LA PAIX DE TILSITT
« Je suis innocent, disait Napoléon à ses ministres, à la veille de la campagne de Prusse, de cette guerre. Je ne l’ai provoquée en rien. Elle n’est point entrée dans mes calculs. )) Longtemps il avait cru en effet que la Prusse n’oserait pas l’attaquer. Il avait raillé ses armements d’abord; puis il réfléchit que pour déterminer Frédéric-Guillaume III à cette audace, il fallait l’appui secret d’un allié puissant. Sans connaître les promesses et les séductions d’Alexandre il devina le traité du juillet 1806 et prit ses mesures comme s’il le connaissait. L’armée prussienne était à peine réunie pour le surprendre, sous le commandement de Brunswick, autour d’Erfurt, de Gotha, d’Iéna, que le 5 octobre les troupes impériales étaient groupées au pied du Ficbtelgebirge. Le plan de Napoléon se dessinait, identique à celui qui lui avait livré en 1805 l’Allemagne du Sud. Tourner l’ennemi par la Saxe, tandis qu’il nous attendait en Thuringe, l’écraser dans sa surprise, et tenir, avant l’arrivée des Russes, toute l’Allemagne du Nord, tel était le programme de cette attaque imprévue, préparé en un mois, en un mois à peine réalisé.
Le mouvement commença le 8 octobre 1806 de Hoff;
le 12, Napoléon était à Géra, et menaçait Dresde. Demeuré à Weimar, le duc de Brunswick se vit, trop tard, coupé de l’Elbe, de la Prusse peut-être. Pris de peur, il partagea son armée en deux corps, l’im chargé d’atteindre l’Elbe par Auerstædt, l’autre de couvrir cette retraite à léna. Il fut attaqué sur les deux points à la fois, en mauvaise posture pour se défendre. « L’ennemi est tourné comme Mack à Ulm, » s’écriait Napoléon le matin du 14 octobre. Le soir Holienlohe était défait à léna. Le même jour, Brunswick, le roi, les meilleures troupes prussiennes étaient vaincus à Auerstædt. Moins de dix jours après cette double défaite, l’avant-garde de la Grande Armée arrivait à Wittenberg, à Dessau, à deux journées de Berlin. Les débris de l’armée prussienne inutilement massés autour de Magdebourg ne pouvaient plus disputer au vainqueur les routes de la capitale. Le 24 octobre. Napoléon était à Postdam ; il entrait à Berlin en triomphateur.
Ces succès éclatants devaient flatter l’amour-propre des Français. La nation commençait cependant à en sentir le poids, et à le trouver lourd. Déplus, elle n’en comprenait plus Tutilité. Pénétrée delà traditionfrançaise des derniers siècles, que la Révolution avait remise en honneur, les Français regardaient la Prusse comme leur alliée naturelle. Le combat avait été si précipité, la victoire si rapide que l’Empereur avait pris à peine le temps de s’expliquer. On l’attaquait : il courait se défendre. Il avait vaincu. L’heure des explications nécessaires avait sonné. Le décret d’Iéna (16 octobre 1806) apprit à la France que son maître venait de remporter une victoire sur l’Angleterre. « Je n’ai pas le droit, écrivait-il à son envoyé de Vienne, de verser le sang de mes peuples sous de vains prétextes » (3 octobre). Dix jours après il avait trouvé le prétexte : en frappant de contributions l’Allemagne du Nord, il avait eu soin de spécifier que les marchandises anglaises saisies dans les ports allemands appartiendraient à l’armée. Le 10 novembre il annonça, dans un bulletin officiel, que l’armée française ne quitterait Berlin que le jour où les colonies espagnoles et françaises