PROPAGANDE ET RAISON D’ÉTAT
mèrent encore une fois leur annexion à la France, les Constituants n’osèrent déjà plus résister à cette pression des passions populaires. Ils avaient vu, au mois de juin, l’enthousiasme des tribunes, lorsque Anacharsis Clootz avait fait défiler dans son enceinte un cortège d’Anglais, d’Espagnols, de Hollandais, d’Italiens, de Persans même et de Turcs, leurs applaudissements, quand il s’écriait : « Tous les peuples ont disparu, je ne vois plus que la France. » Dans l’intervalle aussi, la fête des Fédérations, ce grand mouvement populaire et presque religieux, venait donner la mesure des sentiments que le succès de la Révolution éveillait en France et à l’étranger. L’orgueil, la joie d’avoir fait triompher une grande cause et un droit nouveau, préparaient la nation à toutes les ambitions, désintéressées ou non. Dans la discussion qui s’engagea une seconde fois à la Constituante, à la fin de 1790, à propos d’Avignon, ces ambitions se déclarèrent. C’est Pétion qui proclame d’abord le droit de la France, imprescriptible et naturel, à réunir les peuples que sa propagande affranchit. Puis il invoque l’intérêt qui justifie toutes les C(»nquêtes : « Ce pays est au centre de nos provinces méridionales. Il en coupe toute les communications. » Barnave et Robespierre font appel à Thistoire, comme Frédéric II avant d’envahir la Silésie : « Le pays est à moi, je le reprends. » (18 nov. 1790.)
En vain leur opposa-t-on la souveraineté du pape, le vœu contraire de certains habitants du Comtat, et surtout les nouveaux principes de la nation qui s’était engagée à renoncer aux conquêtes. Si Mirabeau n’était pas intervenu, la Constituante eût donné libre cours à cet élan de conquête, sans se soucier ni de ses principes, ni du droit, ni de l’intérêt de la France. Lui seul parla en vrai politique (:^0 novembre 1790), non du droit des hommes, ni des précédents historiques, mais de l’utilité présente, du peu d’intérêt et du danger que présentait la prise de possession d’Avignon, de la nécessité pourtant de l’occuper pour y maintenir la paix publique. Et, comme dans l’affaire des princes alsaciens, il réussit encore à imposer la solution