‹ Manuel historique de la question du Slesvig; documents, cartes, pièces justificatives et renseignements statistiques, publié sous la direction de Franz de JessenChapitre 69 sur 102 · CARTES ET GRAVURES · texte numérisé non relu

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pour rappeler son ascendance royale par sa mère. De même une plus ancienne descendance en ligne féminine de Valdemar le Grand, la maison d'Orlamûnde, prit des armes analogues à celle de ses ancêtres royaux: d'or, semé de cœurs de gueules, a deux lions passants d'azur.

Dans le temps qui suivirent, les lignes collatérales plus ou moins légitimes issues de la maison royale continuèrent à adopter les armes de cette dernière. Les descendants des fils naturels de Valdemar le Victorieux, le comte Niels de Halland et le duc Canut, portèrent un écu coupé : en chef un lion passant, en pointe un champ semé de cœurs. La descendance d'Abel Valdemarsen, qui était petit-fils naturel du roi Abel portèrent simplement des cœurs, sans lions. Quant aux descendants illégitimes du roi Christophe II, les Levenbalk, ils s'armaient d'or, à deux fasces d'azur, accompagnées en chef d'un lion passant du même. Nous pourrions prolonger cette liste. Mais il semble qu'au XIIIe siècle, même dans la ligne directe de la dynastie royale, ce soient seulement les princes régnants qui aient porté les armoiries complètes, autrement dit les trois lions, que du reste les deux fils royaux de Valdemar le Victorieux avaient déjà transformés en trois léopards couronnés', quant aux fils plus jeunes, ils réduisaient le nombre des animaux héraldiques. Le roi Abel, qui avait en sa qualité de roi trois léopards, n'en avait eu que deux, — comme le montre son sceau de 1245, conservé en partie, — tant que vivait son frère aîné et qu'il était lui-même simple duc de Sflnderjylknd ; et même le troisième frère, Je duc Christophe de Lâland et de Falster, ne portait qu'un seul léopard. Si cette coutume particulière n'eut pas le loisir de s'implanter en Danemark, c'est simplement parce que la dynastie royale ne compta généralement pas plus d'un représentant mâle adulte à la fois. Mais nous la voyons reparaître chez les descendants du roi Abel, c'est-à-dire parmi les ducs de Sonderjylland: encore en 1296, le duc régnant seul avait droit aux deux léopards; son frère cadet, le duc Erik Langben, n'en portait qu'un.

Bien qu'au XIII* siècle les armoiries n'eussent pas encore de caractère national et fussent seulement les marques distinctives et héréditaires des familles princières, nous pouvons cependant voir dans le sceau du duc Abel, qui porte la date de 124J, l'origine première des armes du Sfnderjylland. En effet lorsque les descendants d'Abel, après avoir été exclus du trône de Danemark, reprirent l'écu aux deux léopards couronnés sur champ semé de cœurs et en firent leur signe familial, ces armes en vinrent- assez vite à désigner en même temps le pays gouverné par eux. Le duc Eric Valdemarsen, mort en 1325, les considérait encore évidemment comme la marque

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distinctive de sa famille, puisqu'il les portait réunies aux armes de Saxe pour désigner son ascendance maternelle, ces dernières cachant complètement l'arrière-train des deux léopards.

Mais nous avons la preuve que, dès 1326, les deux léopards étaient aussi les armes du Sanderjylland. Lorsque le duc Valdemar fut devenu roi et porta en cette qualité les trois léopards danois, il donna, comme on le sait, l'investiture du Sonderjylland au comte holstenois Gert; or, en cette même année, le sceau du comte nous présente à son avers l'écu aux deux léopards; il n'y a ici ni couronnes ni cœurs, mais en revanche deux bras féminins sortant de deux manches tiennent au-dessus de l'écu un heaume recouvert d'un chapeau ducal d'où sortent trois aigrettes de plumes munies chacune de trois cœurs placés côte à côte (Voir la fig, p. 447); l'envers du sceau représente d'une façon tout à fait analogue les armes du Holsten. C'est la première fois que nous rencontrons le heaume qui fait partie des armes slesvicoises; car le heaume et le cimier étaient à l'origine indispensables a un blason complet, à celui des nobles comme à celui des rois et princes. Nous trouvons pour la première fois à la même époque dans le sceau du roi de Danemark le heaume correspondant aux trois léopards, avec deux cornes de buffle garnies chacune de deux plumes. Par une

coïncidence curieuse, le trop fameux comte Gert fut le premier, à notre connaissance, qui ait porté ce heaume slesvicois, et il fut aussi, semble-t-il, le premier qui ait assigné aux cœurs de gueules le nombre de neuf.

Cependant le duc Valdemar dut changer de nouveau la couronne royale contre le chapeau ducal, et à partir de 1332 son sceau ne présente plus que les armes slesvicoises, et ce sceau reproduit dans les moindres détails celui dont se servait le comte Gert en 1326. Mais dans un autre sceau du même duc Valdemar, en date de 1 341, nous retrouvons les cœurs dans l'écu; tandis que les léopards continuèrent à être représentés sans couronne. Le heaume et le cimier figuraient en revanche sur le »secret« ou cachet particulier, où ces emblèmes seuls occupaient l'espace compris dans l'exergue. Le fils de ce duc qui portait le même nom que son père, eut aussi sur ses armes des léopards non couronnés, cette lois encore sans cœurs, tandis que sa veuve Régisse et son second fils Henri eurent des léopards couronnés; et pendant longtemps par la suite les armes

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sl.es vicoises présentèrent au hasard des lions ou des léopards, couronnés ou non couronnés; en revanche les cœurs disparurent pour toujours. En fait c'est seulement à partir du commencement du XIX' siècle que se réintroduisit l'usage des deux lions non couronnés (voir la fig. p. 449).

Le duc Henri étant mort sans enfants en 1375, la descendance masculine du roi Abel s'éteignit avec lui, et le Senderjylland fut, comme on le sait, attribué en fief au comte holstenois Gcrt, et ainsi commença cette union étroite et si grosse de conséquences entre les armes du Slesvig et celles du Holstein. Le comte Gert et son fils le duc Adolphe réunirent les deux armoiries en un seul écu êcartelé, i" et 4' à trois lions lèopardes, 2' et 3' à la feuille d'ortie. Seul le sceau officiel du grand-sénéchal de Sonderjyuand ne contenait encore que tes deux léopards, d'ailleurs sans couronne. Puis, lorsque la nouvelle dynastie ducale se fut éteinte à son tour avec le dnc Adolphe, et que les duchés furent soumis au même prince que le Danemark, le roi Christian I fit entrer cet êcartelé dans ses armes. L'écu qui chargeait son sceau secret fut alors êcartelé au v des léopards danois, au 2* des couronnes de Suède, au 3' du lion de Norvège, au 4' contre êcartelé de Slesvig et de Holstein, tandis que les armes personnelles du souverain, les fasces de Oldenbourg, se trouvaient placées sur le tout. Mais, sur le grand sceau, le 4* quartier était occupé par la guivre des Wendes ; l'écartelé de Slesvig et de Holstein se disposait sur le tout, et les fasces d'Oldenbourg sur le tout du tout. Ainsi placés dans cet écu au milieu, les lions ou léopards slesvicois continuèrent à figurer régulièrement dans les armes du royaume jusqu'en 172 1. De bonne heure toutefois ils se trouvèrent limités au premier quartier du sur le tout ; de même que Christiern II avait déjà chassé la feuille d'ortie du 3* quartier pour taire place au cygne de Stormarn, de même Christiern III, fit occuper le 4' quartier par les armes d'Oldenbourg, lorsqu'il eût supprimé le sur le tout du tout. Et même après que celui-ci eût reparu, les léopards ne regagnèrent point la place perdue, car celle-ci fut prise à partir de 1559. par le cavalier cuirassé des Diunarses. Cependant, chose assez curieuse, nous trouvons sur quelques monnaies d'or du temps de Christian' III une autre représentation des armes du royaume: l'écusson prin? cipal est êcartelé de Danemark, de Norvège, de Suède et du lion des Goths au dessus de cinq cœurs, avec une Champagne à la guivre Wende, tandis que le deux lions du Slesvig chargent seuls l'écusson en cœur.

L'incorporation de 1721 eut, comme toutes les modifications territoriales du même genre, son expression visible dans les ar-

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moines du royaume: le roi Frédéric IV retira, — du reste sans motif au point de vue héraldique, — les léopards ducaux de l'écusson médial pour les transporter parmi les armes royales dans l'ècu principal, et celui-ci n'eut cependant que quatre champs au lieu de cinq, les 3* et 4* quartiers étant coupés, et portant respectivement, le 3" les trois couronnes de Suède et les deux léopards du Slesvîg. le 4e le lion des Goths et la guivre wende. En 1819, après qu'un article de la paix de Kiel (1814) eut expulsé des armes royales danoises- le lion norvégien, les deux léopards, ou plus exactement maintenant les deux lions, occupèrent une place encore plus en; vue qu'autrefois, à savoir dans le 2* quartier devenu libre de l'écu principal, en avant des trois armes royales (les trois couronnes, les armes des Goths et celles des Wendes); quant à la place jusque-là occupée par les armes slesvicoises, on la partagea entre l'Island, les lies Fserœ et le Groenland, — modification qui témoigne d'un mauvais goût manifeste et d'une grande ignorance des choses du blason.

Le roi Jean (Hans), avant de monter sur le trône, maïs alors qu'il cependant désigné comme roi, avait porté ces armes qui consistaient seulement dans un ècu carrelé de Slesvig, de Holstein, de Stormarn et d'Oldenbourg. En revanche, dans les sceaux de son frère le duc Frédéric et plus tard dans ceux du prince Christiern, héritier au trône, nous rencontrons déjà la disposition de quartiers qui va devenir ensuite et qui est encore le blason commun à mutes les branches de la ligne collatérale cadette de la dynastie royale, c'est-à-dire aux maisons princières des duchés; c'est un écu écartelé comprenant: i°) le lion norvégien, à cause du titre. d'héritiers de Norvège porté par ces princes; 20) les lions slesvicois; 30) la feuille d'ortie; et 40) le cygne de Stormarn, plus un écusson en cœur avec les fastes d'Oldenbourg; on se contenta d'insérer, à partir de 1 s 59» le cavalier des Ditmarses dans un enté en pointe entre les 3' et 41 quartiers; on partagea aussi l'écusson en cœur en deux champs: i°) Oldenbourg; 2°) le croix de Delmenhorst, que Frédéric Ier avait déjà adoptée dans les armes royales. A ces armes ducales appartiennent trois heaumes couronnés, celui du milieu, avec le cimier de Norvège, celui de droite J avec trois sceptres dorés ornés de plumes de paon, correspondant aux deux lions,. et celui de gauche avec sept fanions rouges portant la feuille d'ortie sur l'étamine. Cependant nous voyons encore sur les sceaux du duc Jean l'aîné le. vieux cimier slesvicois: trois panaches sans sceptres; les sceptres apparaissent pour la première fois en. 1546 dans un autre de ses sceaox, où l'écu n'a qu'un seul heaume, avec

1 En blason, les termes de > gauche* et de >droite« désignent non pas là droite et la gauche do spectateur, mais celles des armes elles-mêmes.

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