‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 115 sur 360 · LA QUESTION D’IRLANDE EN 1800 : PITT ET ADDINGTON · texte numérisé non relu

LA QUESTION D’IRLANDE EN 1800 : PITT ET ADDINGTON

nie conquise par les soldats de Cromwell. « V Union » réelle, cent sièges de députés au Parlement anglais, la participation à la vie légale et politique du royaume, voilà ce qu’il avait proposé et fait accepter aux Irlandais (1®** juin 1801). C’eût été la préface d’une pacification réelle et durable, si la loi qui excluait dans le Royaume-Uni les catholiques des fonctions publiques n’eût encore réservé aux protestants d’Irlande, descendants des anciens conquérants, à l’exclusion des vrais Irlandais en majorité catholiques, les bénéfices de l’Union. — Pitt avait promis cette concession décisive : il n’entendait pas retirer d’une main ce qu’il accordait de l’autre. Mais il s’était trouvé tout d’un coup impuissant à vaincre les préjugés de ses concitoyens contre les catholiques. Le roi, à qui en 1784 il s’était imposé par son crédit sur la nation, semblait représenter à son tour contre lui le vrai patriotisme anglais. Fidèle à la parole quMl avait donnée à l’Irlande, Pitt avait quitté le ministère (février 1801).

Addington ne pouvait pas accorder aux Irlandais ce que Pitt, pour débarrasser son pays de leur haine, leur avait promis, rémancipation des catholiques. Cependant convaincu comme son prédécesseur des périls d’une guerre européenne combinée avec cette situation intérieure, il avait offert la paix à la France dès le 20 mars 1801 : il n’avait fait ensuite un grand effort contre elle que parce que Bonaparte prétendait alors garder l’Egypte. Lorsque la cité de Londres et la Grande-Bretagne eurent manifesté leur joie des victoires anglaises sur le Nil, le ministère entra le 6 juin en négociations définitives. Il manifesta l’intention de garder à la fois les conquêtes faites sur les Hollandais, Ceylan et la Guyane, sur nous et sur les Espagnols, la Martinique et la Trinité, peut-être une partie de l’Egypte, et en tout cas Malte pour en fermer la route aux Français et se l’ouvrir (6 juin 1800). Le dessein était clair : en même temps qu’elle étendait dans le monde son empire colonial, aux dépens de nos alliés, la Grande-Bretagne voulait nous interdire à jamais l’établissement que Bonaparte avait souhaité dans le Levant.

Page 1