ALEXANDRE REFUSE D’ABORD L’ENTREVUE
l’entrevue. Il partit pour Bayonne au début d’avril 1808. (( Il est fâcheux, écrivait-il encore à Gaulaincourt, que l’entrevue n’ait pas eu lieu. Au lieu d’être ici, je serais à Erfurt. )) La question d’Orient le préoccupait plus encore que les affaires d’Espagne. « Le fond de la grande question, disait-il encore le 31 mai, est toujours là : qui aura Constantinople? » A aucun prix, il ne voulait consentir à un entretien, dont la condition serait la promesse dangereuse d’une concession aussi importante. « Je suis disponible, ajoutait-il, mais je veux l’entrevue sans condition. Bien mieux, il faut que l’on convienne d’abord que je n’adopte pas les bases proposées par M. Roumantsoff qui me sont trop défavorables. )>
Dans cette même dépêche enfin, l’Empereur donnait les raisons de son refus obstiné. Il a fait écrire plus tard dans le Mémorial: a Constantinople est placée pour être le centre et le siège de la domination universelle. » , Cette déclaration a fait croire à une ambition démesurée, à un désir insatiable de dominer, par le Bosphore, l’Europe et l’Asie à la fois. Des motifs moins éloignés, plus sérieux, qu’il exposait le 31 mai à Gaulaincourt, expliquent mieux cette décision. Le point essentiel à ses yeux, ce n’était pas Constantinople, mais les Dardanelles « d’où la Russie se trouverait aux portes de Toulon, de Naples et de Corfou. » S’il laissait cette position à son allié, la conquête de l’Egypte et de la Syrie devenait précaire, douteuse même : car qui pouvait assurer que le tsar installé à Constantinople et maître de sa part nous aiderait à prendre la nôtre, et ne nous fermerait pas la route entre Toulon, Tarente, Corfou et Alexandrie? Depuis qu’à Tilsitt il eut lancé l’idée du partage. Napoléon a entrevu ce danger. S’il a refusé aux Russes les Principautés, c’est qu’elles lui paraissaient former un chemin plus ouvert, plus rapide vers le terme de leurs ambitions que ne le serait pour lui la route de la Méditerranée, fermée par les croisières anglaises, par les Russes eux-mêmes plus vite satisfaits. Et sans l’Egypte le Levant, à quoi bon un partage à ce point inégal? A plus forte raison ne