LE REGEZ GERMANIQUE DU 25 AVRIL
la question des indemnités germaniques. Pour avoir, comme les traités de Bâle et de Lunéville l’y autorisaient, le droit de s’agrandir, elle avait livré en Allemagne les plus faibles, les princes ecclésiastiques, aux plus forts, aux souverains des grands Etats allemands. Ce qu’on appelait séculariser n’était, en somme, que partager toujours. La Prusse recevait les évêchés de Paderborn, d’Hildesheim, de Munster, les abbayes d’Elten, d’Essen et Yerden, 400 000 sujets, beaucoup plus qu’elle n’avait perdu sur la rive gauche du Rhin, et en espérance encore l’héritage des biens constitués aux Nassau-Orange avec les évêchés de Fulda, les abbayes de Convay et de Weingarten (23 mai 1802). La Bavière obtint les évêchés de Würzburg, Bamberg, Passau, Augsbourg, Eichstedt, Freysing, des villes libres, 300000 habitants de plus qu’elle n’en perdait; le Hanovre s’incorpora l’évêché d'Osnabruck. Ce fut pour le duc de Bade, devenu électeur, une vraie fortune que l’acquisition des très riches évêchés de Constance, Bâle et Spire, avec les dépendances de celui de Strasbourg, en somme toute la plaine du Rhin ajoutée à la Forêt-Noire. Le Wurtemberg protégé par la Russie ne fut pas négligé. Le 31 août 1802, convaincue par Talleyrand et Dahlberg, entraînée par les princes, la Diète acceptait ces spoliations qualifiées de médiatisation. Seul, l’Empereur, traité en vaincu, ainsi que sa famille, le duc de Modène, l’archiduc Ferdinand de Toscane, réduit à quelques évêchés, protesta pour arrondir leur lot et le sien. Protestation où le droit n’entrait pour rien, puisqu’elle aboutit à la sécularisation, le 26 décembre, de Trente et de Brixen, de Eichstedt rétrocédé par la Bavière aux Habsbourg. Le recez principal du 23 février 1803, ratifié à Vienne le 27 avril, avait consacré cette transformation de l’Allemagne, si complète qu’il ne s’en était pas faite de pareille depuis le traité de Westphalie.
Les Français s’en glorifièrent parce qu’elle leur rappelait çette grande œuvre de la monarchie française. Ils s’en réjouirent,la croyant utile à leur sécurité. Agrandir ces princes
246 MOREAU, CADOUDAL ET LE DUC D’ENGHIEN. que les traités de 1648 avaient constitués souverains en face de l’Autriche, c’était achever de ruiner l’Empereur, héritier de Charles-Quint, et se faire une clientèle qui, sur ses ruines, établirait l’empire de la France, étendu jusqu’au Rhin, respecté au delà.
L’empire français naissait en effet, en mai 1804, de ces sentiments exploités par Bonaparte au profit de ses ambitions. La création impériale de 1804 fut pour les Français l’application d’un principe, pour le Premier Consul un moyen. Les décrets de 1803, si facilement acceptés par l’Allemagne, la ruine de la féodalité ecclésiastique qui présageait un sort pareil aux princes laïques ne justifiaient-ils pas la domination de la France? Et n’était-ce pas justice que l’empire passât ou revînt des Germains aux Gaulois?
Pendant toute l’année 1803, l’idée, le nom même d’un empire des Gaulois circulent à Paris ; les étrangers les signalent. Bonaparte les recueille. Ils vont lui servir au début de 1804 ; sa police lui livre Cadoudal, Pichegru et reau. Les deux premiers ont imaginé de le tuer pour restaurer les Bourbons. « Une fois le Premier Consul nbatlu, la nation, croyaient-ils, n’aurait plus qu’un désir, revenir à ses maîtres légitimes. » Il importait à Bonaparte, pour sa sûreté, de retirer, en les châtiant, ces espérances à qui serait tenté de les imiter. A son pouvoir viager il voulut ajouter un élément nouveau, l’hérédité. Une royauté pour les Français était inacceptable. Si, avant le couronnement, Berthier vint le féliciter un jour d’y songer, le Premier Consul se fâchait, le traitant d’imbécile. Mais l’hérédité par l’empire que la nation vient de détruire au delà du Rhin et qu’on peut reconstituer comme un monument de sa victoire, un gage de sa domination sur l’Allemagne, est possible. Les Français l’accepteront par cette raison qu’il les flatte. C’est dans le sang que Bonaparte scelle ce pacte avec eux. Ils se jugent assurés de leur pouvoir au delà du Rhin lorsque Bonaparte ose, le 15 mars 1804, chez un prince allemand dans le duché de Bade, faire enlever le duc d’Enghien. L’exécution d’un Bourbon qu’ils lui permettent (21 mars