LA FAMILLE DE NAPOLÉON EN ALLEMAGNE
ch lires de l’Elbe, du Weser et tous les ports de la Baltique. En dépit de cette nouvelle concession, arrachée par la menace, la politique de la Prusse avait encore paru à l’empereur trop suspecte. Si l’on en croit les mémoires de Gentz, à qui Haugwitz fit alors ses confidences. Napoléon ne se trompait guère, en pensant que cet adversaire vaincu l’attendait à sa première défaite. Et, dès lors (21 avril 1806), le projet se forma dans son esprit de substituer à la Prusse un État allemand plus maniable, dont le noyau fût Berg, Elèves et la Hesse Darmstadt. En y joignant le Hanovre, plus tard Hambourg, Brême et Lubeck, on ruinait la maison de Hohenzollern, et l’on constituait à sa place, aux portes de la Hollande, une seconde forteresse contre l’Angleterre. La fidélité de la Prusse à ses engagements, qui, au mois d’avril 1806, l’entraînèrent à une guerre redoutable avec les Anglais, retarda cependant ce nouveau bouleversement. L’Empereur se croyait encore mieux assuré de l’Espagne : elle avait fait énergiquement la guerre aux Anglais. Toutes les positions maritimes de l’Italie enfin, depuis que Joseph était devenu roi de Naples, se trouvaient, sauf la Sicile, entre nos mains.
Contre la Russie, d’autre part, l’Empereur comptait sur les Allemands. La paix de Presbourg engageait les princes à son service, par les avantages qu’elle leur procurait. En faisant d’eux ses parents le lendemain, Napoléon voulut, en outre, s’assurer qu’ils ne seraient pas ingrats. Une négociation entamée depuis 1804 avec le roi de Bavière fit, le 14 janvier 1806, d’Eugène Beauharnais le gendre de Maximilien-Joseph. J.e prince héritier de Bade épousa Stéphanie Beauharnais. Et, dès la fin de 1805, le mariage de Jérôme avec la fille du roi de Wurtemberg était une affaire décidée.
Cette politique de mariages fut la préface et le moyen de la dernière transformation que l’Empereur réservait à l’Allemagne, pour s’en faire un instrument maniable et solide. Désunis, les princes étaient inutiles et même dangereux. Il importait qu’ils formassent un tout résistant et
270 LA CONFÉDÉRATION DU RHIN; L’ALLIANCE PRUSSIENNE, facile à gouverner. S’ils n’y consentaient pas, la France les menaçait de les sacrifier à In Bavière que Napoléon avait désignée pour constituer cette unité indispensable, depuis la frontière d’Autriche jusqu’à celle de la France. L’un d’entre eux prit les devants, Dahlberg, l’ancien archevêque de Mayence, que son dévouement à la France avait épargné dans les sécularisations et fait transférer à Ratisbonne. Au nom du patriotisme allemand, il détermina les princes à former une Confédération du Rhin sous la présidence de Napoléon qui fit de lui son chancelier. Il les convainquit par d’autres arguments, le maintien et l’extension de leurs souverainetés accrues de ce qu’il y avait encore de domaines immédiats disponibles : terres des Furstenberg, des Schwarzenberg, des Hohenlohe. Le août 1806, les rois de Bavière, de Wurtemberg, les grands-ducs de Bade, de Berg, les princes de Nassau, de Hohenzollern, le landgrave de Hesse-Darmstadt déclarèrent se séparer de l’Empire, pour détruire ce qui en restait encore et se partager définitivement l’Allemagne (art. 8). Ils convenaient, en outre, de former entre eux et avec l’Empire français une alliance qui obligeait les contractants à se soutenir d’une armée de 150 000 hommes dîins toute guerre continentale (art. 12 et 35). C’était là surtout ce que Napoléon exigeait d’eux, comme prix de leur puissance consacrée, agrandie : leur concours ferme, immédiat pour couvrir l’Europe centrale le jour où les armées d’Alexandre y reparaîtraient.
La Prusse n’était pas moins engagée que la Confédération du Rhin avec la France contre la Russie. Le traité qu’elle avait accepté ou subi le 15 février 1806, comme celui de Schœnbrunn, contenait la promesse formelle donnée à Napoléon de l’aider à maintenir Vintégrité de V Empire ottoman, Cette promesse n’était-elle pas une preuve encore plus éclatante des desseins que formait l’Empereur des Français à la fin de 1805. Quel intérêt la Prusse pouvaitelle avoir à défendre les Turcs, au risque de se brouiller avec la Russie ! Ü s’agissait moins d’ailleurs de protéger les domaines du Sultan que d’en régler le sort. Dans le cas