L’EUROPE UNIE PAR BONAPARTE CONTRE LES ANGLAIS
15 juillet 1801), Gênes. Au mois de février, Murat se dirigeait sur Naples, et les Bourbons n’étaient sauvés que par l’intervention du tsar, après une promesse formelle de fermer leurs ports à l’Angleterre, de les ouvrir à la France (traité de Florence, 28 mars 1801). Maître de l’Italie, Bonaparte, par le traité de Madrid (21 mars 1801), y fit une place à l’Espagne : il donnait à ses infants la Toscane constituée en royaume d’Etrurie, échangée avec la Louisiane, pourvu que le roi Charles IV s’engageât à chasser les Anglais du Portugal. Enfin, jusqu’en Amérique, où il faisait rentrer la France, le Premier Consul avait cherché des adversaires à l’Angleterre : par le traité du 30 septembre 1800, il s’était rapproché des Etats-Unis pour proclamer le droit des neutres et favoriser aussi leur commerce.
De toute cette ligue constituée dans la Méditerranée et dans l’Atlantique le fondement principal et la force, c’était l’alliance ébauchée avant Marengo entre le tsar Paul I®** et Bonaparte. Dans les six derniers mois du siècle elle prit forme et s’acheva le 8 octobre 1801. Lorsqu’au 26 septembre 1800 Paul P"* engagea formellement cette négociation, irrité contre les Anglais qui s’installaient à Malte, il déclara sa colère « contre l’Angleterre qui viole tous les droits des nations ^), son intention de s’unir à la France pour mettre un terme à ses injustices. Comme au temps delà guerre d’Amérique, la Russie groupait, le 16 décembre 1800, les puissances maritimes du Nord au nom du droit des neutres. Le Danemark s’emparait des marchandises anglaises dans les ports de la Baltique. La Prusse, en avril 1801 , occupait militairement le Hanovre. Ainsi se reconstituait dans l’Europe septentrionale la grande Alliance que Pierre le Grand, dans sa toute-puissance, avait opposée à l’Angleterre, lorsqu’après les traités d’ütrecht, elle développait ses ambitions. Et la France y adhérait, avec l’espoir de reprendre aux Anglais ce que depuis un siècle elle leur abandonnait.
En réalité, pourtant, ce n’était pas sa revanche qui se
PAUL ET L’ORIENT, BONAPARTE ET L’ÉGYPTE. 217 préparait; mais celle de l’homme qu’elle s’était donné pour maître. Au prix des satisfactions fournies au sentiment national par le traité de Lunéville, Bonaparte se disposait en 1801 à la conquête de l’Orient, dont l’Angleterre lui barrait la route. Dans la correspondance échangée alors avec le tsar, ces projets apparaissent : les deux alliés mettent à l’ordre du jour un partage du monde oriental. Pauli®** le propose. Bonaparte l’examine et l’accepte, à la condition que la France s’installe définitivement dans la Méditerranée et le Levant. Les troupes russes, aidées d’un corps d’armée français, sous la conduite de Masséna, d’Orenbourg à Boukhara, devaient conquérir les steppes, puis d’Asterabad envahir la Perse et l’Afganistan, inquiéter l’Angleterre sur l’Indus et le Gange, et constituer au tsar un immense empire asiatique. A la cour de Vienne, en même temps, le Premier Consul offrait un démembrement de l’Empire turc : Cobenzl, le 15 mars 1801, avertissait son maître de se tenir prêt à entrer dans ces projets, et l’Empereur, revenant aux plans de Joseph II, dessinait déjà la part de l’Autriche : Serbie, Bosnie, Bulgarie, principautés roumaines (31 mars 1801). Si, vers le même temps, Bonaparte épargna les Bourbons de Naples, ce fut avec l’intention, que le traité enregistra secrètement, de réunir à Otrante sous le commandement de Soult douze mille Français, destinés à une seconde expédition d’Egypte. Le 21 janvier 1801, l’amiral Ganteaume partait sans délai de Brest pour Alexandrie, avec sept vaisseaux de ligne, des munitions de guerre et cinq mille hommes de troupes. Une autre flotte, garnie de troupes également, cinglait de Rochefort vers la Méditerranée. Le 10 février 1802, ces vaisseaux français, que l’amirauté anglaise croyait en route pour l’Atlantique, croisaient dans les eaux d’x\frique. L’Egypte était donc bien l’enjeu de la partie décisive que le Premier Consul engageait contre les Anglais.
Ils le savaient si bien que, dans la Méditerranée, ils avaient réuni une flotte et des troupes considérables pour livrer la dernière bataille. Un armement formidable fut