‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 114 sur 360 · L’ÉGYPTE DÉFINITIVEMENT PERDUE PAR LA FRANCE · texte numérisé non relu

L’ÉGYPTE DÉFINITIVEMENT PERDUE PAR LA FRANCE

décrété dans les ports de la Grande-Bretagne à la fin de 1800 : Tamiral Keith reçut soixante navires de haut bord. Une armée y fut embarquée sous les ordres du général Abercombrie. A Marmorica, en Garamanie, elles durent concerter leur débarquement avec les troupes et la flotte du Sultan, tandis que de l’Inde, le général Baird aborderait à Gosseir avec six mille cipayes. L’Egypte devait être attaquée par terre et par deux mers à la fois. A côté de cette vaste entreprise, la mission confiée en février 1801 à sir Hyde Parker et à Nelson d’intimider dans la Baltique les puissances neutres et de détruire la flotte russe à Revel n’était qu’une diversion.

La diversion fut aussi heureuse pour l’Angleterre que l’effort principal. Malgré l’énergie des Danois (mars 1801), Nelson leur imposait à force d’audace la paix ainsi qu’à la Suède par une victoire chèrement disputée. Et définitivement, les généraux Abercombrie et Hutchinson nous enlevaient l’Egypte. Depuis l’assassinat de Kléber (juin 1800), Menou n’était pas de taille à la défendre. 11 laissa d’abord débarquer les Anglais à Aboukir, 8 mars, et ne les attaqua le 21 mars avec la moitié de son armée que pour être battu à Ganope. Il avait laissé le reste de ses troupes au Gaire, sous les ordres du général Belliard, pour faire face à l’invasion turque. Le grand-vizir se garda bien de livrer bataille avant d’avoir rallié les Anglais et le reste de son armée débarquée le 27 mars. L’armée anglaise venue de l’Jnde envahissait la Haute-Egypte. Gerné de toutes parts, Belliard capitula le 27 juin pour obtenir le droit de ramener ses troupes. Seul, Menou demeura bloqué dans Alexandrie jusqu’à la paix.

Dès que Bonaparte avait appris le débarquement des Anglais, il avait jugé la partie perdue. Peut-être ne l’eùtelle pas été, si l’amiral Ganteaume, qui pouvait être le mars devant la côte d’Egypte et y gêner les opérations de lord Keith, n’avait reculé devant une bataille navale et cinglé plutôt vers Toulon, où il rentra le 19 février 1801. Le Premier Gonsul lui donna, le 20 mars, l’ordre formel

MORT DE PAUL 1®" ET VICTOIRES DE NELSON. 219 d’un second départ. Ganteamne obéit, mais rentra quinze jours après. A cette date, Bonaparte recevait la triple nouvelle de rentrée des Anglais en Egypte, de l’assassinat de son principal allié, Paul (24 mar^HOl), du triomphe de Nelson dans la Baltique. Au mois d’avril, il offrait la paix à l’Angleterre. Il n’était plus en mesure de la combattre, ni de lui disputer l’Egypte. Sa colère au premier moment s’était traduite dans la note qu’il dicta au Moniteur : « Paul P"" est mort dans la nuit du 24 au 25 : l’escadre anglaise a passé le Sund le 31. L’histoire nous apprendra les rapports qui peuvent exister entre ces deux événements. )) La réflexion l’obligea à s’avouer vaincu. Son programme n'était plus réalisable.

Le ministère Addington, qui avait remplacé celui de Pitt au mois de février 1801, inclina dès le premier jour à la paix . Depuis le moment où le premier ministre de Georges III avait engagé la guerre contre la Bévolution, il avait vu grandir à la fois l’empire maritime et colonial de la nation anglaise dans le monde, et le péril irlandais au cœur même de cet empire, œuvre glorieuse de son père et de ses propres efforts. Les Irlandais, soulevés à l’exemple des Américains une première fois et unis par les soins de Grattan en 1779, avaient continué en 1796 à conspirer avec la Révolution française sous la direction de Filz Gerald et d’O’- Connor. La tempête avait dispersé la flotte qui portait en Irlande Hoche et vingt mille Français : un miracle avait préservé l’Angleterre alors. La prudence de Pitt, en mars 1798, découvrit et découragea un nouveau complot : l’expédition du général Humbert (22 août 1798), plus heureuse d’abord que celle de Hoche, n’avait pas mieux réussi, faute de pouvoir être soutenue par les Irlandais. Le danger passé une seconde fois, Pitt n'en avait pas moins envisagé ce qu’il laissait pour l’avenir encore de menaces.

Si les intérêts de l’Angleterre exigeaient la poursuite des hostilités contre la France, une réconciliation avec l’Irlande s’imposait. Pitt l’avait tentée, offerte après un siècle et demi de haine et de vengeances réciproques, au peuple de

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