‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 107 sur 360 · PAUL SE DÉTACHE DE LA COALITION · texte numérisé non relu

PAUL SE DÉTACHE DE LA COALITION

s’était proposé d’autres desseins que la croisade monarjÉhique dont il s’était déclaré très haut le chef. En combat- / tant les Français, Paul 1®** avait les yeux fixés sur l’empire ottoman : avec ses conseillers, il n s'entretenait des avantages que la crise actuelle lui offrait pour être Varbitre des destinées de V Europe ». Très satisfait déjà de la prise de Corfou, en mars 1799, assuré de l’impuissance de Bonaparte en Égypte, jaloux d’avoir Malte, il se souciait peu de poursuivre une guerre qui favoriserait trop l’Autriche et l’Angleterre : il ne voulait pas les servir au point qu’elles pussent lui refuser une part de l’empire turc. Ses armées n’avaient pas encore été détruites à Zurich, qu’au mois d’août 1799 il s’inquiétait déjà de leurs succès : « Pour avoir eu, disait-il à Bazoumovski, la résolution d’anéantir le gouvernement français, je n’ai pas voulu qu’une autre prenne sa place. Que chacun soit dédommagé, rien de plus juste. La Révolution de France ayant bouleversé l’ordre de l’Europe, il est essentiel de le rétablir, mais d’un commun accord, par un Congrès où chaque puissance intéressée soit représentée. » Le souci de la question d’Orient désarmait donc déjà, à la veille de la bataille décisive que ses armées allaient livrer en Suisse, le tsar comme autrefois le roi de Prusse. Et le lendemain de la défaite à plus forte raison, dès le 4 octobre, Paul i®*' déclarait que, ne pouvant vaincre la France, il ne jugeait pas bon d’agrandir l’Autriche. Il traitait de « gueux » ses alliés allemands. Il abandonnait la coalition qu’il avait formée.

Le retour de Bonaparte en France acheva de le décider. L’expédition d’Égypte paraissait abandonnée. Quoique vaincus, les Russes avaient obtenu ce qu’ils souhaitaient : ils avaient détourné de l’Orient un conquérant redoutable, bientôt retenu à Paris par une conquête plus facile.

Ce n’était pas cependant pour venir erilever la France aux Directeurs que Bonaparte avait quitté brusquement l’x\frique. La légende, créée par ses amis, acceptée par ses ennemis, a toujours expliqué par une entente formée de loin entre Bonaparte et ses partisans son retour

RETOUR DE BONAPARTE .* SES INTENTIONS. 205 précipité. Talleyrand, Joseph, Tamiral Bruix Tauraient invité, depuis le mois de mai, à sauver des avocats et des armées étrangères à la fois la nation toute prête à accepter un sauveur. La vérité fut que, depuis le mois de mars 1799 jusqu’à son départ, le chef de l’armée d’Égypte demeura sans aucune nouvelle, ni du gouvernement, ni de ses amis. Tous les courriers étaient interceptés, et ceux qui lui parvinrent par hasard, la dernière fois, le 25 mars à Saint- Jean-d’Acre, ne lui apportaient aucune nouvelle sur la lutte du Directoire et de l’Europe. Peut-être n’en eût-il pas cherché, si la fortune en Syrie lui avait souri : « Si je m’étais emparé de Saint-Jean-d’Acre, je prenais le turban, je faisais mettre des culottes à mon armée, je ne l’exposais plus qu’à la dernière extrémité. J’en faisais mon bataillon sacré. C’était par des Arabes, des Grecs, des Arméniens que j’eusse achevé la guerre contre les Turcs. Au lieu d’une bataille en Moravie, je gagnais une bataille d’issus. » Son rêve oriental ne l’avait pas abandonné : mais, dès qu’il se reconnut impuissant à le réaliser pour le moment, il voulut savoir ce qui se passait de l’autre côté de la Méditerranée, échapper surtout à une capitulation qui l’exposait à la réputation d’un aventurier.

Après la bataille d’Aboukir, l’amiral Sidney Smith, en traitant avec lui de l’échange des prisonniers, se laissa arracher un paquet de journaux d’un mois antérieurs qui contenaient le récit des premières défaites de Scherer à Magnano, des Français devant Mantoue. Bonaparte ne pouvait croire qu’au moment où ces nouvelles lui parvenaient, toute l’Italie déjà était perdue. Il voulut sauver sa conquête : « J’arriverai avec un peu de fortune avant la prise de Mantoue. )> Cette espérance et ce désir expliquent la précipitation de son départ. Dès le IJ août il en avisait Desaix, dans la haute Égypte, le 19 et le 20 il donnait rendez-vous près de Rosette à Kléber, à Menou, attendant que la flotte anglaise s’éloignât de la côte.

Elle s’éloigna plus tôt qu’il ne pensait. Le 22 août, brusquement il s’emlDarquait, convaincu que, sauf en cas de

Page 1