LES RESPONSABILITÉS DE LA GUERRE
à suivre leur exemple, et parlaient d’une croisade contre les rois. Mais n’étaient-ils pas fondés à se dire en droit de légitime défense, à déclarer aux rois qui engageaient la guerre contre eux quïls répondraient à leurs provocations par un soulèvement général de l’Europe? Leur modération en 1790, leur renonciation solennelle aux conquêtes plaidaient en leur faveur. S’ils changeaient si vite de ton et de conduite, c’est que l’Europe et particulièrement l’Empereur avaient changé de dispositions à leur égard, du mépris passant aux menaces.
En réalité cependant, les Français cherchèrent cette guerre. Ce furent eux qui d’abord, par le triple effet des circonstances, des traditions, des intrigues du siècle dernier, de leurs passions enfin, modifièrent leur attitude et leur système. Mirabeau en 1790 le leur avait prédit. L’année même de sa mort, un an après, sa prédiction commençait à se réaliser. Ce revirement total dans les sentiments d’un peuple épris, à deux ans d’intervalle, de paix jusqu’à désarmer, et de guerre jusqu’à menacer toute l’Europe, a paru si incroyable, qu’on hésita longtemps à y voir la seule origine des guerres de la Révolution. Ce ne fut pas tout à fait la seule en effet, nous le verrons. Il fallut à ces passions même des aliments. Leur sève appelée, doublée par l’habileté des hommes qui les cultivèrent monta des racines profondes qu’elles avaient dans le passé, du terrain où elles se développèrent. Encore furent-elles la cause principale et puissante de la lutte demi-séculaire de la France avec l’Europe, cause véritablement proportionnée à son effet, singulièrement instructive pour une nation qui ne doit plus, selon la belle parole de Mirabeau, « confondre le conseil du courage avec celui de l’expérience ».
Au milieu de l’année 1790, la Constituante, après avoir prudemment réglé le rôle de la France dans les affaires de Belgique et d’Espagne, avait dû procéder à l’examen d’autres questions diplomatiques, plus délicates; car elles engageaient les principes mêmes de la Révolution et l’unité de la patrie. Il s’agissait, en effet, de l’Alsace et de la Provence.