GRANDE ALLIANCE FORMÉE CONTRE LA RUSSIE (J
reur continue à déployer toutes ses ressources. Le 9 décembre 1806, Talleyrahd est autorisé à offrir à l’Autriche une entente sur le règlement de la question d’Orient : un nouvel ambassadeur, le général Andréossy, rend à Vienne pour l’établir. — D’autre part, au milieu du mois de novembre. Napoléon, maître de toute la Prusse, depuis la Baltique jusqu’à la Vistule, Blucher et Hohenlohe ayant successivement capitulé, offrit à Frédéric-Guillaume, réfugié avec la reine à Graudentz, la paix sïl voulait promettre de chasser les Russes de la Vistule. C’était toujours les mêmes exigences qui avaient provoqué la guerre, l’obligation de rompre avec Alexandre et d’aider Napoléon à lui disputer l’Orient. Sur le refus que formula Frédéric-Guillaume le 21 novembre à Osterode malgré ses ministres, l’Empereur réalisa sans délai le plan qu’il méditait depuis le début de l’année : en démembrant la Prusse, reconstituer la Pologne et faire de cette grande victime vengée le pivot de ses entreprises dans le Nord contre la Russie. « Toute la Pologne va se lever, » écrivait-il de Berlin le 12 novembre 1806. Il y envoyait le 13 novembre Davout pour s’entendre avec Dombrowski. Le 24 novembre, il transportait à Posen son quartier général. Et de toutes parts, à son approche, les nobles Polonais accouraient et se soulevaient (1'"'* décembre).
Pour faire accepter à l’Autriche la révolte prochaine de ses sujets galiciens. Napoléon lui proposa son alliance encore avec une indemnité en Silésie, une part des dépouilles de la Prusse réduite ainsi à presque rien. On a la preuve que, dans sa toute-puissance et avec la volonté de se créer une alliance sûre contre les Russes, Napoléon conçut même un instant l’idée de détruire les Hohenzollern et leur royaume tout à fait ; « Il lui fallait entre le Rhin et la Vistule une puissance inséparablement unie d’intérêts avec l’Empire ottoman qui contribuât dans le Nord à sa défense, pendant que la France irait l’embrasser au sein même des provinces ottomanes. » Un instant il parut que Napoléon comptait sur la Saxe, dont l’électeur, de sa main, devint
284 NÉGOGIATIONS AVEC LA PORTE ET LA PERSE, roi pour jouer ce rôle. L’Empereur hésitait cependant encore à rayer, comme il y songea, la Prusse de la carte. Jusqu’au dernier moment, il attendit de Vienne et de la cour de Prusse une résolution favorable à ses desseins.
Il obtint du sultan au moins qu’il se déclarât contre les Russes. Depuis le mois d’août, Sébastiani avait réussi à exciter les Turcs : par son initiative, le Divan annulait le traité de Kaïnardji et déclarait aboli le protectorat des tsars sur les principautés danubiennes. Un instant, l’entrée d’un corps d’armée russe dans ces provinces fit hésiter Sélim III. Mais de Berlin, le 11 novembre. Napoléon lui écrivit une lettre qui vint au bon moment seconder les conseils de Sébastiani, et décider les Turcs. « Le destin m’a choisi pour sauver l’Empire turc. )) Sélim le crut, et la guerre commença sur le Danube immédiatement.
Plus loin encore, jusque dans le Caucase, la France cherchait des ennemis à Alexandre PL Elle s’alliait au prince des Abazes, Kizil Beg, toujours sous prétexte de couvrir sur la mer Noire les frontières de l’Empire ottoman. Bientôt Talleyrand devait envoyer une ambassade au shah de Perse, et en recevoir une qui allait préparer une alliance plus importante encore, a L’Empire de Russie est attaqué de tous côtés » (31 décembre 1806). Toute cette diplomatie qui se déploie en quelques jours avec une activité fiévreuse de la Baltique à la Caspienne, à Varsovie, à Vienne, sur le Danube, à Constantinople, et jusqu’en Perse, n’est pas, comme on l’a dit, dans la pensée de l’Empereur, une arme politique forgée contre la Russie qu’il attaque, et pour ce combat seulement. C’est depuis la paix de Presbourg, la suite des efforts dépensés par son génie, au milieu desquels la guerre avec la Prusse ne fut qu’un épisode, pour obliger l’Europe et la Russie à lui ouvrir l’Orient. Devant leur résistance. Napoléon fait appel aux puissances orientales elles-mêmes, àlafin de 1806. Chaque année, chaque victoire nouvelles l’engagent davantage à la poursuite des desseins secrets dont la portée échappa aux Français et depuis aux historiens. .