‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 111 sur 360 · PAIX OFFERTE A L’ANGLETERRE ET A L’AUTRICHE · texte numérisé non relu

PAIX OFFERTE A L’ANGLETERRE ET A L’AUTRICHE

lion essentielle à la paix révacualion de l’Egypte, le désarmement des troupes françaises qui s’y trouvaient encore. Elle n’entendait pas livrer aux Français les routes de l’Asie. La négociation n’alla pas plus loin. Pour rentrer en Orient, Bonaparte devait compter avec elle aussi bien qu’avec Paul P'’. Il s’efforça de séduire l’Autriche, en lui offrant ce qu’il lui avait autrefois si durement refusé, des provinces italiennes, le 27 février, et encore le 7 avril 1800! Sans vouloir l’entendre, au printemps, l’empereur d’Allemagne remettait ses armées en campagne, sous la conduite de Mêlas. Menacé par les Français depuis deux ans d’un bouleversement d’autant plus grave que l’avidité des princes allemands leur abandonnait l’Allemagne, assuré des subsides anglais, François II voulait fermer définitivement le Rhin aux armées françaises.

Les refus successifs de l’Autriche et de l’Angleterre modifièrent brusquement les plans du Premier Consul. Incapable de continuer ainsi son entreprise orientale, également incapable d’y renoncer, il cherche une autre méthode : au lieu de combattre la Russie et de lui disputer l’empire turc, il essaye tout à coup de s’entendre avec elle et de partager. Au mois de juin 1800, quelques jours avant Marengo, des nouvelles décisives arrivent d’Egypte : Kléber, menacé d’une invasion turque et se croyant abandonné, avait d’abord signé la convention d’El-Arish (24 janvier 1800). Bonaparte, irrité de cet abandon qui, de l’Orient entrevu, ne lui laisse plus rien, apprend avec joie que, le 20 mars, Kléber s’est révolté contre les exigences des Anglais, qu’il a vaincu à Héliopoiis, repris le Caire, sauvé l’Egypte un instant. Il s’efforce aussitôt de consacrer ce succès par une entente avec le tsar. « Il serait bien important d’avoir quelqu’un en Russie. L’empire ottoman n’a plus longtemps à exister, et si Paul P"* tourne ses vues de ce côté, nos intérêts deviennent communs » (lettre à Talleyrand, mai 1800). Le 4 juin il insiste : « Il faut donner au tsar des marques de considération. Cela devient absolument nécessaire. Notre chargé d’affaires h Hambourg pourrait lui faire des ouvertures

RAPPROCHEMENT DE BONAPARTE ET DE PAUL 1®^. il3

générales et flatteuses. Voyez à prendre un parti. » Un mois après, le Premier Consul songe à offrir Malte aux Russes : le d9 juillet, en attendant, il prend Tinitiative du rapprochement en proposant de rendre sans conditions les prisonniers russes. Le 19 août enfin, Talleyrand adresse à Panin la lettre qui doit servir de préface et de base à l’entente.

L’un des plus graves reproches qu’on ait fait à Bonaparte, c’est d’avoir, après le 18 brumaire, oublié en Egypte l’armée qu’il y avait conduite, et brusquement abandonné^ dans sa nouvelle fortune, l’œuvre dont il était l’auteur. On l’a loué au contraire tout récemment d’avoir dès lors préféré à tout la lutte contre l’Angleterre, une lutte nationale. Le Premier Consul ne méritait ni ces reproches, ni cet éloge. Le pouvoir qu’il a pris des mains de Sieyès n’a modifié ni ses projets, ni sa manière. C’est un levier plus fort contre les obstacles que rencontre son ambition. Sa politique devient celle de la France : et, en cet état, le salut de l’Egypte, a cette superbe colonie )>, est, dans les premiers temps de son gouvernement, sa principale préoccupation, la seule règle de ses rapports avec l’Europe, de ses négociations ou de ses luttes avec l’Angleterre, avec la Russie.

Sans doute, en 1800, il fait campagne contre l’Autriche. La victoire de Marengo (14 juin 1800) lui assure l’Italie ét le consacre en France. Mais ce n’étaient ni cette guerre, ni cette gloire qu’il cherchait. Si François II eût voulu la paix, Bonaparte l’aurait acceptée. De Genève, le 16 mai 1800, avant de passer le Saint-Bernard, il écrivait à Talleyrand encore : « Il faut mener de front la guerre et les négociations et prévenir Thugut que quand il voudra revenir à d’autres sentiments, il trouvera à Dresde Lavalette. n Pour conclure la paix, il eût renoncé, en faveur de l’Autriche, à tout le pays au delà de l’Adda. Le 28 juillet, un mois après la victoire la plus complète qui semblait lui rendre l’Italie, Bonaparte autorisait Talleyrand à signer avec le comte de Saint-Julien des préliminaires de paix. Malgré le désaveu irritant que Thugut infligea à son plénipotentiaire, le Pre-

214 MARENGO ET HOHENLINDEN (JUIN, DÉCEMBRE 1800). mier Consul consentit encore au mois d’octobre à négocier avec un second envoyé, Cobenzl, à Paris. Et déjà, le 9 août 1800, il avait accepté la réunion d’un congrès à Lunéville.

Pourquoi cette modération, s’il n’eût voulu que vaincre? Qui l’empêchait de poursuivre ses victoires? Quand il combat en Italie, c’est l’Egypte qu’il a en vue. Un Congrès où l’Angleterre sera représentée aura pour premier effet une suspension d’armes favorable au ravitaillement de l’armée d’Afrique. C’est la première condition de Bonaparte, et son espérance. Son agent à Londres, Otto, demanda tout d’abord la liberté de ravitailler Malte et Alexandrie (4 septembre 1800). Les An'glaî^ ne consentirent à cet armistice que si la France promettait de ne porter en Egypte des provisions que pour une quinzaine. Otto acceptait encore, pourvu que six frégates pussent aller en ce temps sans être visitées de Toulon à Alexandrie. L’intention était si claire que lord Granville refusa et exigea l’évacuation de l’Egypte (10 septembre 1800). Il ne fut plus question de Congrès. Et pourtant, Bonaparte offrait toujours à l’Autriche, pour la désarmer, la moitié de la vallée du Pô jusqu’à Mantoue.

La victoire de Hohenlinden (3 décembre 1800), l’arrivée de Moreau à Steyer, au delà de l’Enns, l’approche de Brune et de Macdonald, qui se réunissaient dans les Alpes du Trentin, contraignirent François II à l’armistice de Steyer (25 décembre 1800). La paix qu’il acceptait enfin ne pouvait plus être pour l’Autriche, après ces événements, aussi favorable. Le 19 janvier 1801, le Premier Consul envoyait à son frère Joseph et à Talleyrand, réunis à Lunéville avec Cobenzl, ses instructions définitives. Elles ne ressemblaient plus à ses offres du mois d’octobre. Bonaparte, cette Fois, exigeait la cession de Mantoue, et toute l’Italie, sauf les territoires au delà de l’Adige, la Toscane même et le duché de Modène enlevés à la famille des Habsbourg. De sa conquête désormais incertaine en Afrique Bonaparte se consolait en reconstituant son domaine italien. En Allemagne il demandait la rive gauche du Rhin, une dernière fois, et

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