C. L'ENSEIGNEMENT DANS LA FAMILLE
En général un enfant est soumis à l'obligation scolaire dès qu'il a atteint sa sixième année. Mais il est par contre difficile de dire à quel âge cesse cette obligation. Sous ce rapport d'anciens règlements sont encore en vigueur dans différentes parties du pays. Les autorités ont fixé l'âge de la > confirmation « comme
l'époque à laquelle les enfants ont le droit de quitter l'école. Mais comme les circonstances ont amené un grand nombre de parents à foire confirmer leurs enfants en dehors de l'Église d'État, et comme les autorités ne reconnaissent pas une telle confirmation comme valable, il est impossible, en l'absence d'une loi scolaire prussienne s appliquant à tout le royaume et à toutes les situations, d'indiquer aucune disposition d'ordre général sur l'époque à laquelle cesse l'obligation scolaire.
Les exigences de l'État en ce qui concerne l'enseignement donné dans les familles sont très élastiques et très arbitraires dans les régions où une race conquise est soumise à la législation prussienne. Les règlements primitifs disposent que les parents et les tuteurs peuvent être contraints à envoyer leurs enfants a l'école primaire -quand ils ne sont pas en état de prouver que leurs enfants reçoivent sous une autre forme un enseignement suffisante Les législateurs s'en sont remis aux autorités du soin d'interpréter le sens du mot »suffisant< dans les cas particuliers. Cet enseignement, qui coexiste avec l'enseignement public organisé par l'État et la Commune, peut être donné par les parents, ou encore sous forme de leçons particulières à la maison, ou encore dans des écoles privées. Mais en tout cas, les enfants de sujets prussiens, en vertu d'un arrêt de la Cour suprême du 22 octobre 1882, sont astreints a recevoir leur instruction dans les limites de l'État prussien.
La loi scolaire de 1814 est muette au sujet de l'enseignement privé dont il est question plus haut. Sous ce rapport, au temps où les duchés faisaient partie du Danemark, la tradition et les règlements avaient tracé à ce mode d'enseignement des limites assez larges, ce qui, alors, profitait à la partie germanophile de la population du Slesvig. C'est ainsi qu'une circulaire ministérielle danoise du 9 janvier 1861 relative au duché de Slesvig déclare ce qui suit: >A l'avenir comme dans le passé chaque famille aura la liberté de faire instruire ses enfants par des précepteurs. Le choix de la langue en usage dans l'enseignement dépendra uniquement du désir des intéressés.*
Après l'annexion à la Prusse cette circulaire libérale ne pouvait subsister. En effet, l'article 22 de la constitution prussienne déclare que l'autorisation d'enseigner, d'ouvrir et de diriger une école, ne peut être accordée qu'aux individus qui sont en mesure de prouver devant les autorités compétentes qu'ils possèdent »les qualités morales, scientifiques et pédagogiques* nécessaires. A ce propos on peut rappeler que dans les Duchés on 3 vu appliquer quelques ordonnances antérieures exigeant que celui qui veut donner l'enseignement privé se fasse délivrer par les autorités scolaires de la ville un certificat qui non seulement doit constater les qualités pédagogiques et les connaissances de l'intéressé, mais qui doit également indiquer »sa moralité et ses idées politiques et religieuses.* Puis parut une circulaire lancée par le gouvernement du Slesvig et datée du 29 novembre 1883, qui décrétait que pour la création, la prise de possession ou le changement de direction d'une école privée il est nécessaire d'obtenir une «concession* de la Commission
scolaire, et, ajoutait la circulaire, «cette concession ne peut être accordée que si les conditions relatives aux personnes et aux choses sont remplies, mais il est également nécessaire que l'école qui doit être créée ou qui doit passer en d'autres mains réponde réellement a un besoin.' En vertu d'un arrêté ministériel un tel besoin n'existe que là où les écoles publiques ne suffiraient pas. La concession peut d'ailleurs être retirée lorsque les écoles publiques suffisent à leur tâche.
C'est grâce à ces mesures, à d'autres mesures analogues et aux interprétations qu'on leur a données soit -disant dans l'intérêt de l'État que les autorités prussiennes ont fermé les anciennes écoles privées danoises dans les villes du Slesvïg septentrional, même lorsque, en ce qui concerne l'enseignement, elles étaient complètement en règle avec la loi. C'est ainsi qu'on a rendu d'abord difficile, puis à la longue à peu près impossible l'enseignement préceptoral dans les familles nord-slesvicoises.
La jeunesse nord-slesvicoise est donc contrainte de fréquenter les écoles publiques prussiennes qui ne sont que les anciennes écoles primaires slesvicoises transformées. Four se rendre compte des conditions dans lesquelles cet enseignement est donné il suffira de se rappeler que la langue en usage à l'école est l'allemand, idiome étranger pour les élèves. De même qu'on évite dans l'enseignement public l'usage de la langue de la région, on néglige aussi l'histoire nationale. L'école est donc complètement allemande, les maîtres sont des fonctionnaires allemands, et l'influence de l'école sur les enfants s'exerce à tous les point de vue dans un sens exclusivement allemand.
La tâche s'est donc imposée à la population danoise de remédier dans la mesure de ses ressources à cette situation contre nature.
Jusqu'ici le recours aux autorités a été infructueux. Il en sera de même à l'avenir.
Par les journaux danois qui chaque jour pénètrent dans presque toutes les familles, par les journaux et les livres danois destinés à l'enfance, presque tous les enfants du Slesvig septentrional apprennent à I i r e le danois, et cela même lorsque les parents n'interviennent pas. Mais il n'en est naturellement qu'un petit nombre qui apprennent à écrire le danois. Ce sont ceux dont les parents ont eu le temps et les moyens de les aider ou qui ont pu fréquenter les écoles danoises.
Dans ces dernières années les autorités allemandes ont essayé d'instituer des écoles de perfectionnement obligatoires pour les jeunes gens entre l'époque de la confirmation et leur entrée au régiment. En d'autres circonstances de telles écoles seraient utiles, mais dans le Slesvig septentrional elles ne sont qu'un nouveau moyen indirect au service de la germanisation.
NrKOLAf SvENDSEN