SATISFACTION DES FRANÇAIS EN
et bienfaisante aux peuples. Ce débordement de la conquête française, à la condition d’être fixé, comme les traités de Tilsitt en donnaient l’espoir et le moyen, créait un vaste courant d’idées et de réformes dont la fécondité se serait affirmée dans la paix.
La France le sentait. Lorsque Napoléon revint à Paris, le peuple qui l’acclama saluait moins en lui le vainqueur de Friedland que l’auteur de la paix. Il était à la fois fier d’avoir réalisé le rêve de la Révolution, et las de n’en jamais jouir en repos. Les ministres de l’Empereur, attentifs à ces symptômes, s’appliquaient à vanter la sollicitude du maître qui, du fond de la Lithuanie, veillait sur la chaumière du paysan et l’atelier du fabricant. Ils annoncèrent son retour comme Fère décisive de prospérité qui ferait excuser de si longues guerres. Et Napoléon parut justifier les promesses de ses ministres : par de grands travaux d’utilité ou d’art, il procurait du travail aux indigents. Il prenait^ des mesures pour délivrer les paysans de l’usure, obligeait, en faveur des négociants, la Banque à baisser le taux de son escompte, publiait un Code de commerce, suscitait par le blocus continental l’industrie nationale.
Lorsque les Français virent la rente monter à 93, en 4807, leurs inquiétudes se calmèrent. Et sans murmurer ils abdiquèrent les dernières garanties qu’ils eussent gardées : le 19 août, le Tribunat, « conservant encore quelque chose de cet esprit inquiet et démocratique qui avait longtemps agité la France, )> fut supprimé. Par le même décret, le Corps Législatif appelé à le remplacer fut limité dans son recrutement à des membres au-dessus de quarante ans : l’Empereur se défiait des générations nouvelles, qu’il n’aurait pas eu le temps de s’attacher. Et, dans sa prévoyance, il s’apprêtait à les gagner : ce fut pour elles qu’il multiplia, à partir d’août 1807, les titres nobiliaires : « marques de considération à laisser aux enfants », comtés, baronnats héréditaires constitués par des lUrajorats. Bientôt, à la fin de 1807, il allait, pour s’emparer des jeunes esprits et les plier à la discipline de son service, créer définitivement