‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 123 sur 360 · RUPTURE DE LA PAIX D’AMIENS · texte numérisé non relu

RUPTURE DE LA PAIX D’AMIENS

(( Livrer Malte à un grand maître nommé par le pape, vassal de la France, serait livrer l’Egypte aux Français, » ajouta lord Mulgrave. Plus violent encore, lord Melville déchira tous les voiles. Il s’agissait bien de l’Europe et de la liberté des peuples : « C’est pour l’Angleterre qu’il faut garder Malte et non pour les autres. Je suis heureux de pouvoir dire que c’est pour Malte seule que la guerre a été déclarée. » Cette franchise de l’homme qui fut chargé par Pitt,lel5 mai 1804, de diriger cette guerre comme ministre de la marine, contraste avec le langage que Bonaparte tenait le 11 mai. La guerre qui s’engageait pour l’Egypte à Londres était une guerre nationale, à Paris une guerre personnelle au Premier Consul. Pour la faire accepter aux Français, Bonaparte leur présentait le combat prochain comme un moyen « d’asseoir plus solidement en Europe leur système fédératif », de conquérir et de dominer, « de ^'affranchir pour jamais des jalousies de l’Angleterre ». Il leur cachait le vrai motif : les hommes d’Etat anglais le proclamaient avec fierté.

Ce fut entre eux, au moment où ils engageaient ce duel redoutable, une différence fondamentale qui fit leurs chances dès le début inégales. Les conséquences de cette intrigue pesèrent sans relâche sur Bonaparte et sur la France. Le Premier Consul fut obligé à persévérer dans son mensonge, à servir d’abord les ambitions des Français pour avoir le droit de réaliser les siennes. La France ne put se reposer de ses victoires successives qu’il ne fût satisfait; maître et sujets se firent tort réciproquement. En Angleterre, peuple, ministres et souverain, associés à une œuvre unique par une même volonté, mirent en commun toutes les ressources de leur génie ou de leur énergie nationale : leurs sacrifices mutuels, si grands qu’ils fussent, après neuf années, profitèrent au moins à leur grandeur.

Les Anglais s’attendaient à ce que les premières rencontres eussent lieu dans la Méditerranée. Ils y avaient envoyé Nelson pour tenir tête au meilleur des amiraux

LES PRÉPARATIFS DU CAMP DE BOULOGNE. 241 français, Latouche-Tré ville. Leur attente fut trompée et un moment exploitée par Bonaparte. Il préférait, en préparant une descente en Angleterre, exciter le patriotisme national. Il y réussit par les préparatifs du camp de Boulogne, auxquels il fit une telle réclame qu’on a pu douter de son intention d’y donner suite. Il ne réussit guère qu’à obtenir felfet moral de cet armement colossal de bateaux plats inutilisables. On les construisait sur les bords de la Seine, de la Somme, de l’Escaut, de la Loire, de la Gironde, de la Meuse, à Paris même, pour intéresser la nation tout entière à l’entreprise. Du mois de juin au mois d’août 1803, le Premier Consul visita les provinces maritimes où devait se concentrer l’attaque contre l’ennemi. Sa présence, l’action de ses administrateurs sur les populations, le souvenir aussi des torts de l’Angleterre déterminèrent une fièvre de guerre telle qu’il la pouvait souhaiter. Partout des arcs de triomphe, avant la victoire, avec des inscriptions : chemin de l'Angleterre, Et une émulation prodigieuse de contribuer à la construction, à l’armement de la flottille, à la reconstitution de la marine nationale: Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, offrirent des vaisseaux, puis les départements à leur tour. Le Lot-et- Garonne s’imposa pour fournir les voilures. Les plus petites villes, Coutances, Bernay, Louviers, Valogne, Foix, Verdun et Moissac votèrent des bateaux plats moins coûteux pour la flottille. La France applaudissait unanimement à cette grande entreprise contre les Anglais.

Si de l’autre côté de la Manche l’amirauté donnait l’ordre à ses flottes qui comptaient cent-vingt vaisseaux, cent soixante-dix mille hommes d’équipage, de bloquer les côtes d’Italie, de Hollande, de France, le Premier Consul, par toute l’Eure pe, cherchait à l’Angleterre des ennemis, multipliait les agressions. Le 25 juin 1803 il exigeait le concours de la Hollande, trente-quatre mille hommes, dix vaisseaux de guerre, des canonnières, des bateaux plats, des transports, avec la promesse fallacieuse de lui restituer ses colonies. Il invoqua auprès de l’Espagne, pour la forme, le traité de

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