LES ALLIÉS DE TILSITT EN JUILLET J
Ce concours décisif, il se croit en droit de l’escompter. Lassé par sa diplomatie, menacé en Finlande par les Suédois qui ont repris victorieusement au mois de mai l’offensive en Bothnie et bloquent avec les Anglais la flotte russe dans la Baltique, circonvenu, séduit par Gaulaincourt, Alexandre F"* au mois de juin consent à l’entrevue, sans conditions préalables, pour le mois d’août. Napoléon y voit la preuve que son obstination a triomphé des exigences de son allié. Il compte sur son influence, les ressources de son éloquence, sa persuasion pour achever ce grand succès diplomatique, indispensable à l’exécution définitive de son programme oriental.
Si l’on considère, en se plaçant à la date où nous sommes, au mois de juillet 1808, le développement de ce programme, les espérances de Napoléon paraissent, en effet, justifiées. Jamais il n’a été plus près de les réaliser qu’à cette époque qui fut le point culminant de ses efforts et de sa fortune. Fortement installé en Dalmatie, à Corfou, à Naples, et par l’élévation de son frère Joseph au trône d’Espagne, sur toute la côte espagnole, servi au Nord par une diversion qui a fait évacuer aux Anglais la Sicile et presque la Méditerranée, assuré de la bienveillance de l’Allemagne^ de la neutralité de l’Autriche, l’Empereur des Français est de force à partager l’empire ottoman, de manière à ce que Busses et Anglais soient contraints enfin de lui abandonner sa part, l’Egypte, la Syrie, la Grèce et les îles.
Cependant les longues négociations qu’il a poursuivies depuis Tilsitt, pendant Tannée 1808, trahissent, à la veille de cette œuvre décisive, ses hésitations, parfois son embarras, à de certains moments sa déception même. Son alliance avec la Bussie n’a ni la sûreté ni la valeur d’un rapprochement solide fondé sur la communauté des intérêts. Comme tous les accords politiques du dix-huitième siècle, comme ceux mêmes auxquels il a dû sa fortune, cette alliance a la fragilité et les caractères d’une entente pour ainsi dire forcée par la rencontre des mêmes convoitises. L’amitié des deux Empereurs si hautement proclamée dé-