NÉGOCIATIONS ENTRE BONAPARTE ET LES ANGLAIS
Les intentions dn Premier Consul ne parurent pas moins nettement dans ses réponses. C’était si peu la puissance coloniale des Anglais qu’il voulait atteindre que, dès le début, le 2o mars, notre agent Otto et Talleyrand leur oiïraient Ceylan et les Etats de Tippo-Sabib, l’Inde définitivement. Au mois de juin, la France dépouillait encore ses alliés, les obligeait à s’incliner devant la grandeur de l’Angleterre, pourvu que celle-ci, laissant libre au moins la Méditerranée, évacuât Malte, si la France était obligée d’évacuer l’Egypte. Bonaparte n’aurait pas signé la paix à d’autres conditions. Il la voyait nécessaire ; les Français la réclamaient. Il n’entendait pas qu’elle lui fermât l’avenir.
Toute la négociation, du mois de juin au mois d’août 1801, fut suspendue à la question de Malte. Bonaparte ne renonçait pas à la Méditerranée. Le 13 juin l’amiral Linois partait de Toulon à destination de l’Egypte, où Belliard n’avait pas encore capitulé. Il devait auparavant rallier sur les côtes d’Espagne la flotte de Charles IV, les escadres venues de Rochefort avec Bruix et Dumanoir. Le 5 juillet Linois rencontrait à Algésiras l’escadre anglaise, lui imposait une défaite qui se renouvelait le 13. Les Anglais étaient humiliés de leur premier désastre : pour les effrayer, autour de Boulogne, dans tous les ports du Pas-de-Calais, le Premier Consul fit construire une flottille de bateaux plats, protégée par des batteries le long de la côte et par une escadre.
Des bataillons d’infanterie, des détachements d’artillerie s’exerçaient sur cette flottille sous la direction active et vigilante de l’amiral Latouche-Tréville (juillet 1801). Il semblait que l’apostrophe de Bonaparte au diplomate anglais Hawkesbury allait se réaliser. « Contre Carthage, il s’apprêtait à renouveler la grandeur de Rome. »
L’effet à Londres fut immédiat. On décréta la levée en masse. On arma tous les ports de la côte. Les vaisseaux de la Compagnie des Indes furent disposés au combat. Nelson, enfin, le plus populaire et le plus audacieux des marins anglais, était chargé, le 24 juillet, d’aller à la tête d’une es-