‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 138 sur 360 · LE TRAITÉ D’OUBRIL (20 JUILLET · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ D’OUBRIL (20 JUILLET

Anglais, formée par ses entreprises orientales, au temps de l’expédition d’Egypte et toujours depuis reformée pour les entraver! « Napoléon et sa race vont-ils partager l’Europe avec la Russie? » écrivait alors, le 9 août, dans son journal un Allemand frappé des avantages qu’à cette époque l’Empereur des Français venait de réaliser par la diplomatie et par la guerre. « L’empire d’Allemagne est partagé comme la Pologne, » disait l’un, u 11 va falloir s’occuper de la ruine prochaine de la Turquie, disait l’autre, le 26 août, et des sûretés que l’Autriche doit prendre, en cas de partage, dans les Balkans. )>

Cette double négociation de Napoléon, à la veille de l’épreuve décisive que toute l’Europe attendait de son ambition, met en pleine lumière la portée de ses desseins, et les calculs de sa politique. Elle le montre, non pas, comme on le représente d’ordinaire, épris d’un rêve démesuré de puissance et de domination, vague et sans objet, mais comme un joueur préoccupé sans relâche de gagner, avec tous les atouts dans les mains, une partie dont l’enjeu déterminé le tente, et l’a toujours tenté. Elle nous révèle en outre, à l’apogée de son pouvoir, la première cause de ses déceptions et de sa ruine. Le parti qu’il a pris, en juillet 1806, de traiter avec la Russie plutôt qu’avec l’Angleterre a été funeste à ses propres desseins, aux intérêts de la France entraînée dans une guerre qui ne la servait point. Son génie, pour la première fois aux prises avec la diplomatie d’Alexandre P%n’ena pas deviné les détours et les mensonges, ce qu’un historien appelle avec indulgence (( la subtile finesse », et ce que Caulaincourt, plus sévère et plus juste, qualifiait de « dissimulation souveraine ».

Si Alexandre P"* parut au mois de mai 1806 se rapprocher de Napoléon au point d’inquiéter toute l’Europe, ce fut faute de mieux et à regret. Depuis deux ans son conseiller Gzartoriski l’y engageait sans être écouté. 11 lui montrait les avantages d’une conquête de la Moldavie et de la Valachie, de la réunion sous le sceptre russe des Grecs et des Slaves des Balkans. « Ces projets, ajoutait-il, ont été constamment

Page 1