IL ÉPARGNE LA PRUSSE (15 DÉCEMBRE
allemandes, labataille d’Austerlitz avait été livrée trop tôt. Irrité de l’occupation d’Anspach par les Français, entraîné par la diplomatie russe, Frédéric-Guillaume s’était enfin laissé entraîner à prendre parti pour la coalition (3 novembre 1805). Ses troupes ne pouvaient cependant entrer en campagne que le 15 décembre. Si le tsar eût attendu jusque-là, l’intervention de l’armée prussienne pouvait changer la face des choses. Sa défaite réduisit la Prusse, comme l’Autriche, à subir la loi du vainqueur. L’effet en fut considérable à Berlin. On y attendit avec anxiété le retour de l’ambassadeur, le comte d’Haugwitz, que Frédéric-Guillaume avait envoyé au camp de Napoléon, pour l’arrêter en le menaçant. La situation de ce négociateur, lorsque l’Empereur le reçut à Brünn le 7 décembre, était, il faut l’avouer, pénible. Les éloges qu’il fit au vainqueur d’Austerlitz furent accueillis par cette réponse : « Le compliment que vous m’adressez était destiné à d’autres. C’est la fortune qui a changé l’adresse. » De l’ironie. Napoléon passa le 13 décembre^, dans sa seconde entrevue avec Haugwitz, à la menace : « Je veux de la sécurité, ou je me sépare de vous. Je marche sur mes ennemis partout où ils se trouvent. » Cette sortie impétueuse était calculée, les derniers mots l’indiquaient : la guerre, ou une alliance, qui vaudrait à la Prusse le Hanovre, un million de sujets nouveaux à la France, la domination de l’Allemagne, fermée par la cour de Berlin aux Anglais et aux Russes. Haugwitz ne crut pas avoir le choix. Il accepta l’alliance six jours après. Le 15 décembre 1805, la Prusse livrait l’Allemagne aux Français plutôt que de la leur disputer par une lutte inégale. Elle y gagnait le Hanovre : (( A la suite d’une guerre glorieuse, écrivait Haugwitz, ce serait déjà un beau succès; mais l’avoir sans risque et garder toutes nos forces intactes, c’est bien mieux, n
Napoléon avait ses desseins, en faisant à la Prusse « ce pont d’or ». Ce qu’il exigeait d’elle en retour, c’était son consentement aux progrès de la Bavière, à qui il
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réservait Anspach, et les dépouilles de rAutriche. C’était aussi son concours contre les Habsbourg. « Assuré d,e la Prusse, écrivait Napoléon à Talleyrand, la veille du traité, l’Autriche devra aller où je voudrai. » La négociation de Scbœnbruun fut en effet la préface et la condition de la paix de Presbourg, la plus humiliante que l’Autriché eût jamais signée.
Ni les conseils de Talleyrand, ni les instances, ni les protestations de François II ne prévalurent contre les intentions de l’Empereur. Il lui plaisait de prouver aux Français qu’il avait réduit aux dernières extrémités les HabslDOurg, qu’il les chassait d’Allemagne. La paix de Presbourg leur enlevait la plupart de leurs provinces allemandes, le Tyrol, le Vorarlberg, le Brisgau, l’Ortenau, la ville de Constance. Elle supprimait en outre la noblesse d’Empire, cette Ritterschaft qui, pour échapper à la souveraineté des princes, n’avait d’autre refuge que l’Empereur allemand, et lui formait une clientèle. L’œuvre traditionnelle de la monarchie française au delà du Rhin parut consacrée par ce traité qui, avec des couronnes royales, donnait à la Bavière le Tyrol, le Vorarlberg et Anspach; au Wurtemberg une partie du Brisgau, avec des comtés et des villes; au duché de Bade l’Ortenau, Constance et l’autre partie du Brisgau; à la Prusse le Hanovre.
On chercherait vainement dans ces stipulations la part de la France. Napoléon la payait de la gloire qu’elle souhaitait. La satisfaction qu’elle eut de voir s’achever la grandeur des princes souverains, du roi de Bavière surtout, lui cachait le danger prochain d’une Allemagne plus centralisée et moins docile qu’elle ne se l’imaginait. « Les Français entraînés, dit un témoin oculaire, par le récit d’une telle victoire à laquelle rien ne manquait puisqu’elle terminait la guerre à leur gré, sentirent renaître leur enthousiasme, et pour cette fois encore on n’eut besoin de rien commander à l’allégresse publique. Je regarde cette époque comme l’apogée du bonheur de Bonaparte. Ses hauts faits furent alors adoptés par la majorité du