ROUSSEAU ET LES SUISSES : DE STAËL
qui lui disputa un instant les Français, un champion heureux, de Staël, genevoise comme Rousseau, comme lui protestante, son plus fidèle disciple. Dans le pays de Vaud, consacré par la Nouvelle Héloise^ à Lausanne, l’influence de Rousseau demeura toute-puissante sur des hommes comme Gibbon, Laharpe, le père de Benjamin Constant, l’abbé Raynal, Necker, jusqu’au jour où Laharpe, enfant de Rolle, précepteur d’Alexandre appela, au nom de ces souvenirs, les Yaudois à la liberté. A Neuchâtel, autour de de Charrière, même culte pour Rousseau, chez des gens qui l’avaient connu et approché, comme son héritier Du Peyron; même amour de la liberté avec lui et par lui chez Renjamin Constant. Tous les Suisses, collaborateurs de Mirabeau plus tard, Dumont, Reybaz, Duroveray, avaient à Genève embrassé la cause qu’ils servirent à Paris. La Révolution s’en souvint lorsqu’elle voulut les mettre à la tête du cortège qui conduisit triomphalement au Panthéon le corps de Rousseau. Mais le vrai triomphe de l’écrivain, ce fut M“® de Staël qui l’assura, complétant et couronnant ' son œuvre, nourrie de sa substance, interprète infatigable ; de son génie auprès de tous les écrivains, de tous les peuples ' de l’Europe. « Esprit européen dans une âme française », , « née en France avec un caractère étranger, » la fille de ^ Necker proclamait en 1800, dans un livre qui fait époque, la Littérature considérée dans ses rapports avec les institu- ; lions sociales^ l’importance de la doctrine et de l’art non- . veau qui avait rallié autour de Rousseau les poètes et les ; philosophes de l’Europe dans une inspiration et comme [ avec une âme commune. l
(( La grande nouveauté n’est pas, écrivait Tocqueville, ] que la Révolution française ait conçu et répandu les idées | qu’elle a produites, c’est que tant de peuples fussent arrivés s au point que de telles maximes pussent si facilement être admises. » Le cosmopolitisme littéraire, abaissant les barrières entre les hommes, faisait une sorte de cosmopolitisme international, favorable à la propagande révolutionnaire des premières années. « Il n’y a plus aujourd’hui,