‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 15 sur 360 · L’AFFAIRE D’AVIGNON · texte numérisé non relu

L’AFFAIRE D’AVIGNON

dans la Provence, l’atteignit. Les campagnards et les bourgeois, sur certains points, réclamèrent la suppression de la féodalité. La ville d’Avignon, le 11 juin 1790, se mit en insurrection contre le pape, chassa le légat et se réunit à la France. Garpentras au contraire demanda le maintien de Fancien régime et de la souveraineté pontificale. Un tiers parti enfin se forma à Orange qui voulut établir la liberté, sous la protection de la France, mais sans annexion. La révolte et les tendances des Avignonnais ressemblaient fort à celles des Belges insurgés contre l’Autriche. Elles plaçaient la France dans une situation plus délicate encore. Cette révolution était bien fille de la sienne. Devait-elle la désavouer, pouvait-elle regarder d’un œil indifférent un événement qui se produisait cette fois à l’intérieur de ses propres frontières?

La Constituante envisagea ces circonstances d’abord avec un certain sang-froid. Elle n’écarta pas, comme elle avait fait les Belges, les habitants du Comtat. Mais, avant de les réunir, elle exigea d’eux une manifestation unanime et officielle de leur désir d’être réunis. Et sagement, surtout, elle subordonna leur adoption à une entente préalable avec leur souverain, à une négociation avec le pape. Elle marquait ainsi sa volonté de ne pas donner à la propagande révolutionnaire, où elle se trouvait entraînée, un caractère de combat et de provocation. Malgré ces réserves, ce fut un moment grave dans notre histoire que celui où, même dans cette petite affaire, les Français changèrent le droit public de l’Europe au nom de la Révolution. Des passions contenues jusque-là s’éveillèrent en eux, le sentiment d’une mission libératrice en Europe, de la puissance invincible de leurs doctrines, l’espérance et l’orgueil de faire la France grâce à elles plus compacte et plus forte. Elles réveillèrent aussitôt et servirent à excuser des ambitions moins désintéressées qui dorment toujours au cœur des grandes nations, la passion et la fièvre de la conquête préparée et servie par la raison d’État.

Lorsqu’au mois de novembre, les Avignonnais réola-

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