NAPOLÉON MAITRE DE LA PAIX
En vain Bonaparte s’irritait de ces hésitations, de ces calculs : Frédéric-Guillaume acceptait l’exécution du duc d’Enghien, l’Empire français, et même l’obligation de fermer aux Russes et aux Anglais unis contre la France les chemins de l’Allemagne du Nord (i®"* juin 1804). Mais il refusait d’aller plus loin et d’associer la Prusse aux risques d’une guerre, même au prix d’une couronne impériale que Napoléon lui offrit au mois d’octobre.
Avec le tsar Alexandre qui le sollicite de prendre parti, qui emploie l’influence de la reine pour écarter Haugwitz, le roi de Prusse garde la même réserve. Tout ce qu’il lui offre, c’est son concours pour la paix, dont il veut et désire être le médiateur. Et l’on vit, à la fin de 1804, Napoléon et Alexandre accepter tous les deux cette médiation, avec le même espoir d’en retirer une alliance favorable à leurs projets.
Les puissances allemandes avaient donc entre leurs mains en 1804 la paix du continent. Quoique Napoléon tînt à persuader aux Français qu’ils étaient les maîtres de l’Allemagne, qu’il voulût le leur prouver par de nouvelles victoires, l’Autriche et la Prusse unies auraient pu lui enlever cette satisfaction. Quant à lui, si réellement il n’eût désiré, comme il le prétendîdt, qu’atteindre dans l’Angleterre l’ennemie de la nation, il ne lui aurait fallu, de l’avis de Talleyrand, que la prudence la plus vulgaire et le plus petit effort pour séparer de l’Angleterre les puissances du continent.
A cette heure décisive, le sort de la France se joua comme au début des guerres de la Révolution, pour des traditions inutiles, exploitées par un gouvernement qui avait son secret, pour une intrigue en somme. Cette fois, ce n’était plus seulement Thérilage acquis par l’ancienne monarchie, mais les conquêtes de la Révolution même que le secret de l’Empereur allait exposer au hasard des coalitions et des batailles. Napoléon était assuré de faire excuser et de masquer ses desseins particuliers par la gloire et l’éclat d’un Empire fondé sur les ruines des Habsbourg, par la sou-