‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 110 sur 360 · ET CONDITIONS DE LA PAIX GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

ET CONDITIONS DE LA PAIX GÉNÉRALE

En 1799, au prix de sa liberté, la France obtint ce qu’elle estimait et désirait le plus, l’égalité, notre « passion dominante », disait Beugnot. Peu lui importait que la Révolution se terminât par une dictature, si le dictateur lui assurait, de toutes les conquêtes de 1789, la plus précieuse à ses yeux. Elevé au premier rang par l’intrigue de Sieyès, parles ambitions de sa famille, son retour opportun et sa propre habileté, Bonaparte devait s’y maintenir par le réalisme de son génio, uniquement attentif aux passions des hommes qu’il voulait asservir : « Si je gouvernais un peuple de juifs, je rétablirais le temple de Salomon. — Vous, Français, vous ne savez rien vouloir sérieusement si ce n’est peut-être l’égalité. — La liberté n’était qu’un prétexte. »

Outre cette soif d’égalité, la nation française avait, en 1799, un autre besoin : elle sentait vivement, après sept ans d’efforts, la nécessité de la paix. Elle applaudissait aux discours de Bertrand du Calvados, de Boulay de la Meurthe ; elle les approuvait de reprocher aux Directeurs la durée de la guerre, les violences de la politique française, les hasards de l’expédition d’Egypte : « Vos commissaires

LES PREMIERS JOURS DU CONSULAT, ont pillé et tyrannisé les peuples. Vous avez troublé la paix de l’Europe. » Le peuple accepta le coup d’Etat, pour les promesses pacifiques qu’il lui apportait, après l’avoir préparé par ses colères contre le Directoire, responsable à ses yeux de la guerre.

A la fia de 1799, la paix était donc prochaine, possible même. Les Français la souhaitaient. Le tsar, principal soutien de la coalition, était vaincu et s’apprêtait à désarmer. Le 7 janvier 1800, il en annonçait l’intention formelle : (( Il s’est opéré en France un grand changement dont je dois attendre les suites. » Elles ne furent pas ce que la France attendait, ni ce que croyait le tsar.

Bonaparte, continuant au lendemain de brumaire la politique personnelle qui lui avait donné la réputation et le pouvoir, se préparait uniquement à la revanche de ses défaites en Egypte. C’était un duel offert au tsar, dont la puissance s’était dressée contre son ambition au seuil de l’empire ottoman. Si de la guerre de 1798, la France sortait victorieuse, le général de l’armée d’Egypte revenait vaincu par la diversion que les armées russes avaient créée sur les Alpes. Une respirait que vengeance : le jour où on promulgua à Paris la constitution nouvelle, qui le faisait maître et presque roi sans le titre, il adressait officiellement (25 décembre 1799) un défi à la Russie, en publiant un appel aux Polonais, au général Dombrowski.

Sans doute, en même temps, il adressait deux lettres au roi d’Angleterre et à l’empereur d’Allemagne, deux appels pacifiques en des termes très solennels qui semblaient annoncer un vif désir de « contribuer à la pacification générale )). En réalité, le Premier Consul ne proposait alors la paix h Londres et à Vienne que pour disputer plus sûrement l’Orient à Paul PL Soit qu’il craignît d’imposer aux Français une tâche trop lourde et de les mécontenter, soit qu’il se rendît compte de la difficulté d’une lutte pour la possession de l’Europe entière, il voulait limiter le nombre de ses ennemis pour atteindre plus sûrement le principal.

L’Angleterre le comprit si bien qu’elle mit pour condi-

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