‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 152 sur 360 · LE PROGRAMME DE NAPOLÉON, EN · texte numérisé non relu

LE PROGRAMME DE NAPOLÉON, EN

mettre définitivement la main sur rAllemagne et l’Europe à Tilsitt. Pourquoi dans cette question orientale dont le génie de l’Empereur embrassait l’étendue depuis les rivages delà Bal tique jusqu’à la Pologne, désormais sa cliente, jusqu’aux côtes de la Méditerranée orientale où il avait paru et rêvait de retourner vainqueur, ne parviendrait-il pas à renouveler les exploits des conquérants anciens ? Ce serait son œuvre personnelle, sa part de gloire et de grandeur s’ajoutant aux profits que la conquête de l’Europe avait procurés à la France, un succès nouveau, incomparable, décidé et garanti par l’étendue de sa domination qu’en un tour de main il espérait compléter en Italie et en Espagne.

Seule l’Angleterre lui barrait la route : mais le temps n’était plus où pour le rappeler d’Egypte elle formait avec les puissances du continent une redoutable coalition. Il disposait contre elle de l’Europe, il allait disposer de la Méditerranée. Il espérait, au mois de septembre 1807, faire chasser de toutes les capitales tous les diplomates anglais, saisir les lettres, les marchandises et les biens des négociants de Dantzig à Lisbonne, et de Gênes à Trieste. Enfin, en déchaînant contre l’Angleterre une coalition des puissances du Nord, une crise dans la Baltique, il l’obligeait à se détourner de la Turquie qu’il épiait avec une armée de soixante mille hommes toute prête en DalmatieetàCorfou.

A l’heure justement où Nîipoléon formait ce plan, l’Angleterre y donna la main. Elle commença la guerre dans le Nord, par l’ordre, envoyé à Yarmouth à l’amiral Gambier, de se joindre à la flotte de la Baltique et de conduire trentesix vaisseaux de guerre et trente mille hommes devant Copenhague, de s’y saisir de la flotte danoise et d’occuper les îles (3 août 1807). Le gouvernement de Ganning et de Castelreagh avait intérêt à connaître les stipulations de Tilsitt : il en pressentait l’objet et le danger. Mais il ne les connut qu’en partie, probablement par les confidences du major Wilson employé dans l’armée d’Alexandre. Réduit en somme aux hypothèses, il jugea de l’inconnu par le connu et s’imagina que l’alliance des deux empereurs, loin

306 BOMBARDEMENT DE COPENHAGUE PAR LES ANGLAIS, d’avoir l’étendue qu’ils lui destinaient, se réduirait comme en 1801 à une ligue des puissances maritimes du Nord, constituée par le Danemark et la Suède, .appuyée, sur la Russie. Mettre immédiatement la main sur le Danemark, sur sa flotte, et couper, par la possession des passages et des îles, toute relation entre la Grande Armée de Napoléon et la Suède, parut aux ministres anglais un moyen sûr d’intimider, de faire hésiter la Russie, et d’éteindre dans la Raltique même la coalition maritime prête à se former contre les côtes de la Grande-Rretagne. Ils ne s’arrêtèrent point à des scrupules de droit : le Danemark était un État neutre qui ne les menaçait point encore. Mais il pouvait les menacer, si Napoléon l’exigeait. Et tandis queTalleyrand sommait, en elfet, le 4 août le ministre Rernstorff de se joindre sans délai aux alliés de Tilsitt, le 6 août l’envoyé anglais Jackson signifiait au prince royal à Kiel les offres et les menaces de son gouvernement. Si le Danemark se joignait avec sa flotte à l’Angleterre, il serait épargné, défendu et même récompensé par l’octroi de quelques colonies. S’il refusait, l’île de Seeland serait dévastée et Copenhague bombardée. Offres et menaces furent rejetées : le prince fit appel au pays, transféra l’administration à Riel, mit à la hâte sa capitale en état de défense. Le 2 septembre 1807, la flotte et l’armée anglaises commençaient le bombardement qui dura trois jours, incendia la moitié de la ville, tua cinq mille personnes. Le 7, Copenhague et la flotte danoise se rendaient à l’amiral Gambier.

Ces violences, qui provoquèrent partout en Europe une vive indignation, n’eurent pas le résultat qu’espérait Canning. Il s’était imaginé épouvanter Alexandre et le retenir dans l’alliauce anglaise; il lui fit offrir aussitôt par ses envoyés Robert Wilson et lord Gower des indemnités pour le Danemark, à la condition qu’avec tous les Etats du Nord la Russie resterait fidèle à l’Angleterre. Le bombardement de Copenhague n’avait été ordonné que pour préparer cette démarche diplomatique. Elle échoua : si Canning avait connu les engagements qu’Alexandre avait

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