‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 117 sur 360 · NELSON A BOULOGNE : PRÉLIMINAIRES DE LONDRES · texte numérisé non relu

NELSON A BOULOGNE : PRÉLIMINAIRES DE LONDRES

cadre boaibarder Boulogne et la flottille qui s'y formait. Il parut devant la côte française le 4 août : l’amiral Latouclie- Tréville l’avait prévenu; il avait pris la précaution de faire sortir son escadre du port où elle aurait été immobilisée. Et ce fut la flotte anglaise qui fut bombardée. Deux fois Nelson reprit cette tentative jusqu’au 15 août, toujours inutilement. Son échec détermina les Anglais à céder. Le lendemain de sa première tentative, le 5 août, le ministère Addington offrait de rendre Ule de Malte à l’ordre de Saint- Jean.

C’était la paix : les succès de Latouche-Tréville permirent à Bonaparte de conserver à la France les Antilles. La diplomatie française se montra accommodante du moment qu’elle n’avait plus à sacrifier que ses alliés. Après avoir livré Geylan, elle obligea l’Espagne à laisser aux Anglais la Trinité, et garda la Martinique. Les préliminaires de Londres octobre 1801), à quatre ans d’intervalle, étaient la répétition de ceux de Léoben. Ils n’étaient inspirés que des ambitions et des intérêts de Bonaparte.

Gomme ces ambitions se heurtaient à celles de l’Angleterre, le Premier Consul lui offrait, ainsi qu’a l’Autriche en 1797, une part prélevée sur les domaines de l’Espagne et de la Hollande, afin de l’apaiser pour se réserver la sienne. Il sacrifiait les puissances maritimes et la France même, en consacrant sa ruine dans les Indes, àl’avidité des Anglais, pourvu qu’en évacuant Malte et la Méditerranée, ils laissassent ouverte la route de l’Egypte.

Partager avec les puissants le domaine des faibles, pour ménager ses forces en vue de conquêtes futures, telle est la diplomatie de Bonaparte en 1801 comme au début de ses négociations. Son entreprise sur l’Orient se réglait comme ses entreprises en Italie. Un jour que dans les discussions du Congrès d’Amiens, le Hollandais Schimmelpenninck faisait mine de vouloir défendre les intérêts de son pays, Bonaparte lui fit tenir ce langage par son frère : « Ce ministre doit savoir que la réserve lui est imposée par la

LA PAIX CONTINENTALE ET LES PARTAGES EN 1802. 223 connaissance de la position de la Hollande. La Hollande est une puissance de second ordre. Or, si la France et l’Angleterre font la paix, que peut faire autre chose une puissance secondaire comme la Hollande que d’y adhérer? » (6 janvier 1802). C’est bien là le principe qui règle depuis 1772 et justifie aux yeux des politiques les partages : le traité d’Amiens (27 mars 1802) n’en est, après celui de Campo- Formio et de Lunéville, qu’une nouvelle affirmation. L’Italie en 1797, l’Allemagne en 1798, la Hollande et ses domaines, ceux de l’Espagne en 1802, ont successivement subi la loi des plus forts. Vainqueur ou pacifique, Bonaparte la leur impose également. De ses guerres ou de ses négociations le résultat pour l’Europe est le même ; elle se concentre et passe aux mains des grandes puissances : la France est au premier rang.

Depuis le jour où l’Angleterre a déclaré la guerre à la Révolution, depuis la mort de Louis XVI jusqu’au jour où la dernière elle traite avec le général que la Révolution à son tour s’est donné pour maître, la carte de l’Europe a été profondément remaniée. Ces remaniements, qui inaugurent le siècle où nous sommes, expliquent en grande partie son histoire.

On a vu d’abord disparaître la Pologne, absorbée définitivement par l’Autriche, la Prusse et la Russie. Les Habsbourg ont acquis un million de sujets, les Hohenzollern deux millions et demi, les Romanow près de quatre millions. Le double partage de 1793 et de 1795 est la leçon et l’exemple qu’ils donnent aux Français en les combattant au nom de la justice et du droit.

Ce n’est pas le seul : à Campo-Formio, les Habsbourg ont occupé en outre la Vénétie jusqu’à Mantoue, l’Istrie, la Dalmatie, complices et bénéficiaires du partage qui a ruiné la république de Venise, rayée comme la Pologne de la carte. Ils ont réclamé et obtenu l’archevêché de Salzbourg et la Bavière jusqu’à l’Inn, inaugurant en Allemagne les violences contre les princes ecclésiastiques dont le traité de Lunéville va devenir le signal. Sans doute, ils perdaient à ce

224 LA PAIX D’AMIENS : PROFITS DE L^ANGLETERRE. traité le Brisgau, cédé au duc de Modène en échange de son duché confisqué, une partie de la Vénétie au delà de l’Adige, l’archevêché de Salzbourg qui servit d’indemnité au grand duc de Toscane, dépouillé de ses Etats. Mais ils se préparaient à remanier l’Allemagne à leur profit. L’Empire les y autorisait : Bonaparte les y invitait.

Par un traité secret du 23 mai 1802, la Prusse se préparait à prendre sa part des indemnités que la paix de Lunéville promettait aux princes souverains. L’empereur de Ptussie, par un acte du 11 octobre 1802 passé à Paris avec le Premier Consul, approuvait ces violences contre les princes ecclésiastiques, avec l’espoir d’en assurer le profit à ses clients d’Allemagne : Wurtemberg, Bade et Bavière. Lui-même avait eu sa part du démembrement de Venise, les îles Ioniennes qui, constituées en République libre, devenaient un protectorat russe (21 mars 1800).

A tous ces partages l’Angleterre était demeurée étrangère. Elle n’en avait pas profité. Elle s’indemnisait ailleurs par la paix d’Amiens. Déjà, dans une large mesure, ce traité lui fut une revanche de celui de Versailles qui, en 1783, l’avait privée de ses colonies d’Amérique. Elle accrut sa colonie des Indes, après la ruine de Tippo-Sahib, de la plus grande partie de la péninsule, préludant aux conquêtes de lord Wellesley sur les Mahrattes et les souverainetés locales. Elle complétait cette œuvre par l’acquisition décisive de Ceylan. D’autres compensations s’offrirent alors dans l’Amérique du Sud à ce qu’elle avait perdu au nord. Obligés de rendre aux Hollandais la Guyane, les Anglais trouvaient à la paix d’Amiens le moyen d’en reprendre la route, par ce qu’ils acquirent aux Antilles. Aux îles Lucaye, Saint-Cristophe, Antigoa, à la Barbade, la Dominique, Saint-Vincent, Grenade et Tabago, ils ajoutèrent la Trinité enlevée à l’Espagne. Ce chapelet d’îles par cette conquête était maintenant soudé au continent américain, l’ouvrait à l’Angleterre, le fermait à l’Europe. Gomme l’Autriche, la Russie ou la Prusse, le gouvernement anglais, obligé à la paix, la faisait aux dé-

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