‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 154 sur 360 · LA RÉVOLUTION D’ESPAGNE · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION D’ESPAGNE

Le soir de la dernière journée qu’il passa à Tilsitt, le 9 juillet 1807, Napoléon signait des instructions pour un de ses officiers, le commandant Guilleminot, chargé de négocier à Bucharest la paix entre les Russes et les Turcs. Quelques jours après, son ambassadeur à Constantinople, Sébastian!, recevait l’ordre de déclarer au Divan, ému par ce que les Anglais lui apprirent des conversations de Tilsitt, au nouveau sultan Mustapha IV prêt à se déclarer pour l’Angleterre, (( qu’il soutiendrait la Porte si elle lui restait fidèle. » Il leur ôtait, il est vrai, l’espoir de se venger en Grimée des Russes, de reprendre leurs anciennes limites. Mais il leur promettait, s’ils acceptaient sans regret sa médiation, de leur faire restituer la Valachie et la Moldavie encore occupées par l’armée du tsar. Le sultan se le tint pour dit; quoique mécontent et déçu, il consentit à l’armistice de Solobosa (24 août) qui suspendait la marche des Russes jusqu’au 21 mars 1808, et fixait à un délai de trentecinq jours l’évacuation des Principautés. Au lieu du partage dont il croyait son empire menacé, Mustapha se trouva garanti pour six mois contre les attaques de la Russie, à la veille d’être délivré de leur conquête.

Et cependant, trois jours après qu’ Alexandre était rentré

312 NAPOLÉON, MUSTAPHA IV ET ALEXANDRE, dans sa capitale, il recevait la visite d’un aide de camp de Napoléon, Savary, chargé de préparer l’arrivée d’un ambassadeur français qui fût, comme lui-même, a dans les principes du grand événement de Tilsitt » (23 août 1807). Get exorde permit au tsar de déclarer au confident de son allié, dès le premier jour, dans sa résidence d’été, à Kammenoi-Ostroff : « L’empereur a eu la bonté de me dire qu’il se regardait comme tout à fait dégagé avec la Turquie. Il a paru voir que l’empire de Constantinople ne pouvait longtemps occuper une place parmi les puissances de l’Europe. Nous avons beaucoup parlé de cela. » L’envoi d’un homme de confiance à Pétersbourg indiquait en effet que Napoléon ne voulait pas laisser tomber toute la conversation. C’était bien le principe essentiel qu’en détachant Savary, il affirmait : « Je sens la nécessité de terminer quelque chose, écrivait-il en novembre 1807, et suis prêt à m’entendre là-dessus avec la Russie. » Autrement, les efforts de Savary pour conquérir les bonnes grâces de la société russe, des impératrices qui se refusaient à l’alliance et le mettaient en quarantaine n’auraient pas eu de sens. Et Dieu sait ce qu’il dépensa de peine pour faciliter l’accès de Saint-Pétersbourg à l’ambassadeur choisi par Napoléon, le 1®** novembre 1807, le général grand-écuyer de Caulaincourt.

Ces démarches de Napoléon, aussi contradictoires que possible, le refus proclamé à Constantinople, la promesse maintenue à Pétersbourg de partager l’empire turc seraient malaisées à expliquer, si, dans les instructions qu’il donna le 12 novembre 1807 à Caulaincourt, ne se révélait le secret de ces contradictions.

(( Le partage de l’empire ottoman est inévitable, écrivaitil de sa propre main, et, si l’idée en est décidée à Saint- Pétersbourg, l’intention de l’Empereur est de ne point trop choquer cette cour sur cet objet, préférant ce partage seul avec elle, de manière à ce que la France ait le plus d’influence possible dans le partage que de porter les Russes à y faire intervenir l’Autriche. »

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