlin. Pour les duchés de Slesvig et de Holsten, le plus haut fonctionnaire de la province, le Premier Président est l'autorité suprême, car il a sous sa direction toutes les affaires du gouvernement, et, en ce qui concerne particulièrement l'instruction publique, il a à prendre des décisions sur la création, l'agrandissement, la limitation ou l'interdiction des écoles. En outre il occupe le siège de

président dans te Comité scolaire provincial institué en 1867, dont la tâche est principalement d'administrer les écoles secondaires. A côté de ce fonctionnaire on peut citer le Consistoire évangélique-luthérien de Kiel qui a encore le droit d'exercer une espèce de surveillance sur l'enseignement religieux. Les droits du surintendant général dans les questions scolaires ont donc été considérablement diminués dans les années 1S70 à 1880.

La direction de toutes les écoles populaires est exercée par le gouvernement du Slesvig à la disposition duquel on met au moins deux inspecteurs des études comme conseillers compétents et visiteurs.

La loi scolaire de 1814 plaçait l'administration des écoles dans les mains de «visiteurs d'Église*, tandis que le pasteur était toujours par définition tout désigné pour surveiller les écoles de sa paroisse. C'est surtout sur ce point que la loi prussienne de 1872 sur la surveillance des écoles est venue apporter une modification fondamentale: l'État s'est approprié le privilège qu'avait jusqu'alors l'Église d'exercer un contrôle sur l'école. En général on a aussi plus tard confié l'inspection des écoles aux pasteurs. Mais les ecclésiastiques sont installés dans ces emplois de l'État comme des fonctionnaires prussiens laïques de l'inspection scolaire locale. A ce propos il faut encore noter que cette charge n'est pas confiée à des prêtres suspects de nourrir des sympathies pour les Danois. Même les visiteurs ecclésiastiques, le Préfet et le Doyen, qui autrefois avaient pour ainsi dire pleins pouvoirs sur les écoles rurales, ont, par suite de la nouvelle loi sur l'Église pour les duchés (1876), perdu une bonne partie de leur influence sur les écoles. Il est vrai que dans la région allemande du Slesvig et dans presque tout le Holsten à l'exception des villes on s'en est tenu à l'ancien état de choses, en ce sens que les doyens sont nommés par le gouvernement inspecteurs des écoles de leur district. Mais dans le Slesvig septentrional, dans les départements de Haderslev, Âbenrà, Sonderborg et Tonder, on a nommé des inspecteurs d'arrondissement spéciaux. Ces emplois d'inspecteurs d'écoles sont en général occupés par des hommes du métier, ayant une culture pédagogique, mais aussi parfois par d'anciens pasteurs. Enfin dans chaque département le Landrath (préfet) règle les questions économiques, bâtiments scolaires, traitements, etc.

Pour toutes les autres questions extérieures les écoles sont administrées dans les villes par des conseils scolaires, dans les districts ruraux, au contraire, d'une tout autre façon. Dans une grande partie du pays on a conservé les commissions scolaires dans chaque commune. Dans les enclaves et dans l'île d'Aïs c'est aux directeurs d'écoles qu'est confiée l'administration, et dans le dépanement de Haderslev on a institué en 1894, à côté du directeur de l'école, un conseil scolaire qui a la charge de l'administration extérieure de l'école. Des institutions analogues existent depuis longtemps dans les régions marécageuses de la côté occidentale du Slesvig.

L'administration des écoles a donc peu à peu passé des mains de l'Église dans celles de l'État; mais le système suranné, hétérogène n'en persiste mal-

heureusement pas moins dans toutes les parties du pays, sans compter que dans les régions danoises on procède à une germanisation systématique et brutale dont il sera question plus loin,

Page 1