LA CONQUÊTE DES BELGES
demande d’une Convention nationale belge qui leur fut refusée. Leur vœu était celui de la majorité des Fiamands : un agent français le reconnut. La minorité, hostile aux anciennes institutions du pays, garanties de son indépendance, mais incompatibles avec la liberté nouvelle, se rallia aux conquérants, en proclamant la République universelle. (( Il y a moins de différence entre Paris et Bruxelles qu’entre Paris et Marseille. » Bruxelles ne devint pas une capitale, du consentement des Jacobins belges, mais par le droit du plus fort surtout. Ce droit fut bientôt assez dur pour que, dès le mois de mars 1793 les commissaires se vissent obligés d’informer la Convention « qu’à la moindre défaite les Vêpres siciliennes sonneraient en Belgique contre la France )>. Si l’archiduc Charles, en rentrant au mois d’avril 1793 en Brabant, avait su se dégager de la faction aristocratique et féodale, pour appuyer ceux des Belges qui voulaient un grand parti national et libéral, qui rêvaient d’une nation indépendante et transformée, la conquête française eût été plus difficilement acceptée après Fleurus.
Mais alors, la défaite et l’éloignement des Autrichiens, leur hor.tilité à des réformes qu’on sentait nécessaires, la présence des troupes françaises, la fiscalité des commissaires qui comme Tallien mettaient le pays en coupe réglée, l’excès du malheur, l’impossibilité de concevoir un autre avenir firent désirer aux Belges leur annexion à la France en 1793. « Ceux mêmes qui n’étaient pas pour le régime républicain sentent que le salut de leur pays dépend de la réunion, » écrivait Haussmann. — « Vous nous avez rendus si malheureux, disaient leurs députés, que nous aimons mieux encore être à la France. Et pourtant nous n’avions pas pris les armes contre nos vainqueurs, disons plutôt nos frères et amis. >) Association forcée qui ne pouvait pas ne pas laisser des rancunes.
Elles s’aigrirent, au lieu de s’atténuer, par la politique du Directoire : il traita la Belgique divisée en départements comme une province de France qui n’aurait jamais connu que les lois françaises et la Révolution. Aucun effort pour adapter
354 LA VENDÉE BELGE : UN PEUPLE NOUVEAU SE FORME, aux coutumes anciennes le droit nouveau. Les vieilles corporations nationales, les institutions municipales furent supprimées ou transformées brutalement. La maladresse des procédés nuisit à ce que le régime nouveau apportait, malgré tout, de lois utiles, de progrès réels. Le peuple fut surtout choqué des violences contre les prêtres. Les premiers administrateurs du pays engagèrent le Directoire à ne pas appliquer les lois religieuses de la République : en 1796 on se contenta de dissoudre les ordres monastiques. Puis en 1797 on exigea le serment de tous les prêtres. La Belgique devint alors une Vendée. <( L’égoïste habitant, disait un fonctionnaire, ne veut être ni autrichien, ni français. » L’hostilité commençait à se manifester dans les tribunaux où les jurys acquittaient toujours, dans les municipalités désertées par les Belges, au théâtre où l’on fuyait les pièces jacobines pour applaudir les satires d’Edouard Bivort contre les Français, a L’esprit de Bruxelles même n’était pas bon. » L’établissement de la conscription, de 1797 à 1799, provoqua dans les campagnes, dans la forêt de Soignes, le Luxembourg et la Campine des insurrections, encouragées sans doute par les prêtres persécutés, mais dirigées surtout contre l’arbitraire de la conquête dans ce qu’elle avait de plus odieux. L’attachement à la religion des ancêtres devint, dans ce pays où le régime féodal et les divisions provinciales, désormais abolies, permettaient l’essor d’une nation, le premier fondement de sa conscience. Il lui fallait un passé : ce fut là qu’elle le retrouva, tandis que les plus éclairés des Belges commençaient à invoquer contre la violence étrangère le droit naturel. Par les leçons de la France en partie, par sa politique religieuse surtout, à son insu une nation se formait contre elle.
Le danger n’échappa point à Bonaparte devenu Premier Consul. Et, comme il avait besoin de compter sur la Belgique autant que sur la France, il lui offrit à la faveur du Concordat des concessions religieuses. « Il eût restauré le temple de Jérusalem s’il avait gouverné des juifs. » Au mois de juin 18U3, il partit avec sa femme pour les Flandres,