‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 108 sur 360 · AMBITIONS ET INTRIGUES DE SIEYÈS · texte numérisé non relu

AMBITIONS ET INTRIGUES DE SIEYÈS

pesle, Kléber réussirait à proléger l’Égypte, et qu'il aurait le temps de défendre en Italie ses premières conquêtes. Il partait, pour une œuvre qu’il croyait facile, rapide, nullement préparé aux événements qu’il allait apprendre en débarquant le 9 octobre à Saint-Tropez. Sincère, lorsqu’il parlait en quittant l’Egypte d’y revenir dans trois mois, Bonaparte ignorait que l’empire se préparait pour lui en France par les défaites du Directoire et les intrigues de Sieyès surtout.

Les victoires de Masséna et de Brune avaient presque miraculeusement sauvé la France. Il aurait fallu un miracle plus grand encore pour défendre les Directeurs contre l’indignation publique et les complots. La guerre redoutable où ils avaient engagé le pays sans être assurés de la pouvoir soutenir avait surexcité, comme toujours, contre eux la nation. Au mois de mai 1798, ils avaient été réduits (22 floréal) déjà à casser les élections populaires défavorables à leur autorité. En mai 1799, les électeurs se livraient aux anciens septembriseurs qui réclamaient le retour à la Terreur pour faire face à l’invasion menaçante. Les premières défaites d’Italie et d’Allemagne leur servaient d’arguments. Le Directoire payait la faute de son aveuglement.

Sieyès revint alors de Berlin : il jugea le moment opportun de prendre sa revanche sur les hommes qui l’avaient écarté du pouvoir en l’an III. Sa mission en Allemagne, quoiqu’elle eût échoué, l’avait mis de nouveau en évidence. Au retour il succédait à Rewbell comme Directeur et, installé dans la place enfin, fit un complot pour en déloger ses adversaires, pour y faire entrer ses amis de la Gironde. Le complot éclata le 30 prairial (18 juin 1799) : d'accord, dans les Conseils, avec les patriotes exaltés, les amis de la liberté, les anciens Girondins, guidés par Sieyès et, par son intrigue, maîtres de la majorité, se débarrassèrent de Treilhard, La Béveillère-Lepeaux et Merlin, obtinrent une seconde place pour l’un des leurs, Roger-Ducos, débauchèrent Barras et se saisirent alors du pouvoir : l’alliance, d’ailleurs, qui leur donnait cette victoire, était trop fragile

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