‹ Manuel historique de la question du Slesvig; documents, cartes, pièces justificatives et renseignements statistiques, publié sous la direction de Franz de JessenChapitre 8 sur 102 · LA CORNE D OR DE GALLEHUS · texte numérisé non relu

LA CORNE D OR DE GALLEHUS

Ainsi donc, tandis que la signification des motifs figurés sur les cornes reste encore une énigme à la solution de laquelle des archéologues érainents depuis l'époque d'Ole Worm jusqu'à celle de Worsaae ont appliqué sans grand succès toute leur sagacité, nous avons la chance de pouvoir dire que l'inscription runique gravée le long de la bande supérieure de notre corne de 1734 est parfaitement intelligible dans son ensemble. Voici comment elle se présente:

n<NrruFXNîiY ; riamopY ; n*iur ■ rmm ;

Les mots sont donc séparés par quatre points, à l'exception des deux premiers qui sont étroitement liés ensemble; le dernier mot est gravé en runes plus déliées et plus fines que les autres, — naturellement à cause du manque d'espace. D'ailleurs dans d'autres inscriptions de même époque, par exemple sur le bois de lance de KragehuI, certaines runes ou bien certains jambages

1<Hmtm>tlYtHmWïiHsmffirffl»i

# 1 ^ ¥ï* fs», Jte> *î& W

n,'iiii;ii!iiii,'iiiii;i:'.}ii;.'ii))!iiit}miiHiHMiiii.')iuiimi::ii

de runes sont plus minces que le reste, sans que la question de place ait joué là aucun râle (cf. par ex. la reproduction du bois de lance dans >Die runenschrifu, p. 124).

Transcrite en lettres latines, notre inscription devient: ■

ek hlewagastiK holtingaK horna tawido.

Nous ferons les remarques suivantes au sujet des formes grammaticales: ek est le pronom personnel de la première personne = a. nord, ek] il se présente aussi dans beaucoup d'autres inscriptions nordiques en runes an ciennes. Sur la corne d'or il est écrit avec le nom suivant, sans points de séparation, parce qu'il se rattache à lui comme proclitique.

hlewagastiK est un nom d'homme composé de hlewa- et de gastiR Le premier élément, hlewa-, s'accorde bien avec le bewar que nous trouvions sur la bouteroile de Torsbjasrg; c'est la forme primitive de l'i nord, kli (abri), lequel est employé comme premier terme dans les noms HlibarÔr et HUdis connus par l'Edda. Le second élément gastiR est l'a. nord.

l6 PREMIÈRE PARTIE

gestr (hôte) et il nous explique la mutation vocalique subie par ce dernier mot. H le w a g as tin. aurait donc pour correspondant en ancien nordique postérieur HUgestr (proprement : l'hôte, l'étranger qui cherche abri ou protection). Ce HlewagastiR concorde pour la forme et pour le sens avec le nom propre Saligastin (»Salga;st«, l'hôte, l'étranger qui s'adresse à la maison), que nous . lisons sur la pierre de Berga en Sddermanland. Dans l'ancien nordique postérieur nous ne trouvons ni HUgestr ni Salgestr, mais il nous présente beaucoup d'autres noms formés avec gestr (GoÔgestr, forgestr, etc.).

holtingaR répond au nordique plus récent hyUbtgr, littéralement »un homme du bois» (HjarÔhylHngar, les hommes de Hjarôarholt). Mais dans notre inscription c'est certainement un patronymique signifiant (descendant* (plutôt que »fils») »de Holte«. De même nous trouvons dans une des plus anciennes inscriptions en runes récentes (la pierre de Kallerup) le nom Hombori SwiÔingR, «Hornbore Svîding* (descendant de Svide; voir »De danske runemindesm.il II, p. 337).

h orna (=a.nord.fo>rn) est un accusatif singulier régi par tawido. Comme les nominatifs htewagastiR holtingaR, cet accusatif a donc conservé la voyelle finale du thème, et nous pouvons certainement admettre que le mot est du neutre comme plus tard en nordique et comme il l'est dans le got. hattrn, bien qu'il eût pris également la forme horna s'il avait été masculin.

tawido est le temps passé d'un verbe qui s'est perdu de bonne heure en nordique, mais qui se trouve dans le got. taujan, prétérit tavida, lequel s'accorde pour la forme avec le mot de notre inscription, excepté dans la terminaison de la Ie™ personne, où le got. -a est plus récent que le -ô de la corne d'or et d'autres inscriptions nordiques. En nordique, le verbe taujan (*teyja, prêt. *tâÔa) fut supplanté de bonne heure par gçrva ig0rva) et par d'autres termes; mais nous retrouvons la même racine dans l'a. nord, tôl, n.= »instrument,outiK Comme M. Bugge l'a déjà montré dans »Tidskrift for Philologi og Pxdagogîk* VII, p. 224, des preuves que ce mot était primitivement d'un usage général nous sont fournies par certains termes que le lapon a empruntés au nordique dans une période ancienne : lapon de Suède tuoje, lapon de Norvège duôgje, «travail (manuel)*, et lapon de Suède tuojar, lapon de Norvège duogjar ■ouvrier, artisan* (cf. Vilh.Thomsen, Den gotiske sprogklasses indflydelse pâ den finske,p. 1 54). Ces mots lapons aussi bien que l'a. nord, tel m'inclinent très fortement à admettre que tawido a vraiment, comme on l'a déjà admis, le sens direct de »fit, fabriqua*, tandis que le got. taujan n'est employé que dans une acception figurée. Dans les idiomes germaniques de l'Ouest le terme correspondant a en règle générale le sens de >préparer, arranger, parachever (parare)*, et non de >faire, fabriquer (facere)*. C'est pourquoi M. Vilhelm Thomsen (dans Arkiv f. nord. Filol. XV, p. 193 sqq.) a émis l'hypothèse que notre tawido ne correspondait pas tout simplement au nordique plus récent gerâa (gerôa), mais serait plutôt à comparer à l'a. nord. bjô. Même si M. Thomsen a raison, — ce qui me paraît fort douteux,— je ne vois pas que son inter-

prétation puisse apporter un changement essentiel à l'interprétation antérieurement donnée de notre texte. Contrairement à M. Thomsen, je ne crains pas d'affirmer avec un entière certitude que l'expression horn bjô, »a achevé la cornet , doit s'appliquer avant tout au fait de décorer la dite corne avec des figures, et ensuite, naturellement, à l'inscription mnique; mais c'est précisément là ce qu'on comprenait déjà, entre autres choses, quand on traduisait: »a fabriqué la corne». M. Thomsen ajoute comme nouvel argument que l'inscription »donne tout à fait l'impression d'avoir été ajoutée plus tard, par une autre main que celle qui a exécuté la corne elle-même, et dans un style différent, plus gros et plus lourd que celui des autres ornements*. Quant à moi je suis convaincu au contraire que l'inscription est en harmonie parfaite à la fois avec les figures et ornements soudés sur la come et avec ceux qu'on y a ciselés. Il m'est impossible de découvrir le moindre indice permettant de soupçonner que l'inscription soit due à une autre main.

Transcrite en ancien nordique, l'inscription prendrait donc cette forme:

Ek Hlégestr Hyltingr horn *tdÔa (gfirâa ou bjô?).

»Moi Lxgxst Hylting (descendant de Holte) j'ai fabriqué (achevé) cette

Page 1