‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 102 sur 360 · BONAPARTE ET L’ORIENT · texte numérisé non relu

BONAPARTE ET L’ORIENT

perdu; ses ennemis Tauraient ruiné. Par la fuite il se sauvait, et se réservait pour l’heure où il sauverait la Révolution et la France. « Il fallait chasser les avocats. On le pressait de se mettre à la tête de la République, mais il ne pouvait encore marcher seul. Il craignit de compromettre son caractère. Il partit, résolu de reparaître, dès que les circonstances rendraient sa présence utile et nécessaire. »

Il est très certain qu’à son retour d’Italie, en 1797, Bonaparte fut pour le Directoire un sujet d’inquiétude, par les désirs et les flatteries de certains personnages un danger. L’envoyé de Prusse notait alors « qu’il pouvait prétendre à V autorité ». Rien ne prouve qu’il en eut le projet formé. Il ne voulait plus obéir et refusait de servir contre l’Angleterre. Mais de là à commander lui-même en France il y avait loin encore. Au mois d’avril 1798, après l’incident qui se produisit à l’ambassade de Vienne, avant que les conférences de Selz n’eussent retardé la guerre avec l’Autriche, Desaix affirmait à Mathieu Dumas que Bonaparte eut l’idée du coup d’Etat et songea à ne plus partir pour l’Egypte. Rewbell lui aurait intimé l’ordre d’aller prendre à Toulon le commandement qu’il avait sollicité. A cette époque, l’expédition d’Egypte était prête et depuis six mois décidée. Ce n’était pas le désir de se réserver en France pour un rôle ultérieur qui la recommandait à Bonaparte.

Depuis le mois d’août 1797, celui-ci songeait à satisfaire son ambition en Orient. C’était le rêve de ses premières années dont ses succès en Italie le rapprochaient insensiblement. En novembre 1796, au lendemain d’Arcole, il étudiait déjà avec ses aides de camp la question des îles Ioniennes, étape nécessaire de l’Italie à demi conquise vers la Grèce qu’il rêvait d’émanciper. Au mois d’août 1797, à Passeriano, tandis qu’il confiait à Bourrienne son mépris pour l’Europe et son goût pour les grands empires de l’Orient, il s’assurait des îles Ioniennes, nouait des intrigues avec Poussielgue pour occuper Malte, en chargea Brueys, établit une correspondance avec le pacha Ibrahim et les Albanais par

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