‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 165 sur 360 · L’ESPAGNE INQUIÈTE · texte numérisé non relu

L’ESPAGNE INQUIÈTE

à prendre racine dans le pays, à conquérir les peuples, à se les attacher. Sans doute, ils tiraient de leur royaume de larges profits pour leurs plaisirs ou leur luxe, comme Jérôme en Westphalie ou Joseph à Naples; mais ils les calculaient de manière à ne pas mécontenter leurs sujets et, pour justifier leur part, réduisaient celle delà conquête, de la France et de l’Empereur. « Par là, selon l’observation de Talleyrand, chacune de ces créations royales devenait un principe de dissolution dans la fortune de Napoléon, a L’Empereur le sentait, et ne ménageait pas à ses frères les reproches, s’indignait de leur luxe, de leur souci de popularité, de leur indépendance. Mais ils connaissaient le secret de ses ambitions : il ne pouvait plus se passer d’eux. Le refus de service qu’ils lui opposèrent au mois de mars 1808 fit grand tort à son intrigue d’Espagne.

Quoiqu’il ait nié plus tard dans le Mémorial toute préméditation dans les actes qui lui permirent alors de disposer de la royauté espagnole. Napoléon a pratiqué là un de ces secrets politiques qui lui étaient familiers. Il est vrai aussi qu’il se réservait, au moment où l’intrigue serait à point, de la conclure par ce qu’il appelait « un immense coup d’Etat a. Il s’apprêtait à frapper de haut, comme la Providence. Pour y réussir, la promptitude n’était pas moins nécessaire que la vigueur. Aussitôt après la condamnation des Bourbons, leur successeur devait être désigné. Au début d’avril 1808, les Bourbons étaient condamnés. Napoléon n’avait encore obtenu le consentement d’aucun de ses frères. Le mois d’avril se passa : il fallut que le 10 mai l’Empereur se décidât à donner l’ordre à Joseph de quitter Naples et de venir, sans répliquer et sans tarder, en Espagne.

Ces délais gâtèrent toute l’affaire. « On ne peut, écrivait Murat dès le 25 mars, laisser l’Espagne plus longtemps dans l’incertitude sur son sort, a Pour faire prendre patience aux Espagnols, Napoléon annonçait son arrivée, et ne venait pas, malgré les instances de son lieutenant. Le parti qui avait fait la révolte d’Aranjuez et proclamé Fer-

LE GÜET-APENS DË BAYONNE, nanti VII profitait de ces ajournements pour s’organiser, cherchait à mettre la main sur Godoy, travaillait l’armée, les gardes du corps, les populations des grandes villes. « 11 ne faut pas, répétait Murat le 25 avril, laisser languir les Espagnols. C’était un très grand mal. On n’était plus tourmenté que par l’impatience et le désir de connaître le nouveau roi. » Si, au mois de mars, l’Empereur avait présenté à l’Espagne un roi de sa façon, son prestige l’eût peut-être fait accueillir, ainsi que la certitude d’être délivré de Godoy. Mais, en présence des troupes françaises et des hésitations de Napoléon dont les raisons n’étaient pas connues, la nation espagnole s’imagina que ces questions dynastiques dissimulaient des intentions de conquête, de démembrement, d’annexion. Ce qui venait de se passer aux frontières, en Portugal, encourageaient ces craintes, a C’est une nation fière et impressionnable, disait encore Murat le 10 avril, qui ne voudrait pas être conquise, mais qui se donnerait, qui ne voudrait pas paraître avoir fait par force ce qu’elle avouerait avec orgueil être son ouvrage. »

On peut concevoir l’effet qu’eut sur cette nation déjà portée à se défier l’arrestation subite de ses rois à Bayonne (le 2 mai 1808). Savary avait été chargé confidentiellement par l’Empereur de ce dernier coup de main qui devait terminer l’affaire. Arrivé à Madrid le 7 avril, l’envoyé de Napoléon persuada à Ferdinand VII et surtout à son Conseil de faire le voyage de Bayonne, où son maître, disait-il, l’attendait pour le reconnaître. Savary a nié dans ses Mémoires plus tard ce mensonge. Tous les témoignages le lui attribuent. Ferdinand se mit en route avec ses conseillers le 10 avril, laissant la régence à une Junte et à son oncle, l’infant Don Antonio. A Burgos, puis à Vittoria, il hésita un instant à continuer sa route : mais la crainte des troupes françaises, les instances de Savary, et le désir surtout d’être reconnu le menèrent jusqu’à Bayonne où il arriva le 20 pour présenter ses hommages à l’Empereur. Le 21, au lieu du trône d’Espagne qu’il s’imaginait acquérir, il reçut l’offre, s’il se montrait docile, de la couronne d’Etrurie, et

LES BOTJrlBONS D’ESPAGNE À VALENt/AY.

d’un mariage avec la fille de Lucien. Le plus courageux de ses ministres, Gevallos, secrétaire de la Junte, lui recom^ manda la résistance. De force, Napoléon ne pouvait l’obliger à abdiquer. Mais l’Empereur s’était réservé un autre moyen.

Le 30 avril, le roi Charles IV et sa femme Marie-Louise arrivaient à Bayonne à leur tour. On n’avait pas eu besoin de les y contraindre. La reine et son mari, effrayés du traitement que les Espagnols infligeaient au prince de la Paix, demandaient à quitter l’Espagne pour se mettre sous la protection de l’Empereur. Ils craignaient que leur fils ne se fît livrer Godoy par Napoléon. « Le poison est bien à redouter. De grâce, emmenez-nous en France, lui et nous deux, tout est danger, tout est risque, )> écrivait la reine à Murat, le 16 avril. Ils attendirent seulement, pour s’éloigner, l’assurance que le grand-duc de Berg avait réussi à retirer le prince de la Paix des mains des révolutionnaires. Le 22 avril, ils avaient quitté l’Escurial. On les reçut à Bayonne avec honneur. Ils apportaient à l’Empereur le moyen de vaincre la résistance de leur fils.

Le roi Charles ayant protesté contre son abdication et confirmé à Bayonne sa protestation, le devoir du prince des Asturies était de lui rendre sa couronne par une renonciation pure et simple. Il fit encore quelque difficulté : la colère de son père appuyée des menaces de l’Empereur eut raison de lui (6 mai). Aussitôt après, le roi Charles IV terminait volontairement son règne, en déclarant Murat lieutenant général du royaume, cédait à Napoléon ses droits en échange de Chambord, de Compiègne et d’une rente. Son fils à son tour renonçait à l’héritage, en échange d’un château en Navarre. Tous les Bourbons demeurés en Espagne étaient renvoyés au delà des frontières pour faire place à la dynastie nouvelle. Comme plusieurs d’entre eux, le prince des Asturies, son frère Don Carlos, et leur oncle Don Antonio n’avaient cédé que de mauvaise grâce. Napoléon jugea plus prudent de les envoyer, pour leur faire honneur et pour toutes sortes de raisons, sous bonne escorte au château de Valençay. « Votre mission est honorable, écrivait-il au pro-

338 ^INSURRECTION ESPAGNOLE (MARS 1808), priétaire, à Talleyrand : recevoir trois illustres personnages pour les amuser est tout à fait dans le caractère de la nation et dans celui de votre rang. » Le choix était habile à un double point de vue : TEmpereur, en plaçant le dernier acte, le plus odieux de l’intrigue à Valencay, rejetait la responsabilité sur Talleyrand. Le Ménwrial établit ce calcul. Et si plus tard son confident essayait, après l’avoir blâmé, de réparer le tort fait aux Bourbons, leur prison lui répondait de sa fidélité.

Tout était bien réglé : il ne manquait plus qu’un roi à l’Espagne. Le 10 mai, Joseph recevait son ordre de service. (( Les affaires d’Espagne vont bien et vont être entièrement terminées, w écrivait Napoléon le 16 mai 1808 à Talleyrand. Et il ajoutait quinze jours plus tard, en reprenant au plus vite avec Gaulaincourt l’examen de la question orientale que rien ne l’empêchait plus enfin de résoudre : « les Espagnes sont tranquilles et même dévouées n (31 mai 1808).

Dans l’intervalle de ces deux lettres, la nation espagnole était entrée en pleine révolte. Le mai Garthagène, le 25 mai la Junte des Asturies et Oviédo, le 23 et le 24, Valence, Saragosse et Murcie, le 26 Santander et Séville, le 30 la Gorogne, Badajoz et Grenade déclaraient à l’Empereur une guerre sans merci. Il n’y a aucun doute que ce fut la nouvelle publiée parla Gaceta le 20 mai 1808 des événements de Bayonne qui détermina ce soulèvement général. Déjà, le 2 mai, comme s’il avait pressenti le sort de la famille royale, le peuple de Madrid s’était soulevé, à l’appel des émissaires de Ferdinand, pour sauver son frère cadet, le dernier Infant, Don Francisco. On avait commencé de massacrer les officiers et les soldats français. Sur l’ordre de Murat, le général Grouchy avait réprimé l’insurrection par la force et des exécutions sommaires. « Le plus sûr moyen d’empêcher une nouvelle révolte, c’est de faire connaître sans délai le nouveau roi d’Espagne, » répétait toujours Murat avec la même insistance, le 16 mai, à l’Empereur. Le jour où la nation apprit qu’elle n’avait plus de rois, que Napôléon n’en désignait point, elle se crut con-

LA POLITIQUE DE MURAT, quise et prit la cause des Bourbons comme la sienne même. Elle parut défendre ses rois : elle crut lutter pour son propre salut. (( La patrie est dans le plus grand danger, » criaient les chefs de l’émeute qui l’appelaient aux armes contre les Français.

Le grand malheur pour Napoléon fut que cet appel surprit son lieutenant en Espagne plus encore que lui-même. A la fin de mai, trois jours à peine avant la révolte des provinces, Murat se louait en toute confiance des dispositions heureuses à Madrid, et en général dans toute l’Espagne (17 mai 1808). Son aveuglement, sa faiblesse qu’explique son ambition personnelle, achevèrent le mal que les frères de l’Empereur, par leurs refus, avaient causé. Elles déterminèrent définitivement la crise.

Lorsqu’il était venu en Espagne, le grand-duc de Berg souffrait de la déception que lui avait procuré le traité de Tilsitt. L’élévation de Jérôme au trône de Westphalie le laissait réduit à sa petite principauté. Son commandement d’Espagne ouvrit de larges perspectives à son ambition déçue. Le 30 janvier 1808, Napoléon écrivait à Jérôme, en lui laissant espérer le grand-duché de Berg : « Un temps peut venir où Murat sera placé ailleurs. » Comme on n’ignorait pas dans la famille impériale les refus de Joseph, de Louis et bientôt de Lucien, iVlurat se vit ou se crut nécessairement appelé au trône d’Espagne.

Dès le premier jour, il avait pris ses mesures en conséquence, celles que tous ses pareils adoptaient, à la Haye ou à Naples. Il s’attacha à séduire le roi Charles IV, les grands, le peuple. Par une intrigue secrète, qu’il forma avec la reine d’Etrurie après la révolte du prince des Asturies, il gagna la confiance du vieux souverain, irrité contre le fils qui le détrônait. 11 écartait ainsi du trône le seul rival qui pût le gêner, avait l’air de servir les desseins de Napoléon, et s’appliquait à se faire désigner sans secousse comme roi par le roi légitime, au moment opportun. Il lui sembla déjà, le 27 mars, que le peuple de Madrid ratifiait la détermination du souverain. « Le délire était général, )) écrivait-il

340 MURAT $E VOIT REFUSER LE TRÔNE D'ESPAGNE, à l’Empereur. « Votre Altesse Impériale, lui rapportait le général Groucliy à la même date, a été témoin de l’indicible enthousiasme excité par sa présence à la parade. D’autres causes accroissent généralement les sentiments qu’elle inspire, notamment l’accueil à la fois digne, bienveillant et paternel qu’elle fait aux grands comme aux Espagnols des différentes classes qui lui portent l’expression de leurs hommages. »

Dans ce premier mois, Murat chercha la popularité et crut la trouver. « 11 y a dans tout cela de la faiblesse, je n’ai pas réuni de si grandes armées en Espagne pour suivre les caprices de la populace, » lui faisait observer une première fois Napoléon, le 8 avril. A la fin de mars, Murat croyait toucher au terme de son ambition, et se préparait à faire arrêter les meneurs du parti de Ferdinand, pour gouverner au nom de Charles IV, en attendant mieux. Savary vint l’informer de la part de l’Empereur que la couronne d’Espagne était réservée à un de ses frères. Il fut forcé de « travailler non sans regret à un autre plan », et pour d’autres.

Cependant, il ne changea pas de méthode, cultivant toujours l’amitié de la reine et du vieux roi, veillant pour leur plaire sur la vie et la liberté de leur favori; il offrait des bals aux femmes, des combats de taureaux et des feux d’artifice au peuple dont il payait les frais, a Je veux me ruiner. » Il se mettait aussi en frais d’amabilité pour la Junte de Régence, les ministres, les capitaines généraux, le peuple et se payait à tort de leurs promesses de fidélité. Intérieurement, il se réjouissait d’apprendre à l’Empereur que les Espagnols, impatients d’avoir un souverain de sa main, se précipitaient chez lui pour le proclamer roi. Jusqu’au dernier moment où Napoléon exigea de la Junte de Régence qu’elle lui demandât pour roi le roi de Naples, Murat avait certainement compté sur cette popularité et l’avait entretenue. L’émeute du 2 mai ne l’en avait pas même empêché.

« Vous avez, lui écrivait le 13 mai alors l’Empereur,

SES CALCULS FAVORISENT LA RÉVOLTE DE L’ESPAGNE. 341 une trop grande confiance. C’est votre défaut. J’aurais perdu vingt hommes de moins à Madrid si vous aviez inspiré un peu de méfiance aux Français. Vous avez, en vérité, une confiance d’enfant. Vous flattez trop les Espagnols et vous nous conduirez bientôt à une nouvelle révolution qui peut être plus dangereuse que la première, qui n’a été dirigée par personne. J’ai plus d’expérience que vous. » — Quatre jours après il lui répétait : a Ce sont des gens qui vous trompent constamment, en vous berçant de compliments et de flatteries. Vous ne les menez pas assez rondement. Vous ne faites point de cas de mes ordres, et des malheurs arriveront... » Quand Murat reçut cette lettre, les malheurs avaient commencé, en partie par sa faute.

Il était trop tard lorsque, à cette même date. Napoléon chargeait son ministre des affaires étrangères d’adresser un blâme énergique à son agent à Madrid, Laforest, pour corriger le mal. « Il doit éclairer le grand-duc de Berg et non le flagorner, servir de contrepoids et non l’entraîner à faire des sottises. Il n’y a pas une voix pour le grand-duc. La nation est encore dans la situation de haine et d’humiliation où les derniers événements l’ont mise. Qu’il appelle son esprit au secours de son caractère. )) Devant la résistance de la Junte qui se refusait à accepter la royauté de Joseph pour faciliter l’élévation de Murat, Napoléon avait enfin vu clair dans le jeu de son beau-frère, deviné le secret de son indulgence, et marqué en termes prophétiques le danger de sa popularité apparente. Plus tard, il disait avec raison au rédacteur du Mémorial^ en déplorant cette malheureuse guerre d’Espagne, la plaie de son règne ; « Murat m’a beaucoup gâté tout cela. )>

Murat pourtant n’était seul responsable. Toute la famille avait contribué à faire de cette entreprise le gouffre où la fortune des Bonaparte devait s’abîmer, les uns par leur refus de la soutenir qui fit craindre à l’Espagne de devenir une. province française, d’autres par leur désir de l’exploiter, qui fit trouver à ce peuple inquiet et fier un moyen de s’affranchir par leurs concessions, Napoléon lui-

342 EFFET MORAL DU GUET-APENS DE BAYONNE, même, qui rendit l’Europe, éblouie de sa puissance et fascinée par ses victoires, attentive aux excès de la raison d’Etat. Les actes de Bayonne n’étaient pas accomplis que Metternich écrivait de Paris à sa cour le 27 avril 1808 : (( Les catastrophes qui font crouler le trône d’Espagne sont assurément faites pour combler la mesure de la politique astucieuse, destructive et criminelle de Napoléon, politique qu’il n’a cessé de suivre depuis son avènement. Le bouleversement de l’Espagne n’est, sous le rapport du principe, pas plus que la réunion de la Ligurie, l’organisation actuelle de la Hollnnde, les cent une destructions que nous avons vues. » Elle n’était pas plus, à ce point de vue sans doute, que la ruine de la Pologne, ou de Venise auxquelles l’Autriche avait participé. Et pourtant Tallejrand avait raison de dire au maître tout-puissant : « Vous avez plus perdu que gagné aux événements de Bayonne, n Talleyrand a-t-il pu, alors, tenir au maître le langage qu’il prétendit plus tard avoir fait audacieusement entendre: (( Qu’un homme dans le monde fasse des folies, on le blâmera sans doute, mais s’il est riche, puissant, habile, il pourra rencontrer les indulgences de la société. Que cet homme triche au jeu, il est immédiatement banni de la bonne compagnie qui ne lui pardonnera jamais. » S’il n’a pas été prononcé en 1808 devant Napoléon, le jugement n’était pas moins fondé, et le Mémorial l’a accepté : « Je le confesse, l’immoralité dut se montrer par trop patente, l’injustice par trop cynique, et le tout demeure fort vilain puisque j’ai succombé. Car l’attentat ne se présente plus que dans sa hideuse nudité, privé de tout le grandiose et des nombreux bienfaits qui remplissaient mon intention. La postérité l’eût préconisé, si j’avais réussi. » En Espagne, comme en Orient, et à la même date, le système de violence et de ruse que Napoléon a trouvé établi en Europe, dont il a profité, se brise par l’abus qu’il en fait. Il ne peut plus l’appliquer au partage de la Turquie ; et les nations qui le subissent trouvent dans la résistance de l’Espagne des motifs et l’espérance de le détruire.

LE RÉVEIL D’UNE NATION .* BAYLEN ET CINTRA. 343 Les nouvelles de rinsurrection espagnole parvinrent à Bayonne vers le 8 juin 1808, au moment où TEmpereur se préparait à faire reconnaître Joseph par une assemblée extraordinaire convoquée pour le 15 juin et chargée de donner une constitution à l’Espagne napoléonienne. Le gouvernement français dans cette insurrection ne vit d’abord que des révoltes locales dont ses armées auraient vite raison, un mécontentement passager que l’arrivée d’un roi national à Madrid dissiperait. L’événement le détrompa : les Espagnols s’étaient levés en masse, animés par leurs prêtres dans toutes les provinces. Quelques succès partiels remportés par les généraux Verdier et Lassalle ne les atteignaient pas. Une victoire plus complète de Bessières à Medina-del-rio-Seco ne leur arracha qu’une province (14 juillet 1808). Ce fut enfin au milieu d’un peuple hostile que Joseph, (( condamné à régner sur lui », arriva à Madrid. « Il n’y a pas un Espagnol qui se montre pour moi, » écrivâit-il le 12 juillet à l’Empereur. A peine était-il à Madrid qu’il se vit obligé de s’enfuir précipitamment à Vittoria. Le 23 juillet, le général Dupont déjà réduit à la défensive en Andalousie, dans les positions de Baylen et d’Andujar, à la porte de la Sierra-Morena, s’y laissait envelopper par les troupes de Castanos : découragé, il capitulait. Les trois quarts de l’Espagne étaient perdues. Le Portugal allait l’être par la capitulation de Junot à Cintra (30 août 1808). Comparant le mouvement espagnol à la Révolution française et Baylen à Valmy, Joseph disait le 24 juillet à son frère : « Votre gloire échouera en Espagne. » Plus grave que la perte d’un corps d’armée fut l’effet moral de cette victoire dans la péninsule et en Europe. Le 25 septembre 1808, toutes les provinces espagnoles, divisées par un particularisme ancien, s’unissaient d’abord pour constituer un gouvernement national, une Convention, \di Junte mprême d’Aranjuez. Appelées à une vie nouvelle par la révolution française, puis opprimées par elle et par le chef militaire que la France s’était donné, démembrées, partagées, conquises selon un code politique que leurs souverains

344 LES ESPÉRANCES DES NATIONS EUROPÉENNES, acceptaient, les nations européennes se reprirent subitement en 1808. Un second mouvement analogue à celui qu’avait déterminé la Révolution, et dirigé cette fois d’Espagne contre Napoléon, agila l’Europe et bouleversa les créations de son génie: a Les événements d’Espagne, écrivait Stein, le grand patriote allemand, démontrent à quel point peut aller la finesse et le désir de dominer, et ce que peut faire une nation qui a de la force et du courage » (15 août 1808). Par un singulier retour des choses, c’étaient les vaincus de Valmy qui exaltaient les mérites des vainqueurs de Baylen, et la puissance du sentiment national contre les excès de la raison d’Etat.

BIBLIOGRAPHIE

Pour les négociations avec la Russie consulter :

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Sghlechta. Die Revolutionen in Constantinopel 1807-1808, Vienne,

Jüghereaü dest-denis. Révolutions de l'Empire Ottoman, Paris, 1814; et la plupart des ouvrages cités dans la bibliographie du chapitre xi.

Documents :

Outre les documents cités dans les volumes ci-dessus : Napoléon. Co?’respondance générale, tomes XV à XVII. — Correspondance inédite avec Caulaincourt 1807-1808. (Edition Vandal : Revue politique, 1895.) — Lettres inédites, édition Lecestre, Plon, 1897. — Talleyrand. Mémoires, tome 1 et II. - Metternigh. Mémoires, tome IL — Mission du général Savary à Pétersbourg 1807, (édition Polovtsoff, Pétersbourg, 1892). — Rapports de To/stoi envoyé à Paris, Saint-Pétersbourg, 1895. — Adair, The négociations for ihepeace of the Dardanelles^ 1808, Londres, 1845.

Pour l’Espagne :

Lanfrey. Histoire de Napoléon, tome IV.

ÏHIERS. Le Consulat et FEmpire, tome VIII.

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