‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 155 sur 360 · NAPOLÉON RETARDE LE PARTAGE DE LA TURQUIE · texte numérisé non relu

NAPOLÉON RETARDE LE PARTAGE DE LA TURQUIE

Ainsi, tout en admettant le principe, Napoléon préférait retarder l’exéciition, jusqu’au jour où elle lui serait la plus favorable. Dans les entretiens de Tilsitt, il avait facilement deviné les intentions d’Alexandre de réduire à presque rien, à l’Albanie et à l’Épire, provinces peu riches, que la guerre seule pourrait donner et conserver, le profit de la France. Et, voulant restreindre à son tour celui de la Russie, il était revenu de Tilsitt bien décidé à ne pas précipiter l’événement, à ne pas laisser au tsar la moindre part de la Turquie qu’il ne fût en état de réclamer et de prendre la sienne.

Son principal souci surtout était d’éviter que l’Angleterre profilât de la crise pour mettre la main sur l’Egypte et les îles, les plus riches provinces du sultan, objet véritable de ses ambitions en Orient, sur Constantinople même :

(( C’était sa plus forte objection. » La ruine de l’Angleterre, dans la Méditerranée tout au moins, devait précéder l’entreprise décisive en Orient. Il lui fallait le temps de la poursuivre en Italie, en Sicile, en Espagne, en Portugal : qui pouvait lui garantir que, nantie des provinces roumaines et satisfaite, la Russie pour disputer l’Orient à la France ne se retournerait pas vers les Anglais, et ne lui fermerait pas encore comme en 1799, meme au prix de l’Égypte, la Méditerranée orientale? Ces craintes avouées, cette diplomatie prévoyante à l’excès peut-être expliquent comment au lendemain de Tilsitt, médiateur entre le tsar et le Sultan, Napoléon exigea du premier la restitution de ses conquêtes, et promit au second la garantie de son empire. Plus franc d’ailleurs avec Sébastian! qu’avec son ambassadeur en Russie, il déclarait ne laisser aux Ottomans que « quelques moments de végétation ».

Aussi fin diplomate que lui, Alexandre, désireux de se nantir immédiatement, avait déjoné déjà ce plan, en refusant sa signature à l’armistice de Solobosa. 11 avait maintenu et renforcé son armée dans les Principautés. Obligé par l’alliance de déclarer la guerre aux Anglais, il prétendait se payer d’avance aux dépens de la Turquie. Il avait

Page 1