‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 153 sur 360 · LA RUSSIE SE DÉCLARE CONTRE EUX (NOV · texte numérisé non relu

LA RUSSIE SE DÉCLARE CONTRE EUX (NOV

pris à Tilsitt, il ne l’aurait pas mis par im acte brutal en demeure de les rompre. Napoléon était trop près, l’Angleterre trop loin pour que le tsar hésitât. La conduite du ministère anglais n’eut pour effet que de fournir aux alliés de Tilsitt un prétexte excellent de recommencer la guerre, de la porter au nord où l’intérêt de Napoléon était qu’elle se déchaînât. En septembre, Alexandre appelait au ministère Roumantsolf, l’homme d’Etat en qui revivait fortement la tradition orientale de la Russie inaugurée par Pierre le Grand, poursuivie contre la Turquie par Catherine II, le ministre le plus capable, le plus désireux de réaliser la politique de conquête réglée par les entretiens de Tilsitt. L’Angleterre, éclairée par ce choix, comprit sa faute : elle essaya par un dernier elfort, par l’olîre de concessions en Turquie, l’abandon des provinces danubiennes, des îles Ioniennes, de satisfaire Alexandre. Wilson, son envoyé à Pétersbonrg, qui comptait dans la société russe, généralement hostile à la nouvelle alliance, de nombreux amis, fit jouer tous les ressorts, multiplia vainement les séductions pour reprendre la partie perdue.

Le 7 novembre, Alexandre lançait sa déclaration de guerre à l’Angleterre; le 30 octobre, le Danemark à Fontainebleau s’unissait à la France. A la fin de l’année les troupes russes se massaient sous les ordres du général Buxhovden aux portes de la Finlande. Bernadotte recevait l’ordre de passer en Scandinavie avec une division de la Grande Armée, un corps danois et un corps hollandais. Napoléon n’avait pas cru le roi de Suède assez inconséquent pour oser résister à la perspective d’une rupture avec la Russie et avec lui. La crainte d’exposer Stockolm au même sort que Copenhague avait pourtant donné au roi cette audace : elle ne déplut pas à Napoléon. La conduite de la Suède, effet immédiat des violences de l’Angleterre, déterminait à son gré le bouleversement du Nord, attirait les Russes sur les côtes de la Baltique. « La Suède perdra la Finlande, )) écrivait- il le 10 mars. C’était une bonne indemnité à offrir au tsar pour le trouver plus accommodant et moins

308 LES DÉCRETS ANGLAIS (1807). LE BLOCUS DE MILAN, maître de contredire en Orient ses ambitions. Enfin le coup de main des Anglais justifiait aux yeux de l’Europe et des Français ceux que Napoléon avait résolus lui-même sur Lisbonne et sur Madrid, u Aussitôt que j’ai reçu la nouvelle de l’expédition anglaise contre Copenhague, j’ai fait signifier au Portugal qu’il eût à fermer ses ports à l’Angleterre et j’ai réuni à Bayonne une armée de quarante mille hommes.» Si deux mois après Tilsitt, en octobre 1807, l’œuvre pacifique dontla France finissait à peine de se réjouir était détruite, si l’Empereur reprenait la guerre en Danemark, en Portugal et en Espagne, s’il la préparait plus largement encore pour le mois de juin en Turquie, après le règlement de ces affaires secondaires, l’agression des Anglais lui en fournit du moins le prétexte.

Les 18 et 26 novembre 1807, le ministère et le Parlement à Londres déclarèrent aux nations de l’Europe en outre que tous les ports où leur pavillon n’entrerait point seraient bloqués, que leurs vaisseaux de commerce seraient visités par leurs croiseurs et emmenés en Angleterre pour y être soumis à l’impôt. Ils ne reconnaissaient plus de marine neutre. A cette menace. Napoléon répondait par un nouveau décret de blocus daté de Milan le 17 décembre 1807. Tout navire qui aurait subi les conditions de l’Angleterre serait dénationalisé: on lui donnerait la chasse. On a justement remarqué que la supériorité de la marine anglaise et la complicité des Américains rendaient ce décret et ces menaces tout à fait inutiles. Aussi n’était-ce pour Napoléon, comme le décret de Berlin, qu’un moyen de donner à ses entreprises continentales le caractère d’une lutte à outrance contre l’Angleterre, de les justifier auprès de la France. Sa vraie pensée se trahissait dans le langage de son ministre Ghampagny : « Les Anglais sont maîtres de la mer. Le moment est venu où Napoléon veut l’être du continent. Allié de la Russie, il ne craint plus personne. Le sort en est jeté. » Il lui était avantageux de dire que les Anglais l’avaient obligé à cette lutte immense, mais nationale.

En réalité, à la fin de 18Ü7, dans ce voyage d’Italie où

NAPOLÉON PRÉPARE SON ENTREPRISE ORIENTALE. 309 il lançait ce défi commercial à l’Angleterre, sur cette terre d’où en 1797 il avait pour la première fois aperçu l’Orient, Napoléon formait d’autres projets, plus larges encore, tout à fait étrangers à l’intérêt de la France, favorables à sa seule ambition. D’Udine il demandait à Marmont qu’il préparait à cette tâche décisive des renseignements sur la valeur des différentes provinces de la Turquie d’Europe. De retour à Paris il dévoilait son intrigue impériale à Talleyrand qui la confiait à Metternich (18 janvier 1808) : « Deux projets, Tun fondé sur des bases réelles, l’autre du roman. Le premier est le partage de la Turquie, le second celui d’une expédition aux Indes orientales. Rien ne peut influer sur les déterminations de l’Empereur dont vous connaissez le caractère. » Son parti était pris irrévocablement. Encore quelques obstacles à franchir, moindres que ceux qu’il avait renversés à Marengo, à Austerlitz, à léna, à Friedland : le prix à donner, pour son concours, à la Russie plus aisée, semblait-il, à séduire qu’a vaincre, l’affaire d’Espagne à régler avec une dynastie dégénérée. Et son rêve prenait corps. Les Français pourraient apprendre alors le secret de l’Empereur.

BIBLIOGRAPHIE

Vandal. Napoléon et Alexandre Rr vol. (de Tilsitt à Erfurt), Paris, 1891.

Lefebvre. Histoire des cabinets de l’Europe ; iome. III et IV.

Thiers Consulat et Empire; tome VII.

Fourniek, Napoléon ier (traduction Jœglé); tome II.

Bernhardi. Geschichte Russlands; tome II.

Ranke. Hardenberg und Preussen; tome lll.

Hôpfner. Geschichte des Krieges von 1806 und 1807. Berlin, 1850. C. von der Goltz. Rossbach und lena. 1883, Berlin. Lettow-Vorbeck. Der Krieg von 1806-1807. 2 vol. 1891, 1893.

P. Foücart. La campagne de Prusse en 1806. 2 vol., Paris, 1887,

P. Foucart. La campagne de Pologne en 1807. Paris, 1882.

Pertz. Gneisenau; tome 1864.

Lehmann. Scharnhorst ; tome Leipzig, 1885.

Montégut. Le maréchal Davoul. Paris, 1882.

Ernoüf. Marety duc de Bassano. Paris, 1878.

BIBLIOGRAPHIHI.

Boppe. La mission de Vadjudant Mériage à Widdia. [Annales de l’Ecole des sciences politiques.)

Gardane. La mission du général Gardane en Perse. Paris, 1865.

Gaffarel. Relations de Napoléon avec Shah Feth Ali. [Revue politique et littéraire^ 1878.)

Pour l’Allemagne napoléonienne, à Tilsitt ; consulter :

Rambaud. La domination française en Allemagne. Paris, 1880.

Denis. U Allemagne de 1789 à 1810. Paris, 1896.

Perthes. Politische Zustdnde zur Zeit der franzôsischen Uerrschaft, 2 vol. 1861.

Beaulieü-Marconnay. Karl von Dalberg und seine Zeit. 2 vol. 1879.

Hoffmann. OEconomische Geschichte Rayerns unter Montgelas, 1885.

ÏHIMME. Innere Zustünde des Kurfürst. Hannover unter der Fremdherrschafft. 2 vol., 1893, 1894.

Kleinschmioï. Die Eltern und Geschwister Napoléon oe édition, 1886.

Du Casse. Le général Vandamme et sa correspondance^ 1868.

Beck. Zur ver fassungsgeschichte des Rheinbundes, 1890.

Goecke. Das Grossherzogthum Rerg unter Joachim Murat, 1877,

Documents :

Napoléon. Correspondance générale ; tome XIII à XV et le recueil des Lettres inédites (édit. Lecestre), 1897, tome — Talleyrand. Lettres à Napoléon (édit. Bertrand). — Hardenberg. Denkwürdigkeiten (édit. Banke, tome IV et V, 1877). — Metternich, Mémoires, tome II. — ScHLESiER. Genz tend sein Tagebuch im preussischen flauptquartier [Œuvres, Mannheim, 1838); tome II. — Gâgern. Mein Antheil an der Politik, tome I'^^‘. — De Barante. Souvenirs, tome — Savary. Mémoires. — De Maistre. Mémoires politiques (lettres écrites en 1807). — V. Boyen. Erinnerungen, Leipzig, 1889, tome — Wilson. Remarks of the campaigns in Poland, 1806-1807. — Reilrage zur Geschichte des Kriegs v. 1806, v. 1807 ; Breslau 1836. [Mémoires du comte Oginski, de Benuigsen, etc.) — \)\]gxsse. Mémoires du roi Joseph, 1853; — du roi Jérôme, 1861-1866. — Diaries and letters fro7n the peace of Amiens to the battle of Talavera. 2 vol., Londres, 1872. — De Clercq. Recueil des traités de la France; tome IL — Garden. Histoire des traités de paix ; tome X. — Martens. Recueil des traités conclus avec la Russie; tome VI. — Le texte des articles secrets de Tilsitt dans Vandal, ouvrage cité, tome et dans Fournier, Napoléon, tome I«*‘, p. 307.

Page 1